mercredi 7 août 2019

CE QUE JE PENSE DE LA RELÈVE DANS LES FAMILLES RURALES ET DANS LES ORGANISATIONS PROFESSIONNELLES DU MILIEU RURAL EN AFRIQUE


Quelqu’un m’a déjà posé la question de savoir ce que je pense de la relève dans nos familles rurales et dans nos organisations professionnelles. En tant que vétéran agricole, je me suis trouvé dans l’obligation de partager mon expérience dans ce qu’on m’a transmis et ce que j’ai vécu. En effet, l’agriculture et l’élevage étaient pratiquées en Afrique avant la colonisation. C’était même les métiers de la population pour se nourrir et se vêtir. Chaque grande famille pratiquait ces métiers. Mon père m’a dit que sa famille était grande et l’essentiel de la formation qu’il a reçu concernait l’agriculture. Très tôt, l’on pratiquait ce métier avec un suivi de rigueur par la famille car aucune famille n’acceptait qu’un garçon ne soit pas brave dans ce métier. Il m’a aussi dit que les femmes ne cultivaient pas chez eux, elles aidaient à semer et aussi à récolter, le reste du temps était pour s’occuper des petits enfants, récolter les noix de karité, filer le coton pour les vêtements et faire plusieurs autres travaux de femmes. Cela veut dire que les femmes aussi contribuaient dans l’éducation des enfants. Cette éducation dans l’agriculture se faisait de la même manière pour l’élevage. Il y avait souvent des cultures en commun qui était un système pratiqué dans les villages qui regroupaient tout le monde dans un champ. Chaque famille avait son tour selon ses besoins. Ce jour chacun devait démontrer la formation qu’il avait reçu de sa famille sur la cadence d’une musique. Les plus valeureux étaient loués par les griots et cela rendait les responsables de leurs familles fières. Alors, pour moi, la formation d’un agriculteur était faite par la famille et par le village. Les enfants prenaient tout de suite la relève de leurs parents car ils étaient formés pour cela. La relève était assurée. Hormis quelques aléas et phénomènes conjoncturels, les familles mangeaient à leur faim.
Il y a eu un changement après la colonisation. Il y a eu le service militaire obligatoire, il y a eu l’école, il y a même eu l’exode. Les jeunes n’étaient plus seulement formés par leurs familles et leurs villages. Ce qu’ils apprenaient n’avait pas forcément de liens avec ce que la famille leur apprenait. C’est à partir de ce moment que la relève ancestrale a commencé à avoir quelques problèmes. Pourtant, ce contact avec l’extérieur devait être un plus dans l’éveil des consciences. A mon avis, cela n’a pas été suffisamment valorisé. La conséquence a été la dislocation de certaines grandes familles et un homme pouvait se retrouver seul avec sa femme et ses enfants. C’est à ce moment que certaines femmes ont commencé à cultiver pour aider leurs maris et nourrir leurs enfants. Ceux qui ont pu tirer leçon de la formation qu’ils ont reçu dans leurs familles et qui ont pu valoriser le contact avec l’extérieur s’en sortaient. Moi j’étais fils de migrants, mon père et ma mère ont quitté le Burkina pour aller cultiver l’arachide au Sénégal. Ils avaient huit enfants dont quatre garçons et quatre filles. J’étais le premier garçon. C’est quand ils ont quitté la grande famille que ma mère a commencé à cultiver avec mon père. Cela pourrait étonner certains lecteurs mais c’est ainsi que cela s’est passé. Il m’a inscrit à l’école mais comme il avait beaucoup d’enfants, il avait des difficultés. Lui, ce qu’il avait appris c’était de toujours former ses enfants dans l’Agriculture. Et si on ne cultivait pas, lui et ma mère ne suffisaient pas pour nous nourrir sans matériel. Chacun de nous a alors commencé à cultiver dès 07 ans. Mon père avait perdu la vue et j’ai quitté la classe de CM2 quand j’avais 14 ans. Mes deux grandes sœurs étaient déjà mariées ; j’ai donc pris la relève à 14 ans avec mes petits frères car j’étais déjà formé. Mes parents étaient très rigoureux. Quand on me parle de travail des enfants aujourd’hui en me disant que dans les normes, c’est à 17 ans que les jeunes sont autorisés à exercer des travaux, dans notre famille, nous n’avions pas eu ce choix et beaucoup de familles africaines sont toujours dans cette situation, soit ils travaillent soit ils meurent de faim. Moi je n’ai pas regretté le contact avec l’extérieur ni le fait d’avoir été à l’école en plus de la formation que mon père m’a donné. J’ai pu cultiver avec mes frères et ramener quelques années après, la famille au Burkina Faso. L’agriculture me nourrit toujours. Je devais aussi mettre en valeur la leçon que mon père m’a donné, celle d’apprendre à cultiver à mes enfants. Aujourd’hui ce sont eux qui m’ont relevé avec la chance de pouvoir travailler avec des tracteurs que moi je n’ai pas eu à ma jeunesse. Je continue toujours à les suivre et à leur donner des conseils. Des familles ont réussi cette relève mais les difficultés citées plus haut ont toujours leur impact dans plusieurs familles.  
