dimanche 13 août 2017

CE QUE JE PENSE DU NOM DE NORBERT ZONGO DONNE A L’UNIVERSITE DE KOUDOUGOU



            Récemment les autorités du Burkina Faso ont décidé de donner le nom de Norbert Zongo à l’Université de Koudougou. Je pense que cela est une bonne chose. Dans la tradition africaine, on aime garder le nom des personnes qui ont menées des actions positives pour la société et Norbert ZONGO en était un ces grands Hommes utiles. Comme journaliste d’investigation, il a toujours mené son travail dans un professionnalisme patriotique. Ma mère avait l’habitude de me répéter « toi on t’a mis à l’école pour que tu aides les autres ». Pour Norbert ZONGO, écrire, c’était dire la vérité et à tout le monde. Et c’est comme cela qu’il a voulu se rendre utile pour son pays. Son journal était « L’indépendant » ; ce qui avait tout son sens : ne pas être manipulé ni par une autorité en faute ni par de l’argent.
Le dossier de David OUEDRAOGO qui était le chauffeur au petit frère du Président d’alors, est celui sur lequel il travaillait à faire sortir la vérité avant sa mort. Dans ses investigations, il a trouvé que c’est une série de crimes qui se sont succédés jusqu’à la mort de David OUEDRAOGO. Selon les échos que nous avons reçus, pendant ses enquêtes, il a résisté à plusieurs tentatives de corruption et même à des menaces de mort. Pour Norbert ZONGO, « la patrie ou la mort, nous vaincrons » n’était pas un vain mot. Quand on le dit, on doit être intègre et l’intégrité était sa nature, sa manière de vivre. Il travaillait à travers sa plume, à cultiver cette intégrité. L’intégrité est un comportement au quotidien qui est valable pour les citoyens burkinabè et également pour les autorités.
Donner donc le nom de Norbert ZONGO à une université où on forme la jeunesse est un symbole très fort. Je souhaite que dans cette université, l’image du comportement de Norbert ZONGO soit permanente, qu’au-delà du nom immortalisé à travers cet acte noble, son comportement ne soit pas oublier. Le travail de conscientisation que Norbert ZONGO menait avec sa plume doit se poursuivre, les burkinabè aimeront voir une intégrité et une combattivité pareille à celle de Norbert ZONGO se manifester visiblement chez toute la jeunesse. Tous les domaines professionnels du Burkina ont besoin de cet esprit. Mon oncle avait donné le nom d’un de nos arrières grands-pères à un de ses petits-fils. Selon lui, ce grand père était un grand travailleur, un grand guerrier et aussi quelqu’un qui aimait la vérité. Quand il y avait un problème à discuter dans le village, et que les responsables s’asseyaient pour en parler, tant qu’il n’avait pas donné sa position pour une situation, les gens étaient inquiets. Et quand il approuvait une décision, tout le monde était rassuré. Quand mon oncle a vu son petit-fils grandir et que son comportement ne ressemblait pas au comportement de celui dont il portait le nom, il a décidé de retirer le nom de son grand-père et il n’appelait plus le petit-fils par ce nom. Pour lui, ce serait des injures à son grand-père de laisser quelqu’un qui ne se comportait pas comme lui porter son nom. Je souhaite alors courage au monde éducatif de Koudougou qui a adopté le nom de Norbert ZONGO sur l’université. Ce monde éducatif qui connait très bien la philosophie et la vision de Norbert ZONGO doit nous aider à pérenniser cette image dont tous les burkinabè sont fiers. Je ne souhaite pas que Norbert ZONGO se lève un jour de sa tombe pour arracher son nom sur le portail de l’université parce que ce qui s’y passe ne lui ressemble pas.   
En tant que citoyen Burkinabé
Ouagadougou, le 12 Août 2017

TRAORE B. François,
Agriculteur Burkinabé
Docteur honoris causa de l’Université de Gembloux,
www.francoistraore.blogspot.com

