lundi 6 novembre 2017

CE QUE JE PENSE DU RENOUVELLEMENT DES CHAMBRES D’AGRICULTURE AU BURKINA FASO



En 2004, sous l’ordre du ministère de l’agriculture, les premières chambres d’agriculture ont été installées. En tant que Président de la Confédération Paysanne du Faso (CPF) et de l’Union Nationale des Producteurs de Coton du Burkina (UNPCB) à l’époque, j’ai participé et contribué au processus jusqu’à la mise en place des chambres. Ce que j’avais compris personnellement dans ce processus, était que cette chambre devait avoir ses représentants dans tous les villages avec par la suite une structuration verticale. Pour le premier mandat, nous avions voulu que la force des chambres soit au niveau régional pour prendre en compte les spécificités de chaque région. Et c’est par la suite qu’il y a eu une instance nationale. Dans ma compréhension, la chambre d’agriculture, depuis le village devait être le canal par lequel la structuration professionnelle devait aboutir. Comme les structures professionnelles qui existaient n’avaient pas atteint tous les ruraux, la règle professionnelle qui était l’organisation par filière devait être facilitée par les représentants des chambres depuis le village. Ce qui n’empêchait pas ces structures professionnelles d’être autonomes tout en gardant de bonnes relations avec les représentants des chambres d’agriculture. Nous sommes aujourd’hui en 2017. Nous avons toujours des problèmes avec la structuration professionnelle des acteurs dans les filières alors que la bonne organisation des filières reste la condition sin qua non pour le développement des filières, pour un bon accompagnement spécifique, la facilitation des approvisionnements et la commercialisation. C’est dans cette situation que la loi OHADA sur les sociétés coopératives a vu le jour. Les coopératives pour le développement ont une envergure universelle. Je soutien cette idée car j’ai été choisi comme ambassadeur des coopératives par le système des Nations Unies en 2012. Les coopératives ne s’opposent pas à l’organisation des filières, donc une continuité.
En cette fin 2017, le ministère de l’agriculture vient de programmer le renouvellement des chambres d’agriculture. J’ai même appris qu’une formation a été organisée par ledit ministère pour les agents qui accompagnent ces renouvellements, chose qui peut être utile si nous voulons résoudre les vrais problèmes du monde rural. Les périodes ont changé, nous avons un nouveau gouvernement dont le Président a été démocratiquement élu après une insurrection. Ce qui veut dire que nous ne sommes plus à une époque où le peuple doit subir ; nous sommes en face d’un peuple qui réclame ses droits.  Ces droits doivent être suivis par le devoir bien accomplit de tout un chacun. Or au Burkina Faso, aucun agent technique d’accompagnement des ruraux ne peut dire les surfaces cultivées dans un village et le nombre des acteurs selon leurs métiers. Je souhaite cette fois-ci qu’au moins les représentants des chambres d’agriculture depuis le village soient formés pour recueillir ces informations qui sont le b.a.-ba pour un accompagnement technique efficace et une bonne structuration des ruraux. Pour ce faire, dans les choix des représentants de ces chambres d’agriculture, il faut aussi avoir des hommes de volonté dont la crédibilité est reconnue par les villageois. Pour la suite de la structuration verticale, cette volonté et crédibilité doivent être la boussole pour le choix des représentants. Dans l’ancien système de gouvernance, après la révolution du 4 août au Burkina Faso, la bonne qualité du leader n’était plus importante. C’est pour cela qu’on avait souvent des opportunistes et des marionnettes qui ont souvent travaillés au détriment de ceux pour qui, ils étaient élus. C’est pour cela que dans nos innovations qui étaient souvent de bonnes choses, on ne tardait pas à régresser. De nos jours, le Rwanda est cité comme exemple de développement dans tous les domaines dont l’agriculture. Certains disent que les rwandais ont tiré beaucoup de leçons dans la révolution du 4 août du Burkina Faso. Ce que nous apprenons également sur le Rwanda est que la rigueur est de mise vis-à-vis des leaders à tous les niveaux de gouvernance. Aucune faute ne passe inaperçue et c’est cette rigueur dans la pratique qui donne les résultats à la hauteur des défis à relever. Il n’y a pas donc de honte à ce que cette rigueur revienne au Burkina Faso et que d’ici 2020 le Burkina prenne sa place de leader dans l’innovation et dans le développement du milieu rural qui constitue plus de 80% de la population. Si le monde rural se développe, il n’aura pas de problème à faire fonctionner les moins de 20% de la population restante. En avant pour cette complémentarité positive.     
En tant que vétéran agricole
Ouagadougou, le 06 Novembre 2017
TRAORE B. François,
Agriculteur Burkinabé
Docteur honoris causa de l’Université de Gembloux,
www.francoistraore.blogspot.com

