lundi 18 mai 2015

Ce que je pense de la situation politique en Afrique

En Afrique le printemps arabe  a eu des raisons diverses d’un pays à l’autre dont les issues ont été également différentes. La politique africaine est à sa croisée des chemins. Avant ce printemps arabe, l’injustice sociale et économique existait  dans beaucoup de pays africains. Certains pays qui avaient atteint un niveau de développement acceptable ont eu des problèmes de vision et d’orientation politique. Toutes ces disparités ont fait que d’un pays  à l’autre, on a tendance à croire que les problèmes sont particuliers.

Si je prends le cas de la Tunisie qui est un pays africain mieux développé, quelques problèmes ont été cités comme cause de l’insurrection notamment la longévité au pouvoir du Président et le monopole sur l’économie nationale par la famille présidentielle. Pour l’Égypte les raisons sont certes différentes que celles de la Tunisie mais avec le même résultat : un soulèvement populaire qui contraint les régimes à partir. Pour le cas de la Lybie, quelques idéologues ont dit que c’est parce que  l’économie de la Lybie était perçue comme un danger pour l’Occident.

L’esprit panafricain du Président Mouammar KADHAFI en faveur de l’économie et le développement en Afrique était aussi l’une des causes. Au Soudan un conflit permanent a été parmi les causes qui ont fini par diviser le pays en deux, pourtant cette division n’a pas solutionné le problème. On a fini par avoir deux guerres ; celle entre les deux pays (Soudan du Nord et Soudan du Sud) et celle interne au Soudan du Sud et même entre ethnies. Au Mali, une guerre est née entre le nord et le sud du pays. Le nord non peuplé mais riche en ressources naturelles, le sud peuplé où réside le pouvoir. On peut en plus, citer les cas de la Côte-d’Ivoire, du Nigeria avec Boko Haram, de la Centrafrique, du Burkina Faso et récemment le cas du Burundi. La liste est longue.

Le constat que je fais est que l’injustice sociale et économique, qui est prônée dans toutes ces révolutions, tarde à être la préoccupation majeure des décideurs. C’est ainsi que dans les pays arabes, c’est l’islamisme exagéré qui est devenu la menace. Or, il n’a rien à voir avec la fidélité à Dieu ni la défense de la cause humaine. Quand à l’Afrique noire, le conflit entre les religions et celui entre les ethnies sont les principaux moyens utilisés pour opposer les populations. Tout cela m’emmène à me poser la question « à qui profite tous ces faits ? ».Après tous ces constats, homme politique que je suis, je me donne le devoir de dire que nous devons avoir comme première préoccupation, la bonne gestion sociale et économique pour la cause de l’Homme africain et l’Homme tout court.

L’Afrique a aujourd’hui des penseurs capables de donner une orientation pour le développement des africains.  Nous avons suffisamment eu de mauvais exemples  qui obligent à avoir ce bon sens. Des chefs d’États se sont enrichis en endettant leur pays et en déposant des sommes colossales à l’extérieur. Après leurs  morts, ni leurs enfants, ni leurs pays n’ont eu possession de cet argent. L’héritage que Nelson MANDELA nous a laissé est qu’en se sacrifiant pour l’égalité et le développement en Afrique, tout le monde entier peut te reconnaitre. MANDELA savait également que la tâche n’était pas terminée et dans sa tombe moi je sais qu’il compte sur nous pour continuer cette tâche. C’est cette orientation que nous devons tous avoir pour nos peuples.

