dimanche 19 octobre 2014

Ce que je pense du dialogue politique initié par le président Blaise COMPAORÉ entre le parti au pouvoir et l’opposition

Le Burkina Faso vit actuellement une crise politique dont une des conséquences directes est la fragilisation des liens sociaux. Le respect de la constitution, comme condition primordiale à la préservation de la paix, ne fait plus l’unanimité. Face à cette crise politique qui oppose le parti au pouvoir (CDP)  et l’opposition, le président du Faso a initié un dialogue politique national entre les deux. Le président Blaise COMPAORÉ est du CDP. Un des sujets qui oppose les deux parties, est la révision de l’article 37 de la constitution. Pourtant, la révision de cet article n’est que pour permettre au président Blaise COMPAORÉ de se représenter. Ce dialogue a pris fin de façon prématurée.

Selon l’opposition dont je fais partie, le sujet de l’article 37 n’est pas discutable. Il doit rester intact. Pour le CDP,  s’il n’y a pas consensus, on s’en remet à la décision du président du Faso. Si l’opposition acceptait la proposition du CDP, cela signifierait que c’est les deux parties qui offrent l’article 37 à Blaise COMPAORÉ. En adoptant cette position, l’opposition allait perdre la confiance du peuple burkinabé à la base. Toutefois, nous constatons que Blaise et son parti le CDP, tiennent à sa candidature à la présidentielle de 2015.

En rappel, le septennat a été discuté par la classe politique burkinabè. Mais en 2005, nous sommes revenus au quinquennat. Après 1987, à chaque réaménagement de statut du Burkina Faso, le président Blaise COMPAORÉ a toujours eu ce qu’il veut. Lors de la journée du pardon, il a également eu le pardon qu’il voulait. À la fin de son deuxième mandat de quinquennat, l’intégrité qui caractérise le Burkinabè, m’oblige à dire que nous devons respecter ce que nous avons dit dans la constitution.

Dans l’histoire de notre intégrité, le respect de la parole donnée a toujours été le fondement de nos valeurs. Mon père me disait ceci : « quand un homme donne sa parole et qu’il ne la respecte pas, c’est comme s’il a craché à terre et a ensuite avalé le crachat récupéré du sol ». Dans notre contexte, la révision de l’article 37 ne concerne que Blaise COMPAORÉ. Même si certains membres du parti au pouvoir veulent la révision de l’article 37, l’intégrité de Blaise COMPAORÉ doit le pousser à respecter son engagement de défendre et de respecter  la constitution, pris lors de son installation en 2005.

Depuis que le président Blaise COMPAORÉ est au pouvoir, beaucoup de manifestations de mécontentement de la population ont eu lieu. Son système de gouvernance a pu « maîtriser » ces manifestations du peuple burkinabé. Mais depuis 2011, nous observons une révolte  de la population qu’il n’arrive pas à contrôler. Ce qui se dit aujourd’hui en mal contre le président Blaise COMPAORÉ dans la société civile, dans les medias nationaux et même dans certains medias internationaux, n’était pas imaginable il y’a quelques années. Le seul cadeau qu’il peut offrir dans de telles circonstances, c’est de dire qu’il ne va pas se présenter en 2015. Il aura ainsi permis au peuple burkinabé de gagner dans sa revendication cette fois-ci, car c’est aussi cela la démocratie.

Le Burkina Faso n’a pas besoin de violence et Blaise COMPAORÉ qui est au pouvoir a la responsabilité de prendre des initiatives pour épargner le pays de ce catastrophe purement humain. Jusqu’à nos jours, l’opposition a pu faire tous ses meetings et marches sans violence. Comme l’opposition n’a pas créé quelque chose de nouveau, elle demande seulement à ce qu’on respecte ce que tous les Burkinabè ont écrit. Elle ne mérite pas d’être violentée pour ça. Je lance un appel à tous nos partenaires africains, occidentaux et asiatiques, à encourager le président Blaise COMPAORÉ à se retirer du palais de Kosyam tout dignement en 2015.

