jeudi 27 juin 2013

Ce que je pense de la cinquième conférence de Tokyo pour le développement de l’Afrique

Du 03 au 05 juin 2013, le Japon a organisée une conférence pour le développement de l’Afrique à laquelle tous les chefs d’Etats africains ont été conviés. L’objectif était de voir comment accompagner l’Afrique vers le développement durable. Je pense que c’est une bonne initiative. En rappel, à l’ouverture de cette conférence le Japon a annoncé une aide publique de 10,6 milliards d’euros sur cinq ans pour l’Afrique. Le Japon est un pays qui a la maitrise de la haute technologie, en machine, en agriculture et possède tous les bons matériels utiles à l’Homme. Cela fait du Japon un grand exportateur dans le monde. L’Afrique étant le marché convoité, le Japon ayant compris le sens du partenariat, trouve bien d’accompagner cette Afrique pour augmenter sa capacité économique. C’est cela que j’appelle le bon partenariat. Savoir que celui que tu veux qu’il paie ton produit doit avoir de quoi payer ton produit c’est-à-dire un bon revenu, car s’il est dans une situation difficile économiquement et qu’il veut consommer ton produit, il ne fera que s’endetter. C’est de cette manière qu’on finit par être Pays Pauvre Très Endetté (PPTE).
Je pense que cette initiative du Japon est la nouvelle forme de partenariat souhaitée ; c’est-à-dire du gagnant-gagnant. Quand je suivais les informations sur cette rencontre à la télévision, les cartes de l’Afrique et du Japon ont été présentées. J’ai constaté que la    carte du Japon était toute petite par rapport celle de l’Afrique. Je me suis demandé si Dieu avait créé le Japon avant l’Afrique. Un petit pays qui a décidé d’aider l’Afrique et qui est capable de le faire techniquement et économiquement. En m’informant, on m’a dit que le fort des japonais, c’est la considération (ou valorisation) de la matière grise et le travail bien fait. Tous ceux qui ont la capacité intellectuelle sont reconnus, acceptés et soutenus.
Je me suis alors posé  quelques questions : j’ai rarement entendu parler d’un savant en Afrique, cela veut-il dire que nous nous n’avons pas cette matière grise  ou  nous ne savons-nous pas les repérer et les entretenir ? Quelqu’un m’a alors dit que l’Afrique a deux problèmes : quand un pays est naturellement riche en Afrique en sous sol et en surface, il n’a que des problèmes ; et quand quelqu’un est naturellement intelligent en Afrique, lui aussi il n’a que des problèmes…
Dans cette collaboration entre l’Afrique et le Japon, j’aimerais donc que les africains regardent réellement comment ces japonais arrivent à valoriser la matière grise et  à n’aimer que le beau travail. Je veux que les africains prennent en compte cette façon de concevoir, de voir et d’agir très positive des japonais. Quant aux japonais, je voudrais qu’ils agissent envers l’Afrique comme il dit dans l’adage suivant : «  donner du poisson à manger à quelqu’un qui a faim, c’est très bien mais c’est encore mieux de lui apprendre à pêcher ». Nous les africains, nous devons savoir qu’«éduquer ne veut pas dire  répéter ce qu’on t’a appris » mais apprendre à apprendre à créer. En Afrique, Il y a non seulement un manque d’innovation mais aussi une incapacité de nos politiques à reconnaitre le travail bien fait et cela depuis les indépendances. Il est donc grand temps qu’on soit conscient que cela doit changer. Je garde espoir.
                                                                      
                                                                       Ouagadougou, le 26juin 2013
TRAORE B. François,
 www.francoistraore.blogspot.com                              
 Président d’honneur de l’AProCA,
                                                                                               Docteur honoris causa.
                                                                                               (+226) 70 95 34 45
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jeudi 23 mai 2013

Ce que je pense de l’organisation mondial du commerce (OMC) et de son nouveau directeur