Quant à mon expérience en matière d’organisation paysanne, le fait que j’ai géré très tôt une famille m’avais initié dans la gestion des hommes. Après quelques années dans le village de mon père, j’ai migré dans un autre village ; là-bas, j’ai été président de groupements villageois depuis 1982. Ces regroupements permettaient des échanges qui enrichissaient en expériences les uns et les autres. Cela créait une cohésion qui nous donnait une crédibilité vis-à-vis des partenaires. Le secteur essentiel qui nous rassemblait était celui du coton. On avait donc comme partenaires, la société cotonnière et les banques. Le groupement nous permettait d’avoir des intrants et même du matériel agricole à crédit. Notre crédibilité permettait un remboursement chaque fois à 100% et l’amélioration de nos revenus. Cela a développé des familles et même le village car chacun avait accès au crédit qu’il voulait grâce à la caution du groupement. La société cotonnière nous reversait quelques ristournes qui appartenaient au groupement. Dans la cohésion, nous avons décidé de construire une école primaire dans le village avec cet argent. De nos jours, cette école a 29 ans et chaque famille a au moins un ou deux cadres administratifs sinon plus qui sont sortis de cette école. L’exemplarité de la gestion de groupement nous a obligé à initier très tôt des jeunes sortis de notre école et qui sont restés dans l’agriculture qui gèrent toujours correctement le groupement. J’ai été par la suite président de plusieurs structures au Burkina et au niveau international. La notion qu’on m’avait donnée dans mon éducation était de respecter le bien commun car le non-respect du bien commun déshonorait la famille. Dans ces structures, nous avons commencé à travailler avec des partenaires (Etats, ONG et autres), certains nous venaient souvent en appui financier et en formation. Chose qui devait être forcément favorable et nous propulser vers l’atteinte de nos objectifs. Cela a quand même créé quelques difficultés que j’ai constatées dans la relève de plusieurs organisations. La corrélation entre les appuis financiers et les formations n’a pas toujours permis à ce que certains leaders pensent à la relève. Sans oublier que dans certaines organisations, les formations reçus ne permettaient pas une bonne gestion des hommes et des finances. Pour conclure, je pense que, pour la relève dans les familles, les gouvernements africains doivent avoir une philosophie de développement qui prend en compte les expériences ancestrales et les expériences modernes en y mettant la rigueur et la discipline pour accompagner le monde rural. C’est là que l’intérêt des organisations paysannes crédibles se fait sentir car on ne trouvera jamais un agent d’agriculture ou d’élevage pour chaque producteur mais les paysans sont mieux placés quand ils sont bien organisés pour s’auto-discipliner et se partager les bonnes expériences. Dans le cas du Burkina, nous agriculteurs, nous sommes plus de 80% de la population. Si quelques individus sont riches et d’autres pauvres, cela ne nous met pas en sécurité. Un monde paysan bien organisé, travail pourtant possible, peut permettre un partenariat fertile et durable entre les organisations paysannes, l’Etat et les partenaires. C’est dans cette orientation que les partenaires au développement peuvent les accompagner sur leur vision. Et dans mon expérience dans le monde entier, chaque pays est passé par là. A titre d’exemple au Canada, c’est l’organisation du monde paysan qui fait la puissance agricole du pays. Le domaine agricole est un des domaines où le mensonge ne peut pas se cacher. L’action qui n’est pas bien menée a obligatoirement des conséquences. Sinon on ne comprendrait pas que nos ancêtres arrivaient à se nourrir et que dans ce monde moderne nous ne puissions pas le faire. Et si l’agriculture n’est pas à un niveau de développement donné c’est qu’à différents niveaux, la relève n’a pas été parfaitement au rendez-vous.   
Ouagadougou, le 07 août 2019
En tant que vétéran agricole
TRAORE B. François                                       
Agriculteur burkinabé
Docteur Honoris Causa de l’Université de Gembloux


samedi 20 juillet 2019

Ce que je pense des actions menées pour la modernisation de l'Agriculture au Burkina Faso