Ouagadougou, le 19 octobre 2014

TRAORÉ B. François,
Agriculteur Burkinabé,
Docteur honoris causa de l’Université de Gembloux,
E-mail: dadilotbf52@yahoo.fr  
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vendredi 17 octobre 2014

Ce que je pense de la 8ème conférence de CmiA/COMPACI

Invité par l’Aid by Trade Foundation, la DEG et la GIZ, j’ai participé, en tant que représentant de l’Association des Producteurs de Coton Africains (AProCA), à la 8ème conférence des parties prenantes de Cotton made in Africa (CmiA) et de la Competitive African Cotton Initiative (COMPACI) qui s’est tenue à Cologne (Allemagne) du 24 au 26 septembre 2014. Plusieurs professionnels du monde de la transformation, des affaires, des sphères politiques et des organisations paysannes ont pris part à cette cession.
Le premier jour de la conférence, les participants ont d’abord été informés du déroulement du programme à la « mi-temps » de la seconde phase de COMPACI. Une partie de la journée a été consacrée au développement de CmiA, ainsi qu’à ses marchés de vente en Europe et en Amérique du Nord. Une présentation des chaînes de valeur textile intégrées en Afrique subsaharienne et un panel de discussion entre les détaillants de textile internationaux et les producteurs de coton africains ont également eu lieu.
La question de l’expansion du coton en tant qu’instrument permettant de promouvoir la production de culture vivrière, ainsi que celle de savoir comment réduire l’utilisation des pesticides dangereux dans la production cotonnière ont fait partie des principaux points abordés le 25 septembre (deuxième jour).
En tant que producteur, j’ai retenu que les différentes initiatives de CmiA/COMPACI ont permis de remonter le niveau de professionnalisme des agriculteurs qui ont été touchés, en termes de productivité, de préservation de l’écosystème et ont abouti à l’augmentation de leurs revenus. Pour la sécurité alimentaire, il a été reconnu que les rotations coton-céréales ou céréales-coton étaient nécessaires pour optimiser la productivité du cotonnier d’une part, et indispensable d’autres part, en termes d’alimentation et de diversification des sources de revenus pour le producteur qui devra approvisionner les zones déficitaires en céréales (maïs). Il a été donc clairement accepté que la production du coton et celle du maïs ne sont pas opposables, elles sont complémentaires pour le développement du milieu rural.
Pour ce qui est de la protection phytosanitaire, le système BCI, le système Cotton made in Africa et le système GIPD ainsi que la lutte biologique montrent que l’utilisation des produits phytosanitaires dans la lutte contre les déprédateurs des cultures peut être réduite afin de limiter davantage les risques sur la santé de l’utilisateur, du consommateur et de préserver l’environnement, tout en maintenant la productivité des cultures.

Pour le représentant de BAYER, l’Afrique n’est pas un grand utilisateur de pesticides de nos jours. Car de nos jours, une grande partie des aliments comme le riz, le blé (pain) et même le maïs sont importés par les pays africains. Ces aliments sont produits en utilisant des grandes quantités d’engrais et de pesticides en Occident. À titre d’exemple, selon certains statisticiens, il y’a près de soixante (60) fois la superficie de la France dans l’Afrique,  mais la France à elle seule utilise six (6) fois plus de pesticides que toute l’Afrique. Pourtant le surplus de la production de ces pays occidentaux est importé en Afrique sans qu’une question de condition de production ne soit imposée à ces fournisseurs.
Pour ce qui est de la transformation, les premiers partenaires des agriculteurs étant les égreneurs, une bonne collaboration entre les agriculteurs et ces derniers, chacun jouant parfaitement son rôle, peut permettre non seulement le fonctionnement d’un bon système de traçabilité mais aussi de préserver de la qualité du coton. Le système BCI et le système Made in Africa ont été pris comme exemples qui ont permis une ouverture de marché et qui ont contribué à la crédibilité du coton africain vis-à-vis du monde du textile.

Les transformateurs du coton en textiles sont les derniers maillons de la transformation. Il est reconnu que plus de 90% du coton africain est vendu et transformé à l’extérieur. Vlisco, un partenaire de CmiA, fait partie des transformateurs de coton qui sont bien connus par les consommateurs africains. Selon cette société, près de 90% de leur textile est vendu en Afrique. C’est ce que les africains appellent « Wax hollandais ». Ces transformateurs du coton en textiles, parmi lesquelles figure Vlisco, trouvaient que ce n’est pas normal que le coton africain ne soit pas transformé en Afrique. Non seulement il est possible de le faire et on doit le faire. Ils se sont donc installés en Éthiopie, en Ouganda, au Cameroun… Selon eux, les pays de l’Afrique de l’Est offrent des conditions favorables à la transformation du coton africain. Cela leur permet de former et d’employer des jeunes africains, car ils ne trouvent pas normale que les africains produisent le coton et que sa transformation ne procure pas des emplois pour la jeunesse africaine. Certains de ces transformateurs locaux du coton africain ont même dit qu’une partie de leur bonheur est comblé chaque fois qu’ils voient que leurs employés africains font vivre correctement leur familles à travers l’emploie dans la transformation du coton.