L’OMC vient d’avoir un nouveau directeur. Il s’agit du brésilien Roberto Azevedo. Depuis Cancun en 2003,  l’OMC a des problèmes à prendre sa place. Par rapport  aux engagements de Doha, le dossier du coton fait partie des sujets qui ont influencé les débats de l’OMC. Nous savons que sur ce même dossier coton le Brésil a déposé plainte contre les américains. La revendication des cotonculteurs africains est une pilule qui n’a été avaler ni rejeter. Cela me pousse à poser les questions « que fait l’OMC ? A quoi doit-elle servir?».
J’ai toujours été pour l’existence d’une structure comme l’OMC. Pour moi, elle doit permettre de réguler le commerce pour que l’homme ne soit pas l’outil du commerce mais que le commerce soit l’outil qui lui permet de s’épanouir après ses efforts. Les grands pays ont souvent tiré la couverture de leur côté pendant les négociations mais, cela n’a pas empêché la crise financière aux Etats-Unis comme en Europe ; même pendant que le président de la Banque Mondiale est américain et celui du FMI européen. Cela veut donc dire que le secret de l’économie n’est pas dans la main de quelqu’un.
C’est pourquoi je pense qu’il est temps que les pays développés acceptent que le commerce soit utile pour les pays en voie de développement parce que ces pays constituent un marché ne serait ce que pour l’industrie et le machinisme. Mais, il faut que ces pays en voie de développement vendent et gagnent pour acheter. Aujourd’hui, l’achat des avions par les pays émergents est un exemple.
Sur le sujet du coton, les négociateurs africains ont montré leur solidarité. Je souhaite que cette solidarité continue dans le dossier coton et sur toutes les matières premières en Afrique. L’Afrique doit avoir le bénéfice de sa matière première. C’est de cette manière que l’Afrique peut émerger. Dans ce sens, à ce que je sache, beaucoup de pays émergents à l’image du Brésil ont toujours soutenu l’Afrique.
C’est l’occasion pour moi de souhaiter courage et détermination au nouveau Directeur de l’OMC. L’histoire retiendra toujours les grands hommes qui ont toujours su gérer les grandes situations. Je sais  que le Brésil n’a pas soutenu sa candidature pour qu’il échoue. Je souhaite donc le dénouement sur les engagements de Doha et que le commerce permette à l’humanité d’être prospère.

Ouagadougou, le 11 Mai 2013
TRAORE B. François,
 www.francoistraore.blogspot.com                                                                                          
 Président d’honneur de l’AProCA,
Docteur honoris causa.
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samedi 11 mai 2013

Ce que je pense de la première promotion des étudiants en master en économie et politique agricole.