lundi 7 août 2017

CE QUE JE PENSE DES CONFLITS ENTRE LES RELIGIONS, LES ETHNIES ET LES RACES



A mon avis, les conflits entre les religions, les ethnies et les races ne sont que des prête-noms que des personnes mal intentionnées utilisent pour leurs propres intérêts en voilant les yeux des ignorants ou ceux qui croient en eux. Sinon dans l’histoire de l’humanité, les chrétiens et les musulmans sont d’accord sur le fait qu’ils sont des descendants d’Adam et Eve. Jésus Christ qui a influencé le christianisme, certains diront même qu’il l’a créé, a été crucifié par ses frères. Pour quel intérêt ? En tout cas pas pour Dieu. Le fondateur de la religion musulmane qui est Mohamed a été à un moment obligé de quitter la Mecque pour aller à Médine à cause de la haine. Cette haine était celle de ses propres frères et n’était pas faite pour adorer Dieu. D’autres religions existent dans le monde comme par exemple l’hindouisme. En Chine, il y a aussi des religions autres que celles déjà citées sans oublier le traditionalisme qui existe à sa manière dans chaque continent. Ce sur quoi il y a l’unanimité au moins entre les religions, est que chacun est d’accord qu’il y a un être suprême qui a créé l’humanité devant qui tout le monde doit se prosterner. Quant à ce que dit la science sur l’origine de l’Homme, cela est récent et ne saurait être une base de conflits. Si je m’en tiens aux deux religions, chrétienne et musulmane, c’est depuis la création des branches au sein de ces religions que les conflits sont nés. Ces branches ne sont nées que pour des intérêts ou contre des intérêts. Sinon, ce que je sais du Dieu tout puissant est que les religions ne doivent que servir à la paix et la cohésion. Et il ne faudrait pas que des gens se cachent derrière des branches pour masquer leurs intérêts personnels.
Quant aux ethnies et aux races, la plupart de celles-ci sont aussi d’accord que nous venons d’Adam et Eve. Certaines religions ont expliqué comment sont venues les langues. Je pense que la science a aussi sa version sur l’origine des langues. Les langues sont liées aux ethnies et aux races. Mais ce qui est vrai est que nous sommes tous des humains qui réfléchissent, qui cherchons à gagner notre vie dans cet univers. C’est ce qui nous différencie des animaux. Selon l’évolution de l’humanité, les conflits ont commencé dans cette instance de survie et souvent même au sein des familles. C’est la recherche des intérêts qui a amené la domination et souvent par groupe et ces groupes n’ont pas d’homogénéité. Par exemple, quand les noirs se sont retrouvés quelques parts en tant qu’esclaves pour le cas des États-Unis, les divisions qui existaient entre ethnies en Afrique ont disparu et c’étaient alors entre les noirs et les blancs qu’il y avait souvent des mésententes. Les blancs étaient les patrons et les noirs étaient les ouvriers. Comme les noirs subissaient le même sort ils ont fini par constituer une seule ethnie, celle des noirs et qui était aussi la race noire. Les blancs avaient intérêt à infliger à peu près le même sort aux noirs pour dominer. Ce qui m’emmène à dire que les bagarres qui persistent aujourd’hui dans ce monde civilisé entre ethnies et races ne sont que des faux problèmes créés par des irresponsables et pour leur seul intérêt. Pour moi, la politique doit pouvoir jouer un grand rôle pour éradiquer cette haine entre groupes. Les ethnies qui existent vraiment dans le monde sont l’ethnie des charitables et celle des méchants qui veulent tout pour eux seuls sinon il y en a suffisamment pour l’humanité sur cette terre.
Je lance donc un appel, d’abord aux africains pour que la fraternité entre les humains soit le lien. Chacun de nous fait des affaires tous les jours et il ne pourra jamais les traiter qu’avec ses frères d’ethnie ou de race ou de religion. Quand une pièce de tracteur se gâte chez moi, ce qui m’intéresse c’est de savoir où je peux avoir cette pièce. Quand je dois voyager, je cherche plutôt à avoir de la place qu’à choisir une personne de mon ethnie pour m’asseoir à côté d’elle. Et quand nous allons en Europe, tout noir que nous percevons est automatiquement un frère. Entre les noirs et les blancs, il y a un esprit d’humanisme qui évolue à son rythme. Parmi les européens, il nous arrive d’avoir des amis qui nous sont plus chers que nos propres frères donc le problème de races est aussi un faux problème. Arrêtons aussi de faire des règles déséquilibrées dans la mondialisation car pour le moment nous n’avons que cette planète ou nous sommes condamnés à vivre ensemble. Il faut que la valeur de l’homme soit celle de son comportement et ses actions envers les autres, ce qui est bon pour soi est aussi bon pour les autres. Considérons tous ensembles que les humains sont tous des frères pour que la complémentarité soit notre salut.  
En tant que citoyen Burkinabé
Ouagadougou, le 07 Août 2017
TRAORE B. François,
Agriculteur Burkinabé
Docteur honoris causa de l’Université de Gembloux,
www.francoistraore.blogspot.com      

dimanche 30 juillet 2017

CE QUE JE PENSE DE LA RENCONTRE DES PARLEMENTAIRES DE LA CEDEAO TENUE DU 20 AU 23 JUILLET 2017

 