Selon Vlisco,  c’est la qualité du coton (caractéristiques de la fibre) qui est l’élément le plus important dans la chaine de transformation. À propos des systèmes de production  qui ont été cités, Vlisco trouve que ses consommateurs finaux ne se préoccupent pas de comment leur coton a été produit. Cela m’oblige à dire que les systèmes de production ne doivent pas empêcher l’augmentation de la quantité du coton africain car de nos jours, c’est en Afrique qu’il y’a de la place pour cela. L’Inde et la Chine commencent à être limitées dans la production du coton par la pression démographique et le fait qu’ils doivent réserver une grande partie de leurs terres pour la production céréalière. C’est donc le Brésil et l’Afrique qui peuvent augmenter leur quantité de production cotonnière. Tout le monde sait que le Brésil  est dans la haute technologie pour une bonne productivité du cotonnier (rendement de plus de 4t/ha). Personne ne peut leur donner des leçons de système de production.

Par ailleurs, je viens d’apprendre que la plainte déposée par le brésil contre la subvention cotonnière contre les Américains, vient de trouver un dénouement. Le Brésil va être dédommagé par l’Amérique. Les producteurs africains que nous sommes, avions lancé l’appel contre les subventions américaines et européennes. Après plusieurs rounds de négociations à l’OMC, on n’est pas arrivé à donner raison à l’Afrique. L’Afrique ne doit pas rester ce grand continent passif dans le commerce mondial. Quelqu’un m’a dit que si l’Afrique augmente sa part dans le commerce mondiale de 1%, cela dépasse toute l’aide qu’on l’offre. Je suis pour l’aide mais l’aide ne doit pas remplacer le commerce.
Ouagadougou, le 06 octobre 2014
TRAORÉ B. François,
Agriculteur Burkinabé,
Président d’honneur de l’AProCA,
Docteur honoris causa de l’Université de Gembloux,
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lundi 6 octobre 2014

Ce que je pense de la position de l’Église catholique dans les politiques africaines

Ces derniers temps, l’Église catholique burkinabè a donné une position tranchée contre la modification de l’article 37 au Burkina Faso. Au Congo démocratique (RDC) comme au Togo, l’Église catholique a eu la même réaction sur le tripatouillage de la constitution pour permettre aux présidents en place de se représenter en fin de mandat. J’ai suivi quelques réactions de la société civile. Certains trouvent cela normale mais d’autres non, en disant que ce n’est pas le travail de l’Église catholique. Quant à moi, je pense que l’Église catholique ne fait que son devoir.
Dans l’histoire du développement dans le monde, l’Église catholique à un moment donné, a joué un grand rôle lié au fait qu’elle a des missionnaires partout et qui vivent avec toutes les couches sociales. À titre d’exemple, en France et au Canada,  ces missionnaires ont été à l’origine de la création des associations pour le développement dans les milieux ruraux à travers une conscientisation. En effet, les missionnaires catholiques disaient à ces ruraux que c’est dans la cohésion et le partage d’expériences qu’ils peuvent se développer.
Dans l’histoire de l’Afrique avant et après les premières heures des indépendances, la position de l’Église catholique a été souvent considérée comme mitigée, comme complice ou passive. Mais, ayant fait une partie de mon enfance à l’internat d’une mission catholique, je reconnais l’œuvre de charité que ces missionnaires ont mené. La preuve est qu’au Burkina Faso, la majorité des premières écoles et des centres de santé primaires ont été l’œuvre de ces missionnaires de l’Église catholique.
Je constate également que depuis l’avènement de la démocratie, que l’Église catholique a été chaque fois celle qui subit la société civile en détresse. Une preuve est qu’à l’avènement de la Côte-d’Ivoire, mon oncle qui est un musulman et qui vivant à Dokoué, a été obligé de se refugié dans une mission catholique. Il a été protégé par celle-ci et a été sauvé. Chaque fois qu’il y’a une crise dans un pays, les Églises sont envahies par les populations qui se sauvent. Nous avons vu tout récemment la situation en Centrafrique. L’Église catholique a été chaque fois donc obligée de supporter et d’entretenir les femmes et les enfants qui ont fuient leurs maisons sans savoir de quoi il s’agit. En Afrique du sud, au moment de la lutte contre l’apartheid, la position de l’archevêque Desmond TUTU a été un grand apport pour l’unité des sud-africains contre le racisme.
Selon les fidèles catholiques, la religion catholique, est le chemin par lequel on peut arriver chez Dieu après sa mort. Mais les actions pour y arriver, sont basées sur comment l’humain s’est comporté vis-à-vis de ses prochains durant sa vie terrestre. Donc, je pense que religieusement et socialement, l’Église catholique est dans son devoir de prévenir pour réduire l’ampleur d’une crise sociale afin d’éviter de subir que les malheureux qui sont souvent innocents. L’Église catholique ne peut exercer convenablement sa mission chrétienne que dans une société paisible où les droits et les devoirs des uns et des autres sont respectés. À ma compréhension, la position de l’Église catholique n’a pas pour but de chercher un pouvoir. Elle souhaite plutôt qu’il ait une société pacifique pour mieux exercer son travail de religieux surtout que la société est déjà en guerre contre la pauvreté.
Ouagadougou, le 06 octobre 2014
TRAORÉ B. François,
Agriculteur Burkinabé,
Docteur honoris causa de l’Université de Gembloux,
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mardi 26 août 2014