J’ai été invité le 04 mai 2013 à l’université de Ouagadougou par la première promotion des étudiants en master en Economie et politique agricole pour faire une conférence. Ils  sont recrutés dans le cadre du Programme de Troisième Cycle Interuniversitaire (PTCI) en économie. Ce programme  regroupe 17 pays de l’Afrique. Ces étudiants au nombre 30 bénéficient chacun d’une bourse de la Fondation Melinda et Bill Gates (BMGF), qui a financé le programme. Les autres partenaires du PTCI sont l’Alliance pour la Révolution Verte (AGRA), l’ONG de Koffi Annan et le Programme Agriculture et Sécurité Alimentaire du CRDI (Institut de recherche canadienne).
L’objectif global de cette nouvelle filière de formation est de combler le déficit d’expertise en matière d’élaboration et de mise en œuvre de politique agricole en Afrique et d’améliorer la gestion économique de ces pays africains dans le cadre du développement rural et de la lutte contre la pauvreté.
Les étudiants sont formés pour pouvoir exercé dans les domaines de l’enseignement, les Ministères,  le secteur Privé, les Instituts et Centres de recherche, les Institutions Internationales, les ONG, etc.
Selon les étudiants, il est prévu dans leur programme des conférences données par des acteurs du terrain. C’est dans ce sens qu’ils m’ont fait appel pour partager mes expériences avec eux autour des thématiques « coton et sécurité alimentaire et la place du coton génétiquement modifié dans la filière cotonnière burkinabè ».  Pour moi, dans la production cotonnière au Burkina Faso, la recherche a recommandé comme itinéraire technique la rotation entre le coton et les céréales. Ce qui veut dire que chaque fois dans un champ, la superficie occupée par le coton est utilisée pour les céréales l’année suivante. L’essentiel de ces céréales au Burkina est devenu du maïs à près de 60 à 70% dans la zone cotonnière.
Cela a fait des producteurs de coton les meilleurs producteurs de céréales. Le rendement en maïs de ces producteurs de coton est satisfaisant parce que non seulement ils bénéficient de l’arrière effet de l’engrais mis dans le champ de coton ; ils reçoivent également de l’engrais pour leur maïs. De plus mon expérience en tant que agriculteur m’a donné la preuve que l’important feuillage de coton qui tombe en fin de cycle constitue de la matière organique qui se décompose et devient une source nutritionnelle pour la culture céréalière qui succède au coton. Tout cela contribue à augmenter le rendement du maïs après le coton. Je vais même dire que grâce à la rotation, les paysans ont perçu la rentabilité  du maïs ; Car pour une famille qui produit 5 ha de sorgho pour subvenir à ses besoins alimentaires, deux ha de maïs suffisent pour le faire.
Le coton est un des rares cultures de rente que je connais  et qui a un lien étroit avec les céréales. En plus un kilogramme (kg) de coton graine contient environ 43% de fibres et 52% de graines. La graine est très nutritive pour les animaux. Un kg de cette même graine contient de l’huile consommable par l’homme qui est évaluée à 36%. On peut donc dire que dans un kg de coton graine, hormis la fibre, il y a 52% de graine qui contribue à la securité alimentaire. On sait également que dans sécurité alimentaire il y a revenus; c’est pour dire que l’argent du coton contribue à la securité alimentaire.
Quant au Coton Génétiquement Modifié (CGM), le Burkina est parmi les premiers à le produire en Afrique. Cela suite à un  certain nombre de problèmes de parasitisme que les producteurs ont vécu. Le producteur de coton burkinabè qui avait découvert l’intérêt de l’argent du coton et tout ce que le coton lui rapporte, ne voulait pas que ce soit le parasitisme qui l’empêche de produire son coton. C’est dans cette inquiétude que les producteurs, les sociétés cotonnière et l’Etat ont été obligés de se donner la main pour introduire cette technologie au Burkina Faso.
Moi particulièrement, cela fait cinq ans que je cultive le CGM. J’encourage la recherche et les partenaires (sociétés cotonnières) à tout faire pour qu’on continue  à avoir cette semence qui est multipliée sur place au Burkina par nous même les producteurs de coton car moi-même je suis semencier.
Mon appréciation pour cette promotion universitaire, est que l’initiative est salutaire. Parce que pour moi en Afrique il n’y a pas pour le moment  des politiques agricoles adéquates. Dans un pays où  il existe une politique agricole, avec 80% de population agricole, on ne peut pas continuer à ne pas atteindre une souveraineté alimentaire. Les céréales que nous cultivons en Afrique pour nous nourrir, sont cultivées et destinées à la l’alimentation du bétail dans d’autres pays comme le canada, les Etats-Unis et la  France. Quand ces céréales manquent à ces animaux, il y a un scandale et tout le monde entier est secoué.
Un de mes amis Français m’a déjà dit que nous sommes « des manges mil » parce que nous mangeons directement les céréales, alors que eux, ils ont dépassé cela il y a longtemps. Dans ces pays, on ne peut plus avoir 5% d’agriculteurs. Comment nous pouvons démontrer à des gens de ces pays que nous avons 80% de notre population qui est agricole, que nous avons une politique agricole et que nous n’arrivons pas à nous nourrir ?
A la fin de ma conférence, j’ai encouragé ces jeunes à être endurant et persévérant. Il faut qu’ils aient le courage à s’engager à fond et vouloir risquer (entreprendre). Cela doit commencer depuis la phase estudiantine. Je leur ai dit que j’entends souvent des manifestations dans les universités. Ces mouvements de manifestation ont peut être leur raison, mais eux, je les encourage à s’imposer par l’endurance et la volonté de bien faire. L’expérience m’a montré qu’on change plus facilement les choses quand on travaille bien. Ce n’est pas parce qu’on est jeune qu’on ne peut être responsable et compétent.
Moi, j’ai été chef de famille à quinze ans. C’est dans mon endurance du travail bien fait que je me suis fait respecter. Je ne pouvais pas imaginer un  droit de revendiquer car mon père était aveugle et ma mère âgée. Ma seule issue était de me battre honnêtement. J’ai donc demandé aux jeunes de s’engager à bien faire dès leur vie estudiantine car leurs pays et l’Afrique compte sur eux. C’est le temps de l’Afrique maintenant, le temps de changement de mentalité. Quand quelqu’un s’engage à innover, le changement doit se sentir dans son comportement quotidien ; même dans son sommeil quand  il se couche, il doit se dire « je me suis engager à faire ça, est ce que je l’ai fait, je dois le faire » ; car l’handicap de l’Afrique ce n’est pas qu’on ne s’engage pas ! On s’engage mais cet engagement ne change pas le comportement et quand le comportement et le mental ne changent pas, rien ne sera fait pour ce dont on s’est engagé.
Ce que nous reprochons à nos devanciers, si nous ne changeons pas, nous ferons la même chose, alors nous subirons, et nous... Je souhaite bonne chance et courage à ces jeunes étudiants.
Ouagadougou, le 30 Avril 2013
TRAORE B. François,
 www.francoistraore.blogspot.com                                                                                          
 Président d’honneur de l’AProCA,
Docteur honoris causa.
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mercredi 1 mai 2013