Du 20 au 23 juillet 2017, les parlementaires de la CEDEAO ont eu une rencontre à Ouagadougou. Le sujet de la démographie dans la sous-région a été fortement discuté. Il y a eu un engagement selon lequel on limiterait dans l’espace CEDEAO, le taux de natalité. Chaque femme devra dans l’avenir mettre au monde 03 enfants au maximum. Cela a suscité un débat entre les citoyens. Certains citoyens faisaient allusion tout de suite à l’intervention du Président français Emmanuel MACRON où il a relevé que la démographie serait un des freins au développement en Afrique. Je trouve ce débat normal car c’est en débattant sur un sujet qu’il y a l’appropriation. Pour certains, cette position de Emmanuel MACRON est de l’impérialisme. Ceux qui me connaissent savent que je ne suis pas soumis. Selon moi, le Président MACRON intervient sur ce sujet comme un humaniste et un économiste. Cette posture ne lui permet pas des illusions fatalistes. Nos parlementaires que je trouve intellectuels sont élus pour analyser et avoir une vision futuriste pour la sous-région, en prenant en compte la réalité de la situation actuelle, les exigences des citoyens qui ont le droit de bénéficier tous du même traitement pour qu’il y ait la paix et le développement.
Je suis un agriculteur, fils d’un autre agriculteur. Je vais me contenter de décrire ce que j’ai appris, ce que j’ai vécu et ce que je pressens dans le milieu rural. Selon ce que j’ai entendu de mes parents, dans l’histoire de notre société, c’était le nombre d’enfants dans une famille qui faisait la fortune et la fierté. Comme tout le travail se faisait à la main, plus on était nombreux, plus on gagnait et il faut voir ce gain dans plusieurs sens. Par exemple, si vous étiez nombreux dans votre champ, on pouvait difficilement vous attaquer. Mon père m’a même dit qu’à un moment, pendant le travail champêtre, certains devaient s’armer et être perchés sur un arbre en sentinelle afin que la famille ne soit pas surprise par des ennemis. Voilà pourquoi, ils priaient leurs ancêtres pour qu’il leur donne beaucoup d’enfants. Quant à mon père, il en a beaucoup eu. J’étais l’un des rares qu’il ait pu mettre à l’école. Le fait que mon père n’ait pas pu scolariser tous ses enfants a fortement retardé l’éveil de la famille. Moi également, j’ai beaucoup d’enfants que j’ai tous pu scolariser. Mais les difficultés que j’ai senties et qui pèsent toujours sur moi, ce sont celles de payer les frais de scolarités de plusieurs enfants. Parmi mes garçons, certains ont choisi d’être agriculteurs. Comme j’ai très tôt modernisé mon agriculture en passant de la charrue au tracteur, le problème d’indisponibilité des terres s’est tout de suite posé. Au Burkina Faso, tout le monde sait que le problème d’indisponibilité des terres est l’objet de beaucoup de migrations entre les régions. Tout burkinabè conscient sait que le problème foncier, s’il n’est pas réglé dans un esprit responsable, patriote et humain, il sera toujours une source de conflits. Comme la terre n’est pas élastique, comprenez alors que je donne raison aux parlementaires de la CEDEAO.
Cependant, la décision de nos parlementaires a des exigences. Ce ne sont pas des décisions d’éclat qui ont manqué à nos structures africaines depuis les indépendances. C’est la philosophie et le comportement qui doivent conduire à la concrétisation des décisions prises, qui ont souvent fait défaut. La présente décision de limiter le nombre d’enfants à trois par femmes, implique la modernisation des services de santé. Elle ne peut aussi être effective que si toute la population a accès aux mêmes informations et aux mêmes soins. Dans les pays pauvres enclavés, on sait ce cela vaut. L’instruction et l’éducation doivent être réadaptées pour l’éveil des consciences professionnelles et patriotes. Quant à l’agriculture qui est mon métier et qui occupe près de 80% de la population de la CEDEAO, la modernisation de celle-ci est obligatoire car nos ancêtres ne comprendront pas que dans nos boutiques, il n’y ait que du riz importé. Nos chercheurs doivent pouvoir occuper véritablement leur place. J’ai eu l’occasion de rencontrer des chercheurs indiens, chinois et brésiliens ; c’est dans la créativité vraie et appliquée qu’ils sont en train d’avancer. Si nous produisons des denrées alimentaires de qualité adaptée à la consommation de la population, il n’y a pas de raison qu’il y ait une aussi grande importation. La transformation de ces produits pour les adapter est aussi une condition sin qua non et c’est cela qui va créer l’emploi pour une bonne partie de la jeunesse. Cette transformation doit être adossée à une véritable politique de commercialisation pour augmenter les revenus et contribuer à l’amélioration des conditions de vie des populations.
Quand les producteurs de coton africains avaient soulevé le sujet du coton qui a été par la suite débattu à l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), il y a eu beaucoup d’engagements et nous avons senti sur ce sujet du coton, une cohésion possible entre les négociateurs africains. En rappel, un de mes amis français académiciens, Erik ORSENNA, a fait un livre qui est paru en 2006 qui montre que la réflexion devait continuer. J’interpelle alors les parlementaires qui ont pris cette décision à rentrer dans l’histoire en suscitant des actions correspondant à la hauteur de leur décision.    
            En tant que citoyen Burkinabé


                                                Erik ORSENNA et François TRAORE

Ouagadougou, le 30 juillet 2017
TRAORE B. François,
Agriculteur Burkinabé
Docteur honoris causa de l’Université de Gembloux,
www.francoistraore.blogspot.com