Ouagadougou, le 18 mai 2015

TRAORÉ B. François,
Agriculteur Burkinabé,
Docteur honoris causa de l’Université de Gembloux,
E-mail: dadilotbf52@yahoo.fr  
Skype:dadilotbf52   
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jeudi 7 mai 2015

Ce que je pense de l’agriculture au Burkina Faso après avoir visité la zone aménagée de Bagré

Le 19 avril 2015, j’ai accompagné le 1er vice-président du Mouvement du Peuple pour le Progrès (MPP) Salif Diallo, en tant que 2ème vice-président de la commission chargée du développement rural pour une rencontre de partage d’informations avec les militants MPP. Avant la rencontre avec la population, j’ai eu l’occasion de faire une visite dans la zone aménagée et le constat que j’ai fait, est que tous les agriculteurs se plaignaient de la manière dont ils sont gérés dans la plaine irriguée. Pendant ma visite, un paysan m’a montré une surface de la zone aménagée de plus de cent (100) hectares qui appartient à un ex-ministre non exploitée totalement. Le paysan me dit que pendant ce temps, eux ils ne disposent que d’un (1) hectare par famille. Il ajoute que pourtant dans sa famille, ils sont plus d’une dizaine de personnes valides. Donc, un hectare ne leur suffit pas.
Je me suis ensuite rendu dans la  zone aménagée pour la pisciculture, les aménagements que j’y ai vus sont nettement supérieurs en qualité à ceux du Centre Songhaï au Benin qui est pour un privé. En outre, l’investissement à la pisciculture du Centre Songhaï ne vaut pas le centième de celui de Bagré et les investissements de Bagré ne sont plus utilisés à 5%. Pourtant les paysans me disent que quand les chinois y étaient, tout fonctionnait normalement. Le Centre Songhaï au Bénin est pour un africain, cette pisciculture marche très bien dans ce Centre et est très rentable. Ce qui veut dire que ce n’est pas seulement les chinois qui savent faire les bonnes choses.
La rencontre politique avec le 1er vice-président s’est tenue dans l’après-midi. Les paysans lui ont d’abord rappelé ses bienfaits lorsqu’il était ministre de l’agriculture et à titre d’exemple ils ont dit : « les villageois de Bagré n’avaient pas accès au courant fourni par le barrage et c’est pendant un de ses passages qu’il a donné l’ordre de résoudre ce problème et il fut résolu. Par ailleurs, ce même jour, il a interpelé par téléphone un commerçant de Ouagadougou qui traînait à payer le riz des agriculteurs qu’il avait acheté. Celui-ci s’est exécuté aussitôt. Ils ont également dit que quand il était ministre de l’agriculture, les paysans de Bagré étaient parmi les premiers à bénéficier de l’engrais subventionné de l’État burkinabé. Après lui, ils n’ont plus eu accès à cet engrais subventionné ».
Les agriculteurs ont par la suite cité leurs difficultés actuelles: l’indisponibilité des surfaces aménagées pour les habitants de Bagré et c’est les agro-businessmans qui s’en accaparent et ne les exploitent pas totalement. Pendant ce temps, les enfants des agriculteurs qui n’ont pas la place dans le périmètre aménagé vont à l’exode. En plus de cela, ils ont des difficultés d’obtention du matériel agricole et des intrants. Cette année, des semenciers de riz de Bobo-Dioulasso leur ont fourni de la semence de base pour qu’ils produisent de la semence améliorée que les mêmes semenciers devraient vendre au Niger. Quand ils ont semé ce riz, ce fut de la catastrophe car cette semence n’était pas la bonne qualité. Les agriculteurs de Bagré étaient obligés de relabourer et ressemer une autre semence et pendant que certains avaient investi en intrant près de 500 000 francs CFA sur ce riz. Ils ont également des problèmes de commercialisation. Certains ont vendu leur riz depuis janvier et jusqu’à nos jours ils n’ont pas eu leur argent.