Ce que je pense de la formation des jeunes leaders du secteur agricole


Dans le cadre de la poursuite de la formation que j’avais initié en 2010 avec l’appui du partenaire FARM, j’ai fait des tournées dans plusieurs provinces du Burkina dans lesquels j’ai rencontré des producteurs de structures différentes : des céréaliers, de cotonculteurs, des riziculteurs et des éleveurs. Ces rencontres  visaient à discuter sur les qualités d’un bon dirigeant, des stratégies de son choix et l’intérêt  de la relève du leader dans une structure. Tout le monde était conscient qu’il fallait travailler à conscientiser la jeunesse pour une nouvelle vision de l’agriculture.

Aujourd’hui, la jeunesse a accès aux multiples informations à travers les medias. Elle est souvent poussée à aller chercher le luxe dans les villes et dans les sites d’orpaillage où elle est laissée à elle même. Nous avons trouvé que c’était mieux de les accompagner à ce métier agricole où ils ont besoin d’être rassurer que le développement dans l’agriculture est possible.

Ma mère m’a dit un jour que «c’est pendant tu as l’énergie que tu dois décider de bien l’utiliser. Que tu l’aie utilisé ou pas, à 70 ans tu n’auras plus cette force physique. S’il se trouve que tu n’avais pas fait le bon choix pour bien utilisé cette force pendant ta jeunesse, cette énergie n’aura que traverser ton corps». Travailler bien physiquement doit être accompagné par réfléchir très bien pour mieux gagner. Cela veut dire avoir l’esprit d’entreprise dès le jeune âge.

A la fin de chaque tournée, des jeunes devaient être choisis par leurs localités pour être former dans cet esprit. Cette formation s’est déroulée du 2 au 5 avril 2013 à Moundasso (Boucle du Mouhoun) sous le thème « Leadership pour une action paysanne démocratique » et avait comme animateur, Fabrice Larue de FARM, et comme intervenants Marilyn Côté, productrice de lait et membre de la Fédération de la relève agricole du Québec (FRAQ) et moi même Traoré François, ancien président de l’UGCPA.

La présente formation sur le leadership a permis aux jeunes leaders du secteur agricole de mieux appréhender les principes du concept et les qualités à avoir pour devenir un bon leader. De manière simple, le leadership consiste à prendre les personnes là où elles sont et à les conduire à un niveau supérieur qualitatif. Le rôle du leader est d’être utile pour sa famille et sa localité.  
                                                           
Dans le secteur agricole, un leader est celui qui sait exprimer ses compétences pour l’émergence de son exploitation et qui sait l’extrapoler à son organisation. Dans ce contexte, une vigilance particulière doit être observée lors du choix des représentants des organisations paysannes car leur pérennité en dépend.