Ce que je pense de la société civile africaine en politique

Dans la société civile africaine, nous avons deux groupes d’acteurs. Ceux qui ont pu allez à l’école et ceux qui n’ont pas eu l’occasion d’y aller. Ceux qui n’ont pas pu aller à l’école ont eu leur formation idéologique soit au village à travers la tradition, ou soit dans la société. Car, il y a cent ans de cela, un villageois pouvait naître, grandir et vieillir sans avoir quitté son village ou sa région. De nos jours, ce n’est plus le cas. Sur cent personnes, près de la moitié a déjà connu une autre région ou un autre pays. La collaboration qui se limitait entre famille ou entre villageois s’est étendue à ceux qui sont ni de la famille et ni du village. L’intérêt du villageois s’est donc élargit à d’autres. Cela a tendance à créer une philosophie de développement que j’appelle  politique.
Après les indépendances, ceux qui ont pris le pouvoir administratif étaient ceux qui étaient allés à l’école. Jusqu’à nos jours, à l’heure de la démocratie, ce sont les mêmes qui gouvernent. Les ressources naturelles africaines sont entrain d’être exploitées. Toutes les évaluations de l’exploitation de cette richesse  montrent que la société civile ne bénéficie pas assez des résultats de cette exploitation. L’Afrique est le continent où les jeunes sont majoritaires. L’exploitation de cette richesse ne permet pas d’employer toute cette jeunesse. La jeunesse africaine, au lieu d’être un avantage, est devenue un inconvénient. La démocratie est aussi devenue un outil de campagne politique mais pas un outil de développement. Tout cela est géré par une partie de ceux qui ont été à l’école.
 L’analyse de ces deux situations m’oblige à donner mon avis par rapport à la politique pour le développement. Traditionnellement en Afrique, la parole donnée d’un homme dans sa société était irrévocable. C’est la crédibilité de l’engagement, la combativité qui était la fierté de notre société. L’instruction et la modernité devraient être un plus pour cette crédibilité. Malheureusement, c’est le contraire qui est souvent constaté. Le fait d’être instruit donne l’opportunité à certains dirigeants  de rendre plus obscurs les citoyens. Comme dans la société civile africaine, certains citoyens sont  instruits, d’autres, sans être instruits, sont  éveillés parce qu’ils se sont déplacés ou parce qu’ils sont informés par les medias, la corruption est  utilisée pour faire la politique. 
Pour moi, il y a corruption que lorsqu’on  veut avoir quelque chose qu’on ne mérite pas, ou soit, on veut s’engager sur quelque chose qu’on ne va pas respecter. Cette façon de faire de l’homme politique moderne a détruit toute la confiance dans les villages. La réalité est que dans les villages, la politique se fait en distribuant des billets de banque. Comme cette façon de faire du politique n’est pas souvent en lien avec les activités des ruraux, après les élections, ce sont les citoyens qui vont vers l’administration pour bénéficier de ses services tout en payant. Pendant cette période post-électorale, le citoyen ne sait pas que c’est l’argent qu’il avait reçu lors des campagnes électorales, qu’il rembourse. En effet, le citoyen  se rend compte que les engagements d’investissement ne sont pas tenus sans comprendre que c’est l’argent de cet investissement qu’on lui partageait.
Pour que tous ces faits changent, il faudrait que  les citoyens africains comprennent qu’ils sont tous des acteurs économiques. L’instruction et la politique doivent être au service de leurs activités. Cela ne contredit pas la tradition, ce ne sont que des outils que nous pouvons utiliser dans le bon sens pour aller plus rapidement au développement. Avec la décentralisation, les habitants d’une localité doivent savoir que c’est dans la cohésion qu’ils peuvent se développer. Les qualités qu’ils doivent puiser dans la tradition pour faciliter la décentralisation sont la crédibilité et le respect de la parole donnée. C’est en cela qu’ils ne vont pas se faire tromper par les hommes politiques mal intentionnés. La technologie a permis à ce qu’il ait des outils de communications modernes. Si ces outils sont bien utilisés pour la conscientisation du citoyen, l’Afrique peut prendre un raccourci pour arriver au développement. Nous avons les moyens pour ça.
Ouagadougou, le 25 août 2014
TRAORÉ B. François,
Agriculteur Burkinabé,
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mercredi 6 août 2014