J'ai été heureux d'apprendre la remise le 16 juillet 2019 de vingt-six (26) tracteurs agricoles par le Ministre en charge de l’agriculture au Président de la Chambre Nationale d'Agriculture (CNA) pour treize (13) régions. C'est une bonne opération sauf que c'est la période qui m'intrique un peu. Car non seulement, les possibilités de travailler avec le tracteur à partir de mi-juillet sont assez réduites mais aussi on ne peut plus rattraper le mois de juin 2019 pour accélérer la mise en place des principales cultures avec ces tracteurs nouvellement acquis. Le tracteur devrait permettre de profiter au maximum du peu de pluies enregistrées entre mai et juin parce qu’il est plus rapide que les animaux de trait. Si j'ai un conseil à donner, j'aurai souhaité que l'opération soit menée plutôt. À titre d'exemple, le Conseil régional de Dédougou a donné quatre (4) tracteurs à des Groupements de producteurs au bon moment en 2018. Un des Groupements que j'ai suivis a labouré pour ses membres plus de 100 hectares. Le Conseil régional de Bobo a fait la même opération cette année 2019 et l'information que j'ai avec un des Groupements bénéficiaires, est qu’ils sont à plus de 100 hectares labourés pour ses membres malgré la rareté des pluies. En plus de cela j'ai des inquiétudes sur comment ça sera attribué dans les Régions pour travailler. Ça serait souhaitable que ces tracteurs soient remis à des groupements ou associations bien préparés car selon mes expériences, le tracteur ne doit pas faire plus de 20 km pour aller labourer. A mon avis, la distance recommandée ne doit pas dépasser 5 km. Un comité restreint doit être mis en place pour la gestion du tracteur ensemble avec les conducteurs. J'ai eu mon premier tracteur depuis 1986 donc je sais quoi de je parle.
Sur le plan de l’appui conseil aux producteurs et de la vulgarisation des nouvelles technologies agricoles, j'ai été étonné tout récemment d'apprendre qu'il y a plus de 1000 hectares de terres cultivables à Matourkou et du matériel agricole mais lors de la formation des techniciens et cadres du ministère de l’agriculture, on les utilise très peu. Un élément d'une des promotions m'a dit qu’eux, ils ont été obligés de cotiser et négocier une parcelle pour pouvoir faire un champ commun expérimental. Ils n'ont pas eu facilement accès au matériel agricole du Centre de formation et à la parcelle. Pourtant c'est grâce à ces champs expérimentaux et de démonstrations que certains parmi eux qui ne sont pas fils de paysans, ont su comment on sème de façon pratique, une graine. Est-ce que ça veut dire que l'utilisation du matériel agricole ne fait partie de leur formation ? Le restaurent du Centre agricole polyvalent de Matourkou doit-il continuer à être alimenter par des légumes et des céréales venues d’ailleurs ? Si tel est le cas, je me demande si ce ne sont pas des techniciens de salles de conférences que nous sommes en train de former.

Les difficultés que je vois dans certaines Associations ou Groupements agricoles me poussent à dire que l'accompagnement dans les groupements n'est pas aussi maîtriser. J'ai dirigé un groupement villageois depuis 1982. Dans ce domaine, je suis également un vieux routier. Ces groupements et associations ne peuvent pas marcher sans une bonne éducation sinon on fabriquerait des structures qui gèrent mal et qui ne sont pas crédibles. Pourtant ces structurations sont incontournables pour le développement du secteur agricole. Dans la quête de maitrise de l’eau à la parcelle, j’ai été contre le modèle de projet irrigation de la filière coton. Même si les bassins de collecte des eaux de ruissellement tel que proposés étaient réalisés partout pour les producteurs de coton, ce modèle proposé ne pouvait pas être utile pour les cotonculteurs cette année avec la rareté des pluies observée au démarrage de la campagne dans la majorité des zones. Or un projet doit offrir à ses bénéficiaires, des solutions adaptées et qui respectent l’environnement. Tout compte fait, je garde espoir.