Concernant les qualités d’un bon leader, les participants ont confirmé que celui-ci doit être bon travailleur dans son domaine,  avoir le sens de l’écoute, être rassembleur, partager sa connaissance du travail, demeurer honnête et rigoureux. Le bon leader doit savoir qu’il apprend avec les autres. Il  doit aussi savoir changer de style pour s’adapter à des situations nouvelles. Il est toujours en quête d’innovations car s’il cesse d’apprendre, il cesse d’être leader. Les meilleurs leaders sont ceux qui savent qu’ils ont toujours à apprendre en partageant avec les autres.
Cette formation de Moundasso (Dédougou) a été également une instance de partages d’expériences entre  les jeunes et aussi avec des  vétérans du secteur agricole afin d’assurer une meilleure relève dans les exploitations familiales et dans les organisations paysannes.
On peut donc se réjouir d’avoir atteint les objectifs de cette  formation au regard des nouvelles idées pertinentes et des engagements quelle a suscité chez les participants. En effet, le problème d’accès à la terre, le problème foncier, l’insuffisance de professionnalisme dans  l’esprit entrepreneurial, le manque de responsabilité, l’augmentation des rendements par une bonne gestion des exploitations familiales, la mise en place d’organisations paysannes crédibles aux Burkina avec une implication effective des jeunes dans un esprit de leadership, ont été les principaux challenges que les participants ont décidé de relever dans les prochains jours.

En tant que vieux agriculteur, qui a été chef d’exploitation à l’âge de 15 ans, ayant commencé tout à zéro : pas de matériel agricole avec des difficultés d’accès à la terre, je connais plusieurs difficultés que vivent beaucoup de jeunes. Mon souhait a toujours été de partager mes expériences avec eux. Cette fois ci les jeunes producteurs ont eu accès à plusieurs expériences et c’est l’occasion pour moi de remercier Fabrice de FARM, Marilyn de FRAQ et également tous les 46 jeunes d’avoir accepté partager. Pour moi, la formation des 46 jeunes est comme une graine qu’on vient de semer et qui doit se multiplier. C’est le métier agricole et le Burkina qui y bénéficieront.

Ouagadougou, le 30 Avril 2013
TRAORE B. François,
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dimanche 21 avril 2013

Ce que je pense de l’orpaillage clandestin


Ces dernières années, l’orpaillage clandestin a pris de l’ampleur en Afrique de l’ouest. Dans ces sites d’orpaillage, on y trouve des enfants de 7 à 12 ans. La majorité de ces enfants sont des enfants qui ont déserté l’école pour aller dans les sites d’orpaillage. Cela me fait réfléchir parce qu’il nous arrive souvent d’entendre parler de travail des enfants en Afrique. Ce sont les exploitations agricoles qui sont souvent indexées.
En réponse à cette interpellation des agriculteurs, il m’est arrivé de dire que l’agriculture dans une famille, est une école dans laquelle commence une partie de la formation de l’enfant. C’est ce qui fait que même étant allé à l’école, certains jeunes n’ont pas de problèmes à revenir vers la terre parce qu’ils y sont initiés. Mieux ne dit-on pas souvent qu’il y a inadéquation entre le système économique africain et le système éducatif ? Alors que  dans les sites d’orpaillage, rares sont les enfants qui y vont avec le consentement de leurs parents. Si les parents ont consenti, la raison ne peut être que l’extrême pauvreté. C’est pourquoi j’ai toujours dit qu’il est mieux de combattre la pauvreté à sa racine pour que les familles puissent mieux s’occuper de leurs enfants, que de combattre sa conséquence qui est le travail des enfants.
Ces enfants qui sont sur ces sites d’orpaillage, quand on leur pose la question pourquoi ils sont là, l’objectif n’est jamais cadré. Ils ont décidé seuls d’y aller et s’il leur arrive d’avoir de l’argent dans ces sites, ils ne font que ce qu’ils voient faire. Si les gens consomment la drogue ils vont la consommer ; s’ils voient les gens prendre de l’alcool, ils vont en prendre. Hormis les risques d’éboulement possible dans le travail d’orpaillage, ils reviennent majoritairement malades.
La lutte contre la pauvreté ne doit pas être de farce. Elle doit se sentir dans l’éducation, dans la formation et dans la vision. Dans les années 2000 pendant qu’on luttait contre les subventions internationales sur le coton, il m’est arrivé de dire à un journaliste que si le prix du coton restait si bas, qu’il était possible de retrouver des producteurs de coton parmi les terroristes. En 2013, parmi les prisonniers de guerre du Mali, il y a toutes les nationalités de la sous région. Il y a donc la possibilité de trouver des producteurs de coton parmi eux.
Ainsi par effet d’entrainement, les jeunes agriculteurs, quand ils quittent le milieu rural, ils vont dans les villes et prennent la place qu’occupent les jeunes chômeurs de la ville en se faisant payer à moitié prix. Ces jeunes chômeurs des villes se trouvent ainsi obligé d’aller vers l’occident. Dans cette traversée du désert, ils peuvent se faire recrutés par des terroristes et des trafiquants de drogue.
Nous savons tous que le commerce de la drogue et le terrorisme se font par les hommes très riches utilisant les hommes très pauvres. Celui qui détient l’argent manipule comme il veut celui qui est pauvre et qui est dans une situation difficile. Cela finit par être un problème mondial. Je trouve donc que l’Afrique et ses partenaires ont intérêt à combattre réellement la pauvreté dans sa racine.
Ouagadougou, le 21 avril 2013
TRAORE B. François,
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samedi 20 avril 2013