Ce que je pense de l’incivisme au Burkina Faso

La population du Burkina Faso est composée de plusieurs ethnies et chacune de ces ethnies avaient des coutumes (traditions). Ces coutumes contenaient des initiations obligatoires pour assurer une transmission fidèle des règles de conduite. L’arrivée des religions a eu des impacts sur la tradition. Si on réalise une étude dans chacune  des coutumes et des religions, on se rendra compte que les règles fondamentales d’une société étaient respectées. Parmi ces valeurs, on peut citer le caractère  sacré de l’être humain, le respect de la hiérarchie entre père et fils, l’amour entre les uns et les autres au sein d’une famille d’une part, et d’autre part, avec les autres familles,  la cohésion dans le village et le bon voisinage entre villages voisins. La parenté à plaisanterie a été adoptée pour aplanir les conflits entre villages voisins ou entre ethnies différentes.

Il y avait quand même des individus qui malgré l’éducation et leur initiation, violaient ces règles communautaires. Pour cela, des sanctions  étaient prévues. Ces sanctions pouvaient être par exemple d’ordre matériel (un poulet, une chèvre, du dolo), pour certaines religions ça pouvait être une suspension de la communauté. La sanction extrême de toutes ces entités étaient le bannissement. L’ensemble de ces sanctions étaient valables pour toutes les catégories de personnes vivantes dans la société.

L’analyse de la situation sociale actuelle au Burkina Faso me fait dire que la transition entre la tradition et la modernité n’a pas été bien faite ; nous devrions retenir les bonnes règles traditionnelles et les améliorer par rapport à l’évolution de notre civilisation.

La période de la modernisation de notre population que je peux citer a commencé avec la colonisation. À cette époque, des jeunes ont été choisis par le colon pour être des soldats sous le regard impuissant de leurs parents; ces jeunes ont été formés pour aller en guerre. Après cette phase de formation militaire des jeunes africains, il y a eu l’arrivée de l’école de « l’homme blanc ». Ces écoles étaient soit initiées par les colons, soit par les religieux. La plus part des soldats et des élèves burkinabés étaient initiés aux traditions avant de partir. Cette double expérience vécue par ces jeunes a forcément fait d’eux, une autre catégorie d’Hommes. Car ils sont à cheval entre la tradition et la modernité ; les règles de discipline nouvelles étant venues s’ajouter. Ces nouvelles règles étaient ignorées par l’autre couche de la population qui n’a eu accès à l’école.

Après l’indépendance, nous avons eu des régimes qui s’inspiraient de ces deux réalités pour créer une philosophie du développement de la nation burkinabé, et ce, jusqu'à l’avènement du 15 octobre 1987. Un avènement sur lequel, la population n’a pas eu la même compréhension et il fallait pourtant gouverner et la faire adhérer au processus. Selon le public cible, différentes méthodes ont été utilisées pour convaincre la population. Ce qui l’a poussé à adhérer. À partir de ce moment, une philosophie d’éducation de la population devait être mise en place pour mettre en confiance la population, encourager une bonne éducation, la sociabilité, l’intégrité, le patriotisme etc. Malheureusement, les stratégies utilisées telles que la violence, la corruption, les détournements des biens publics, la gabegie, le népotisme, le clientélisme, l’intimidation, l’installation de la psychose de la peur pour faire adhérer le peuple burkinabè au système n’ont pas facilement  permis de cultiver ces valeurs sociales du Burkina Faso d’autrefois et d’améliorer significativement la qualité de l’éducation.