Ouagadougou, le 20 juillet 2019

En tant que vétéran agricole


TRAORE B. François

Agriculteur burkinabé
Docteur Honoris Causa de l’Université de Gembloux

mercredi 17 juillet 2019

CE QUE JE PENSE DE LA COMMERCIALISATION DES PRODUITS DE RENTE (Cacao-café-coton)


J’ai eu l’occasion d’animer une conférence en France en présence de son excellence Jacques Chirac, à l’époque Président de la France. En tant que Président de l’Association des Producteurs de Coton Africains (AProCA), j’ai dénoncé les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) qui ne nous étaient pas favorables.  En effet, le coton comme le cacao font partie des cultures de rente qui permettent à la jeunesse africaine d’avoir des revenus dans l’agriculture. Cette défense, je l’ai fait dans les négociations de l’OMC et même au siège à Genève. C’est pour cela que je soutien aujourd’hui, la lutte des agriculteurs ivoiriens et ghanéens pour une bonne rémunération des producteurs de cacao. C’est aussi l’occasion pour moi d’interpeller une fois de plus et encourager nos politiques pour la transformation de nos produits ; ce qui augmentera l’offre d’emploi pour la jeunesse. Le marché mondial ne nous fera jamais du cadeau ; c’est à nous de nous organiser et de nous défendre. C’est la meilleure manière de retenir la jeunesse pour qu’elle ne continue pas à mourir dans la mer. Les matières premières existent en Afrique dans tous les domaines. Ayons l’intelligence de les produire et de les transformer en Afrique.

dimanche 21 avril 2019




CE QUE JE PENSE DE LA RELANCE DE LA FILIERE COTON AU BURKINA FASO
Le mardi 16 avril 2019, sur invitation du Ministre du commerce, de l’industrie et de l’artisanat, les dirigeants actuels de la filière coton, les anciens et sympathisants se sont retrouvés au ministère du commerce. Pour Monsieur le Ministre en charge du commerce, l’objectif de cette initiative est de demander la contribution de tout un chacun dans une réflexion qui pourrait amener cette filière coton à reprendre son dynamisme pour l’intérêt des agriculteurs et de la nation toute entière. Selon lui, cette filière, à un moment donné, faisait la fierté du Burkina Faso avec une production de plus de 700 000 tonnes. Cela permettait non seulement aux agriculteurs de gagner de l’argent en étant dans les villages et créait aussi de l’emploi dans les secteurs d’accompagnement de la filière et dans l’industrie. Nous avons tous trouvé l’idée salutaire car aucun nationaliste ne serait fier de voir cette filière tomber. C’est ainsi que tout le monde s’est engagé à collaborer, un comité de sages qui regroupe tous les anciens a donc été mis en place. Le Ministre de son côté était aussi heureux de la volonté de tout le monde à contribuer.
Après cette étape, nous avons soulevé quelques préoccupations des producteurs que nous avons sur le terrain. Il y a d’abord le doute que les producteurs avaient concernant la qualité des intrants et particulièrement les pesticides. La réaction du Ministre et celle des dirigeants actuels de la filière était qu’il a été confié à la recherche de vérifier tous les pesticides et même les autres intrants (semences coton et engrais) pour s’assurer de leur efficacité et rassurer les paysans. C’est donc un engagement du Ministre et des responsables de la filière qu’il n’y aura plus de doute sur les intrants, selon le ministre cette relance de la filière coton a un coût sur lequel le gouvernement s’est engagé et les sociétés cotonnières doivent faire un sacrifice pour qu’il y ait la confiance. On nous a ensuite demandé de donner les noms de pesticides incriminés sur le terrain. J’ai donc par la suite appelé quelques producteurs par zone et trouvé un échantillon de produits que je me permets de vous présenter.