Ce que je pense des caisses populaires

Du 14 au 15 mars 2013, la caisse populaire a organisé un atelier d’échanges avec les organisations de producteurs. Les objectifs étaient que la caisse population fasse comprendre aux agriculteurs ses règles et ses principes ; que les agriculteurs disent leurs préoccupations par rapport à la collaboration caisse populaire organisation paysanne pour que l’outil crédit et épargne se fasse bien entre les deux entités et que leur collaboration soit du gagnant gagnant.

A l’atelier, les agriculteurs ont apprécié positivement la collaboration de la caisse populaire qu’ils appellent d’ailleurs une caisse de proximité. Tous les membres du conseil sont constitués par les adhérents. Cela fait de la caisse leur propriété. Selon les producteurs de coton, la caisse populaire a contribué à faire  baisser le taux d’intérêt du crédit de 11 à 8,%. La Fédération des Professionnels Agricoles du Burkina (FEPABE) comme l’UGCPA qui fait la commercialisation des céréales en faisant le crédit des intrants ont également bénéficié de cette largesse de la caisse populaire. L’UNPCB a félicité la caisse d’avoir plus de 45 milliards de francs cfa dans la production. Cela a permis à la filière de d’augmenter sa production.

Les producteurs ont proposés à la caisse populaire d’adoucir les procédures d’obtention du crédit et de baisser le taux d’intérêt. La caisse à son tour a demandé aux producteurs une meilleure organisation qui non seulement augmente leur crédibilité mais qui diminue aussi le risque de non remboursement du crédit. Pour la caisse, l’argent qu’elle détient appartient aux adhérents. Ce qui fait qu’elle est obligée de travailler et de se rassurer de son remboursement.

La crédibilité d’une organisation est avantageuse pour l’organisation et pour la banque. Selon la caisse, elle est là pour accompagner le développement. Elle s’engage à revoir ses procédures mais souhaite que les paysans respectent les principes organitionnels afin que cette collaboration continue à être gagnante gagnante.

Cette rencontre et ces réflexions témoignent de l’intérêt d’avoir un leadership efficace. J’appelle tous les producteurs, les partenaires à ce que les organisations agricoles aient des leaders conscients de leur rôle à jouer pour entraîner les membres au développement. La réussite et la survie des organisations en dépendent.
J’ai participé à cet atelier en tant que personne et voici ma réflexion ci-dessous.