Le résultat de ce système est l’incivisme croissant dans le pays. On a assisté à des détournements et à des crimes impunis par certains responsables. La justice est taxée de complice ou d’impuissante dans cette situation. Le phénomène récurent, c’est de se faire justice soit même. En effet, lorsqu’un accident causé par un véhicule survient, le véhicule est immédiatement brûlé. Dans les conflits agriculteurs/ éleveurs, on constate des pertes de vies humaines et de bien matériels. Les évènements de 2008 contre la vie chère, ceux de 2011 sont aussi illustratifs : feux tricolores cassés, véhicules et bâtiments incendiés etc.  

Depuis 1987, certaines personnalités burkinabés comme Joseph KI-ZERBO, Laurent BADO, Bénéwendé SANKARA, Etienne TRAORÉ, Hama Arba DIALLO, Norbert TIENDÉBRÉOGO… ont refusé de suivre le navire. D’autres tels que Zéphirin DIABRÉ, Ablassé OUÉDRAOGO… ont adhéré croyant influé à un moment donné positivement le système. Ils ont été débarqués ou ont quitté. Les plus patients qui ont résisté pensant toujours à un changement positif et qui finalement n’avaient plus d’espoir, ont fini par quitter. Ils se retrouvent aujourd’hui dans le Mouvement du Peuple pour le Progrès (MPP).

Mon cri de cœur ! Hommes politiques, religieux et de la société civile, vous êtes sollicités à créer une philosophie nouvelle qui permet de conscientiser le peuple en commençant par les dirigeants pour que l’intégrité dont nous nous réclamons, soit une réalité. Nos ancêtres ne comprendrons pas qu’à leur temps, ils l’ont défendu et qu’à notre tour, femmes et hommes civilisés, nous n’y arrivons pas.

Lors du passage du président américain Barak OBAMA au Ghana, il a dit que l’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts mais d’institutions fortes. Ceux qu’il appelle à mon avis, hommes forts ne sont pas à confondre aux leaders. MOBUTU était un homme fort mais Nelson MANDELA, Martin Luther KING, Mahatma GANDHI étaient des leaders. Ce sont eux qui créent les institutions fortes. Ce type de leaders, nous en avons besoin au pays des Hommes intègres. Ils ont l’habitude de créer des institutions fortes et éclairent tout le monde afin que chacun soit à un niveau de compréhension pour la cause commune. Pour MANDELA, le bonheur est pour tout le monde, mais le malheur est à combattre si possible pacifiquement.

Ouagadougou, le 04 août 2014

TRAORÉ B. François,
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vendredi 18 juillet 2014

Ce que je pense de la 19e réunion du COS-Coton

J’ai participé en tant que représentant de l’AProCA à la 19e réunion du COS-Coton qui s’est ténue à Bruxelles du 02 au 03 juillet 2014. Il s’agissait essentiellement de faire le bilan des dix ans de partenariat entre l’Union européenne et les pays ACP, et d’examiner l’état des lieux de la mise en œuvre du Programme de consolidation du cadre d’action pour le partenariat UE-Afrique sur le coton. Ce programme vise à contribuer à l’amélioration durable de la compétitivité, de la valeur ajoutée, et de la viabilité des filières cotonnières africaines, de manière à optimiser l’impact sur le revenu des producteurs. Dans ce sens, les principales activités des organisations professionnelles régionales (AProCA, ACA, ACTIF, MoZaZiMa) ont fait l’objet de communications par leurs représentants respectifs. Au cours de la présente réunion du COS-Coton, la question des négociations commerciales sur le coton à l’OMC a été également abordée. Unanimement, l’assemblée a souhaité que ces négociations se poursuivent.

Dans l’agenda de la 19e réunion du COS-Coton, figurait également  la tenue de la 2e réunion du Comité de Pilotage du Programme d’appui à la consolidation du cadre d’action pour le partenariat UE-Afrique sur le coton. L’examen de l’évolution des indicateurs de résultats  (IOV) du Programme a révélé qu’ils sont dans un état de progression satisfaisant dans l’ensemble à la date du 30 juin 2014. En effet, les stratégies régionales coton sont opérationnelles au niveau national et coordonnées en approche panafricaine. Le renforcement des  capacités des associations professionnelles cotonnières en termes de planification et de suivi de mise en œuvre des stratégies est dans une bonne perspective.  En revanche beaucoup d’efforts restent à faire quant à la compétitivité interne et à la viabilité des filières cotonnières africaines. L’amélioration de la productivité, de la qualité du coton et l’accroissement de la valeur ajoutée par l’augmentation de la transformation sur place sont des réceptacles solides pour atteindre ces objectifs.