COMMUNE
PRODUITS

01
Péni
Pyrnex, Quick424 ec

02
Doumbala (Kossi)
Thunder, Avaunt

03
Tansila (Banwa)
Nomax et Thunder indoxan

04
Gnankoloko
Talis 56 et AG

05
Bobo
Prinex Quick 424 ec

06
Sidéradougou
Thunder, Advantage, Ace ro

07
Solenzo
Nomax

08
Gnorognoro
K-optimal et EMABA

09
Sami
Nomax 150 sc

10
Satiri
Lamdacal


Ce que j’ai trouvé curieux est que sur un échantillon de 10 localités, il y a près de 10 produits insecticides différents. Et si j’augmentais l’échantillon, je suis sûr que j’aurais plus de noms de produits incriminés. Je me suis demandé comment on peut faire un tel appel d’offre. J’ai commencé à produire le coton en 1979, on m’avait donné un seul produit pour les 6 traitements. Sur 2 hectares et demi, j’ai produit 6 tonnes 360 kilogrammes, ce qui fait un rendement de plus de 2 tonnes à l’hectare. Pour la campagne de 2018/2019, nous sommes à 600 kilogrammes à l’hectare. Cela veut dire que la réflexion doit effectivement continuer à être menée, que tout le monde joue correctement son rôle pour que l’on se comprenne et que tout le monde gagne.
Pour ce qui est du prix du coton premier choix pour la campagne 2019-2020, il est fixé à 265 francs CFA. Le système de fixation du prix au Burkina est qu’il y a un prix fixé au début de la campagne agricole, après cette campagne agricole et commerciale, si la vente du coton sur le marché mondial donne du bénéfice, une partie est retournée aux producteurs pour chaque kilogramme de coton produit. C’est dans ce sens que 10 francs seront retournés aux producteurs pour la campagne 2018-2019 qui vient de s’achever. Selon le Ministre, ce système de fixation du prix du coton pourrait être revu et il compte sur les différentes contributions pour qu’on ait un système que tout le monde comprend. Pour lui, tous les secteurs pourraient être revus pour une adaptation à la compréhension et à l’intérêt des producteurs. Il a cité comme exemple le projet d’irrigation à travers les bassins de collecte des eaux de ruissellement qui est actuellement vulgarisé et que plusieurs producteurs rejettent. Moi particulièrement, je l’ai refusé. Dans mon champ, avec mes garçons, nous avons investi sur un puits à grand diamètre qui a beaucoup d’eau. Ce puits nous sert pour fabriquer la fumure organique pendant la saison sèche. Et si la campagne se déroule bien, nous continuerons à investir pour l’irrigation. Je conclus en disant que le paysan burkinabé est un grand travailleur, nous souhaitons seulement une collaboration sincère pour montrer de quoi nous sommes capables. Que DIEU nous accompagne.
Ouagadougou, le 20 avril 2019
En tant que vétéran de la filière cotonnière
TRAORE B. François
Agriculteur burkinabé
Docteur Honoris Causa de l’Université de Gembloux

vendredi 29 mars 2019

CE QUE JE PENSE DE LA NOUVELLE BANQUE AGRICOLE BADF INAUGUREE LE 29 MARS 2019 AU BURKINA FASO


C’est avec intérêt que j’ai participé ce jour 29 mars 2019, à l’inauguration de la banque agricole BADF à Ouagadougou. Sur demande des agriculteurs burkinabés, le gouvernement dans sa volonté d’accompagner la population dans ses initiatives, s’est investi sans réserve pour que cette banque voit le jour. En effet, dans l’histoire des agriculteurs burkinabés, il y a toujours eu de la combattivité, pas que pour la subsistance mais aussi pour s’épanouir. C’est dans ce sens que l’agriculture et l’élevage sont pratiqués dans presque toutes les zones. Egalement de nombreux burkinabés ont émigré en Côte d’Ivoire à la recherche de revenus à travers la culture du café, cacao…D’autres sont également allés vers le Sénégal pour la culture de l’arachide. Moi je fais partie d’une famille qui a migré vers le Sénégal. Après l’école primaire, j’ai relayé mon père qui était dans une situation difficile dans l’agriculture. C’est depuis 1970 que j’ai bénéficié d’un crédit semence d’arachide et engrais qui un an après, m’a lancé dans mon métier agricole. La deuxième étape qui m’a marquée en matière de crédit, c’est quand j’ai commencé la culture du coton en 1979. J’ai bénéficié d’intrants agricoles que je ne pouvais pas acheter au comptant pour produire le coton et cela a été très bénéfique pour moi et ma famille. En 1986, par le biais de la Banque Agricole et Commerciale du Burkina (BACB), j’ai également bénéficié à crédit, d’un tracteur qui a modernisé notre exploitation. Vous comprendrez donc ma joie d’assister à l’installation d’une banque dans laquelle les agriculteurs sont actionnaires dont la mission principale est le financement du monde rural pour son épanouissement. 