Les agriculteurs de Bagré ont constaté que depuis que l’État a donné la gestion à la structure appelé Bagré Pool, leurs difficultés ont commencé ; pour eux la plaine est restée à Bagré et Pool est resté à Ouagadougou parce que pour eux les décisions se prennent à Ouagadougou à leur détriment. Les agriculteurs ont souhaité le rattachement de la plaine aménagée de Bagré à leur ministère de tutelle qui est le ministère de l’agriculture. La réponse du vice-président du MPP était qu’il n’est pas venu en tant que ministre mais cette fois-ci en tant que politique, il leur a dit que pendant qu’il était ministre, il n’a pas possédé un seul petit hectare en son nom à Bagré. Pour lui, Bagré était aménagée pour la satisfaction des agriculteurs, il ne pouvait pas être décideur et bénéficiaire en même temps. C’est cette philosophie que le MPP prône pour les agriculteurs et si les agriculteurs veulent que cette philosophie reste, il faut qu’ils adhèrent et votent MPP. Les agriculteurs de Bagré se sont engagés à voter pour le MPP pour que leur situation change.
La journée nationale de paysan 2015 s’est déroulée à Dédougou et le thème portait sur « l’agriculture familiale pour la souveraineté alimentaire ». J’ai participé à l’un des ateliers sur l’élevage. Après l’introduction de ce thème, une intervention a attiré mon attention. Il s’agissait de celle d’un cadre du ministère de l’élevage qui dit que si l’élevage familiale ne marche pas bien, c’est que les éleveurs sont indisciplinés. Ils n’écoutent pas bien ce que les techniciens leur dit et même quand ils écoutent ils n’appliquent pas. La mauvaise organisation des éleveurs a été également citée par un autre intervenant. J’ai intervenu après eux pour faire une analyse globale de l’élevage.
Pour moi, tous les pays qui ont pu moderniser l’élevage ont associé l’élevage à l’agriculture et c’est les deux qui sont en conflit dans le cas du Burkina ; pourquoi cela ? Certainement nos penseurs n’ont pas bien réfléchi, ils n’ont pas adapté leur méthode de conseil pour l’intérêt de l’agriculteur et l’éleveur. Pour la modernisation de l’élevage, le Brésil, la France, le Pays-Bas ont tous travaillé avec leur recherche à rendre complémentaire l’agriculture et l’élevage. Et cette complémentarité a fait décoller les agriculteurs. Leurs chercheurs ont par la suite travaillé à avoir une race productive de bétail adaptée à leur climat. Or, au Burkina ce n’est toujours pas le cas. À titre d’exemple, dans la modernisation de notre aviculture, nous n’avons fait qu’importer les poussins de l’Europe. Ce n’est pas la recherche du Burkina qui a fait cette trouvaille. Au Brésil, j’ai vu des variétés d’herbes qu’ils ont importé de l’Afrique et qui est cultivé la bas pour nourrir le bétail. Au Burkina, les herbes que les animaux aiment sont en train de disparaître parce qu’elles sont tellement broutées qu’elles ne font plus de graine. Nous sommes aujourd’hui envahis par une herbe qui grandit beaucoup et que les animaux n’aiment pas et c’est elle qui se multiplie pour envahir le pays et cela n’inquiète pas nos dirigeants de l’élevage.
Quant à la mauvaise organisation, nous sommes à la 18ème journée du paysan. Si l’on fouillait tous les rapports de ces journées, il a toujours été question de mauvaise organisation des filières. À quoi auraient servi alors les journées de paysan ?

Après la journée du paysan, un débat a été animé par la télévision nationale. Ils appellent ce débat, controverse. Les invités étaient des producteurs de coton. Après ce débat, tous les burkinabé conscients ont pu se faire une idée de ce qui minent l’organisation des filières. J’ai vu quelqu’un qui, après ce débat, s’est posé la question à savoir quel est le rôle d’accompagnement des ministères en matière d’organisation? Les États-Unis, sont un grand pays où l’économie marche bien, mais j’ai eu l’occasion de découvrir que l’application du droit a permis à la population de mériter chacun ce qui lui revient et en cas de faute, personne n’est au-dessus de la loi et ce n’est pas l’ancien ministre de la transition DJIGUÈMDÉ qui va me dire le contraire.

Citoyen burkinabé

Ouagadougou, le 07 mai 2015

TRAORÉ B. François,
Agriculteur Burkinabé,
Docteur honoris causa de l’Université de Gembloux,
E-mail: dadilotbf52@yahoo.fr  
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 BURKINA FASO