mercredi 1 novembre 2017

CE QUE JE PENSE DES KOUDOUS DU FASO ORGANISÉS PAR OXFAM



Du 27 au 29 octobre Oxfam a organisé la quatrième édition des koudous du Faso. Lors de ces koudous du Faso, les denrées alimentaires produits au Burkina Faso et transformés au Burkina Faso sont exposés par des transformatrices et transformateurs pour montrer la qualité de nos produits agricoles quand ils sont bien transformés. Oxfam et ses partenaires sont à féliciter car nous les paysans, nous savons que Oxfam a toujours été de notre côté pour mieux valoriser l’agriculture et nos produits. Sur place, j’ai été vraiment édifié par l’esprit de créativité de nos braves dames et hommes. La qualité de ces produits à la consommation n’avait rien à envier aux produits alimentaires importés. Ce qui veut dire que cette initiative est vraiment la porte de sortie de l’agriculture et de l’élevage. La garantie d’une bonne nutrition adaptée, de la création d’emploi et du développement endogène ne peuvent que passer par là.
Dans l’histoire de l’agriculture dans le monde, depuis son invention, c’est la transformation des produits qui a contribué à créer la différence entre l’homme et l’animal. Je peux même dire qu’elle est à l’origine de l’industrialisation. La femme a particulièrement joué un grand rôle dans cette transformation. Cependant, en Afrique et au Burkina en particulier, nous avons été devancés par les pays qui ont su modernisés cette transformation et comme nos politiques n’ont souvent pas eu cette idée comme outil de développement, nous avons été au fur et à mesure des consommateurs de produits importés souvent en nous disant que c’est des produits civilisés propres et irréprochables. Mais ce qui est vrai est que le Burkina se nourrissait et s’habillaient avant la colonisation et la majorité des personnes adultes d’aujourd’hui ont été nourris par ces produits locaux. Les produits importés que nous pensons propres ne sont pas forcément adaptés à notre habitude alimentaire. Ces produits pour leur conservation, ils sont souvent mélangés à des choses qui ne sont pas bonnes pour la santé de l’homme. Ce qui fait que la majorité des cinquantenaires trainent aujourd’hui des maladies dont ils ne savent pas la cause exacte. Mon père me disait qu’un homme digne doit pouvoir se nourrir de ce qu’il produit, la fierté au village était que le panier de ta femme ne soit jamais devant le grenier de quelqu’un d’autre pour chercher des céréales et se nourrir.
Ce koudou est donc l’occasion pour moi d’interpeler nos politiques sur la transformation et la consommation des produits locaux. Autant nous agriculteurs, nous devons libérer notre génie créateur et cela nécessite bien sûr un accompagnement si nous voulons aller vite ; autant le politique doit persévérer dans son patriotisme alimentaire pour que les burkinabés nourrissent les burkinabès. Avec plus de 80 % de la population burkinabé qui est rural, cela n’est pas extraordinaire. Au Burkina, nous avons eu la révolution du 4 août 1983 qui a montré le chemin. C’est l’occasion pour moi de féliciter nos autorités actuelles qui sans bruis, ont adopté le port du Faso Danfani comme philosophie et nous savons que c’est des burkinabés qui gagnent des revenus à travers cela. A une époque donnée, pour une cérémonie, certains ministres commandaient des costumes très chers à l’extérieur du pays pour paraitre ministres. Je ne suis pas scientifique mais je sais que le soleil que nous avons pour nos aliments est un atout pour leurs qualités. Oxfam dans l’accompagnement de ces braves dames et hommes est entrain de démontrer cette qualité. Merci donc à Oxfam et ses partenaires. Mon souhait est donc que le Burkinabè se nourrit de produits Burkinabès transformés par des Burkinabés.
En tant que Agriculteur Burkinabé
Ouagadougou, le 01 Novembre 2017