C’est l’occasion pour moi de remercier le gouvernement burkinabé et tous les partenaires qui sont venus au secours du monde rural dans la création de cette banque. Je sais que dans ce milieu rural tous les acteurs aussi petits qu’ils soient ont besoin de crédit pour accomplir leur rêve de développement. Le blocage du financement rural a toujours été les conditions souvent inadaptées à ce métier. Tout mon souhait est donc qu’en plus de la bonne volonté des acteurs, qu’il y ait toujours un travail d’adaptation au système de production et de commercialisation. C’est vrai qu’une banque a besoin d’être rassurée qu’elle sera remboursée mais on ne peut pas demander une garantie à un agriculteur comme celle qu’on demanderait à un salarié ou aux grandes entreprises. Les agriculteurs que nous sommes avons également besoin de mieux nous organiser. J’ai eu l’occasion de rendre visite à plusieurs agriculteurs dans le monde, je citerai comme exemple les agriculteurs québécois et français. Dans ces pays, les agriculteurs sont fiers de leur métier car ils ont le même niveau de vie, souvent même meilleur que celui de certains acteurs. Le secret se trouve dans l’organisation, le respect des principes, le respect des engagements et la crédibilité. Je terminerai en disant que cette banque peut et va développer le monde rural, pourvu qu’on n’arrête pas de réfléchir et de chaque fois réadapter par rapport à notre évolution.
En tant que vétéran agricole
Ouagadougou, le 29 Mars 2019
TRAORE B. François
Agriculteur burkinabé
Docteur Honoris Causa de l’Université de Gembloux

samedi 2 mars 2019

Ce que je pense de l’entreprise privée MOABLAOU de Monsieur Abou OUATTARA


Le vendredi 1er mars 2019, j’ai eu le privilège sur la bonne volonté de M. Abou OUATTARA de visiter son entreprise de production d’œufs MOABLAOU. Selon lui, étant ex employé de l’administration de laquelle il a démissionné depuis 1987, il a créé cette entreprise en ayant à l’époque comme première associée son épouse. Il a démarré cette entreprise avec environ 500 poules pondeuses, aujourd’hui il est à plus de 200 000 poules pondeuses. L’entreprise pèse plus de 2 milliards de frs CFA. Ce qui m’a le plus impressionné c’est l’explication qu’il donne par rapport à l’évolution. La principale qualité qu’il a donnée dès le départ à cette société c’est la rigueur et il me dit qu’une partie de cette rigueur est venue du métier car une poule pondeuse a des exigences pour mieux produire. Si l’on fait par exemple un retard au travail ou une erreur, peu importe que l’on se donne raison, la poule ne connait pas cela. Tout ce qui n’est pas respecté les conséquences sont immédiates. Lui-même qui est initiateur s’est donné une rigueur qui sert d’exemple à tous ses employés. A titre d’exemple, nous avons commencé notre visite vers 8h, elle s’est terminée vers 14h et lui-même Abou OUATTARA était le chauffeur. A son niveau, certains se ferraient conduire. J’ai aussi apprécié la modernisation de cette entreprise qui n’a rien à envier à ce que l’on voit en occident. Malgré que toutes les machines soient achetées en Europe, M. OUATTARA insiste pour qu’elles soient adaptées à ce qu’il veut selon son contexte, ce qui augmente forcément sa rentabilité. Dans cette entreprise, il emploie aujourd’hui directement plus de 100 personnes et il donne indirectement du travail à plus de 1000 personnes. Il a aussi réussi à créer une collaboration avec des agriculteurs qui lui fournissent le maïs car l’exigence fait qu’il ne veut que du maïs jaune d’une qualité homogène. Cela veut dire qu’il donne de l’assurance à ces producteurs pour la vente de leurs produits et en même temps il les pousse à la rigueur de produire chaque année un produit de même qualité. Cette rigueur a donné comme résultat une qualité exceptionnelle aux œufs produits par MOABLAOU, ce qui lui facilite l’écoulement. MOABLAOU vend ses œufs sur contrat et sur commande. Moi en tant que leader paysan, une telle société ne peut que me réjouir, elle montre que si on aime la rigueur et qu’on l’applique nous pouvons être rentables. En Afrique nous avons de la place pour tout faire. Je suis d’accord pour qu’on importe la technologie mais la pratique qui permet de réussir dépend de nous.