En tant que représentant de l’AProCA, j’ai suivi avec intérêt les débats sur la transformation du coton. Pour le représentant de la CEDEAO, l’Afrique ne doit pas continuer à produire le coton et à l’exporter.  Le coton africain doit être transformé en Afrique.
En tant que producteur, j’ai également soulevé le problème des intrants agricoles, essentiellement celui de l’engrais. On m’a toujours dit que le problème de la transformation est le travail des sociétés privées. Pourtant, pour moi, l’Afrique est le seul continent dont je sais qu’il a la matière première pour fabriquer l’engrais sur place, mais qui continue à l’importer. La majeure partie de ces matières premières sont exportées vers l’occident pour être transformées, pour, ensuite, revenir en Afrique. C’est l’exemple du phosphate au Togo. J’ai assisté à une rencontre de l’Union africaine à Banjul pendant que  Alpha Omar KONARÉ était à la tête de l’Union. Au cours de ladite réunion, il avait rappelé les chefs d’États africains sur leur engagement, datant depuis 1981, à fabriquer l’engrais pour les producteurs.

Par rapport à cet engrais made in Africa et à la transformation du coton africain, le président du COS-Coton a proposé  de regrouper les acteurs africains en Afrique pour faire une réflexion sur ces deux sujets. Un des participants, tout en étant d’accord avec cette proposition, a dit que pour la transformation du coton africain, il y avait des exemples de pays qui le faisaient déjà (Éthiopie, Ouganda, Afrique du sud,...). Par ailleurs, il pense que la concrétisation de la transformation  du coton africain en Afrique n’est qu’une question  de volonté du politique de chaque pays africain. L’intervention de ce dernier m’a fait penser à  la Tunisie quand j’y étais de passage en 2012. De l’aéroport à l’hôtel, j’ai discuté avec le taximan. Je lui ai posé la question « qu’est-ce qui avait suscité les mouvements ?». Il m’a dit que les raisons principales du soulèvement étaient que l’économie du pays était dans la main de la famille présidentielle. Chaque société privée qui envisageait s’installée dans le pays devait donner 50% de son capital à la famille présidentielle sans qu’elle ne paie un sou.  Cela veut dire que 50% du bénéfice des sociétés privées lui reviennent automatiquement. Voilà un exemple qui existe un peu partout en Afrique et qui empêche le privé de s’installer pour la transformation des produits agricoles africains.

Dans chaque pays africain, un privé qu’il vienne de l’extérieur ou de l’intérieur du pays, s’il veut s’installer, est obligé de faire de la particularité en faveurs des gouvernants. Cela démunie la rentabilité du privé. Souvent les privés ne sont même pas libres dans le recrutement de leur personnel. Ils doivent parfois favoriser les proches des gouvernants alors que, pour être rentable, une société  professionnelle privée  doit avoir une bonne gouvernance en s’appuyant sur de la compétence capable de faire le boulot et d’être rentable. On me dira que dans beaucoup de pays développés ou en voie de développement, il y a aussi des « soudoiements ».  Mais il est évident que si ces pays se développent, c’est que la proportion d’ingérence du politique dans la mise en place et le fonctionnement des entreprises privées est faible. De même, si  dans la transformation des produits agricoles africaines, les gouvernants veulent se remplir les poches individuellement, la population demeurera pauvre et sans emploi. Or, il  y a de la place pour l’installation d’entreprises professionnelles capables de résorber le problème d’emploi des jeunes en Afrique.

Je souhaite que les chefs d’États africains se démarquent de cette façon de faire, pour permettre la promotion et le développement des entreprises privées compétitives et capables de valoriser  qualitativement et durablement les produits agricoles et les ressources naturelles.

Ouagadougou, le 10 juillet 2014

TRAORÉ B. François,
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jeudi 10 juillet 2014

Ce que je pense de la crise politique au Burkina Faso

Le samedi 31 mai 2014 a eu lieu le meeting du CFOP au stade du 04 août à Ouagadougou. L’objectif était de sensibiliser et de conscientiser les militants  des partis de l’opposition politique burkinabé sur son refus à la modification de l’article 37, à la mise en place du sénat et le refus d’aller au referendum. Malgré un certain nombre de montages pour démobiliser les militants qui venaient au terrain, nous avons rempli le stade du 04 août.  Les artistes qui ont intervenus ce jour sur le terrain du 04 août étaient des artistes burkinabè engagés pour la même cause.