TRAORE B. François,
Agriculteur Burkinabé
Docteur honoris causa de l’Université de Gembloux,
www.francoistraore.blogspot.com

samedi 14 octobre 2017

CE QUE JE PENSE DU TRENTIÈME ANNIVERSAIRE DE LA MORT DU PRÉSIDENT THOMAS SANKARA



Depuis le 15 octobre 1987, date à laquelle le président Thomas SANKARA a été assassiné, le Burkina Faso a vécu beaucoup de drames sans coupable. L’assassinat de SANKARA, on sait que ce sont des éléments de son camarade Blaise COMPAORÉ à l’époque qui en sont à la base. Cela l’a surpris ; il n’était pas au courant. Au même moment, le père de l’artiste musicien Serge BAMBARA alias Smockey a été tué par le même groupe sans ordre. D’autres éléments militaires ont subi le même sort à l’époque toujours sans commanditaire. Henri ZONGO et Jean-Baptiste LINGANIE ont été brutalement arrêtés, jugés à la hâte et fusillés sous le commandement de Blaise COMPAORÉ parce qu’il dit que ceux-ci voulaient lui faire un coup d’état. On peut citer aussi quelques civiles qui ont été tués de la même manière : Lamien WATAMOU, Boukary DABO, David OUÉDRAOGO, Norbert ZONGO et ses compagnons, l’artiste musicien Black So man. Je m’arrête là car cette liste noire est longue. Par ailleurs, d’autres personnes ont été emprisonnées sans raison et sont ressorties des prisons sans jugement au bon gré du président Blaise COMPAORÉ. En 2011, des jeunes militaires ont été assassinés par les éléments du RSP sans suite. Aussi, les circonstances de la mort du juge constitutionnaliste Salifou NÉBIÉ ,décédé le 24 Mai 2014,  demeurent un secret. Le dernier fait avec lequel je vais clôturer ces drames, c’est le coup d’état du 22 septembre 2014 que le Général DIENDÉRÉ a accepté d’assumer sans avoir donné l’ordre selon lui.
De 1987 à 2014, Blaise COMPAORÉ et Gilbert DIENDÉRÉ ont été cités en tant que chef de corps mais ils disent qu’ils ne maitrisaient pas leurs troupes. L’une des  questions que je me pose est, « est-ce qu’ils méritent leur galon alors ? » L’autre préoccupation est que quand Blaise COMPAORÉ, Gilbert DIENDÉRÉ et Djibril BASSOLÉ,  sont cités dans un dossier, on ne sent pas le droit exercé comme le peuple l’attend et pourquoi ? L’actuel régime au pouvoir a hérité toutes ces situations de ces officiels pourtant ce sont leurs partisans qui s’acharnent sur la justice et qui veulent une réconciliation rapide si l’on sait que le seul procès que Blaise COMPAORE a fait juger rapidement est celui de Henri ZONGO et Jean-Baptiste LINGANIE ; et cela l’on connait la fin. A mon avis, la manœuvre qui reste très puissante, c’est celle de l’argent qu’ils ont avec lequel ils font chanter beaucoup de gens et cela à plusieurs niveaux.
Moi, je leurs demande un peu de patriotisme et d’intégrité en acceptant de subir les conséquences de leurs actes. Je souhaite que la justice ne regarde pas les yeux des présumés coupables pour faire leur travail. Les juges doivent également avoir cette intégrité et dire le droit pour la paix sociale nécessaire à la mise en œuvre effective et réussie du nouveau révérenciel de développement du Burkina Faso, le PNDES. De nos jours, nous avons un régime démocratiquement élu et le souci est le développement du Burkina Faso. Nous ne souhaitons plus avoir des chefs de corps qui font semblant de ne pas maitriser leurs troupes.  
En tant que citoyen burkinabé
Ouagadougou, le 14 Octobre 2017
TRAORE B. François,
Agriculteur Burkinabé
Docteur honoris causa de l’Université de Gembloux,
www.francoistraore.blogspot.com