Les différents représentants des partis politiques ont tour à tour intervenu. Pendant leurs interventions, l’adhésion des militants à cette cause se faisant sentir par des bruits assourdissants. L’engouement des militants à la contribution financière demandée par le président du CFOP m’a également surpris positivement ; contrairement aux habitudes du CDP qui partage l’argent à ses militants pour mobiliser la population.

Le 21 juin 2014 un  autre meeting a été organisé sur le même terrain ; mais cette fois-ci par le CDP. Nous avons vu des paysans qui ont été transportés depuis les villages. Des grosses sommes ont été surement débloquées pour cela. Des artistes  des pays voisins ont été invités, surement sur contrat, pour animer ce jour au stade du 04 août. Nous savons que l’invitation des artistes étrangers visait à  attirer la jeunesse curieuse de les découvrir. Selon les villageois, le discours des dirigeants du CDP était : « nous allons modifier l’article 37, nous allons mettre en place le sénat et pour cela nous allons faire le referendum. Toute personne qui s’opposerait à cela verra les conséquences ».

À entendre les villageois, ils pensaient qu’on les appelait pour les expliquer comment résoudre les problèmes qu’ils vivent au village. Étant à l’orée de la campagne agricole, certains ont cru qu’on parlera de comment leur trouver de l’engrais. Malheureusement ce meeting censé sensibiliser la population était plutôt un meeting de  menaces. Comme les militants sont venus par localités, ils ont donc commencé à se retirer par groupes. Les jeunes qui étaient également présents pour voir ces artistes n’étaient pas également intéressés par ce discours. Cet écart d’objectifs entre les jeunes dans le stade et le parti au pouvoir s’est manifesté par un stade de 04 août à moitié vide pendant le discours du secrétaire générale du CDP.

Je pense donc que si les deux groupes devraient faire des démonstrations de force, le CDP devrait tirer une bonne leçon sur le fait que la population n’est pas d’accord avec elle dans sa vision. Cela n’est pas nouveau. Nous l’avons constaté lors du CCRP où c’était le pouvoir qui s’était déplacé vers les populations dans leurs localités. Les résultats étaient que le peuple burkinabè s’était opposé à ces aspects. L’idée que je me fais en analysant ces deux meetings, est que le président Blaise  COMPAORÉ qui  s’était engagé à mettre de côté tout ce que la population n’a pas accepté au CCRP, qui a toujours prôné le respect de ses engagements, doit savoir se réserver et se fier à ce que le peuple burkinabè veut. S’engager à se retirer du pouvoir en 2015 ne lui fera que des honneurs. Laisser la liberté aux burkinabè de choisir librement leurs dirigeants n’est qu’un devoir pour lui.

Le 24 mai 2014, nous avons appris la mort du juge Salif NÉBIÉ.  Les premières informations que nous avons eues nous faisaient dire qu’il a été purement et simplement assassiné. Par la suite un médecin légiste à été dépêché de la France pour faire l’autopsie. Nous ne savons pas les closes officielles ou officieuses des accords avec ce médecin mais tout porte à savoir que le médecin  français connaissait à l’avance les résultats auxquels il est parvenu à l’issue de l’autopsie avant de venir au Burkina Faso.

Quand je vais dans les villages, les villageois me posent les questions « comment ont-ils fait encore pour tuer ? Qu’est-ce qu’il a fait ce juge? Ces questionnements sous-entendent que même au village, les gens se disent qu’il a été assassiné. Cela me fait penser au proverbe du camarade Roc Marc Christian KABORÉ  le 06 avril 2014 lors du meeting du congrès du MPP  qui dit: « tu n’as qu’à beau habiller un cheval, ses testicules restent dehors ». J’ai donc peur de la confiance du peuple burkinabè à ses dirigeants qui se dégrade de jour en jour.

Je souhaite que le président Blaise COMPAORÉ sache que la situation est dangereusement floue. Médiateur qu’il est, je ne l’apprends rien en lui disant que pour qu’une bonne médiation réussisse, il faut qu’il ait un premier qui offre quelque chose. Au Burkina Faso, je pense que ce que le peuple demande, c’est une transition pacifique à travers laquelle le président Blaise COMPAORÉ remerciera le peuple burkinabè de l’avoir accompagné pendant son règne.

Ouagadougou, le 10 juillet 2014
           
TRAORÉ B. François,
Agriculteur Burkinabé,
Docteur honoris causa de l’Université de Gembloux,
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