Ce que je pense des relations entre l’agriculteur, son organisation et les structures financières pour le développement de l’agriculture.
L’agriculture est le plus vieux métier au monde. Depuis que l’homme a décidé de ne plus se nourrir seulement par cueillette dans  la nature, il a sélectionné des produits qu’il pense bon pour sa consommation, son épanouissement et a décidé de les entretenir pour s’auto-suffire. Cela lui a exigé un investissement personnel. L’homme a donc fait violence sur lui-même pour avoir fait ce choix. Mon père m’a expliqué la manière dont les activités agricoles se menaient dans leur famille. Au Burkina, de façon générale  l’agriculture a été pratiquée par de grandes familles et cela nécessitait une organisation. Ce sont les personnes d’expérience d’un certain âge qui faisaient le choix des terrains et le choix des espèces de cultures. Ces personnes guidaient les jeunes qui avaient la force physique pour la réussite de ce métier.
 Quand il y avait une concordance entre les personnes âgées et les jeunes, les étaient abondant. C’est avec cette abondance qu’ils ont créé des unités de transformation (le dolo, le beurre de karité, le soumbala, la filature et le tissage du coton...). En plus de cela, ils ont inventé les marchés hebdomadaires pour écouler le surplus de leurs produits. Dans chaque village, il avait un artisan qui fabriquait les outils de travail (forgerons, tisserands, griots,..). Donc, nos ancêtres par rapport à leur époque ont chaque fois trouvé la solution à leurs problèmes.
Dans l’esprit de modernisation de cette agriculture et avec les besoins que nous avons de nos jours, l’obligation nous est faite dans ce métier agricole de travailler à combler tous ces besoins : se soigner, se nourrir, s’éduquer, s’habiller, s’abriter. Cela exige de nous également une  violence sur soi. C’est ainsi que l’organisation familiale seule ne suffisait plus. Il fallait créer des organisations, les associations, les groupements, les coopératives villageois. La raison de cette structuration était de s’associer pour avoir les intrants agricoles (matériel agricole, semence, engrais, investissements…) que de nombreux paysans pris individuellement ne pouvaient pas s’en acquérir.
Cette structuration a marqué le début du crédit dans l’agriculture. Ce crédit a toujours été l’objet de financement des institutions financières.  Les institutions financières ont de l’argent déposé par des clients et c’est dans la fluctuation de cet argent que ces institutions fonctionnent. Elles peuvent le prêter moyennant des intérêts remboursables après la vente des récoltes. Cela à amener les organisations paysannes à mieux comprendre  le crédit et à mener des actions de commercialiser afin de payer ses crédits et avoir des revenus.  Dans ma vie, j’ai bénéficié d’un crédit individuel et d’un autre à travers une organisation dans laquelle nous faisions la commercialisation. Le remboursement de ces crédits est noble pour moi, car je sais que l’argent de la banque appartient à des clients qu’elle me prête. Donc, j’ai l’obligation de le rendre pour le reprendre à tout moment que le besoin se fiat sentir. La banque ayant été intermédiaire pour que j’obtienne ce crédit, le respect de mon engagement à payer le crédit et ses intérêts permet à cette banque d’exister pour continuer à financer le secteur. Cela veut dire que  par rapport à l’agriculteur et son organisation, seulement la crédibilité peut permettre de pérenniser cette relation. La crédibilité d’un individu s’obtient par un comportement responsable.
Il m’est arrivé de dire à mon fils que s’il prend un  crédit, le montant de ce crédit doit être permanemment dans sa tête pour que cela influence son comportement quotidien. Quand tu dois à quelqu’un, les heures de travail que tu utilisais doivent être revues  à la  hausse et cela pendant les 365 jours.  En 1986, j’ai obtenu mon premier tracteur à crédit après un apport personnel. Je devais payer les annuités pendant 6 ans.  Le crédit des annuités et celui des intrants, pouvait m’amener à payer près de 3 à 4 millions par an. J’ai pu tout rembourser pendant les 6 ans et même payer un autre tracteur de seconde main au comptant avant de finir de payer ce crédit. Et cela parce qu’après avoir payé mon crédit chaque année, j’épargnais le reste de mon argent dans les structures financières. C’est cette somme épargnée qui ma permis de payer le nouveau tracteur.
Quant à la crédibilité d’une organisation paysanne, cela s’acquiert par le souci de cette organisation qu’il y ait un contact permanent être ses membres pour étudier la capacité de chacun et un contact permanant pour le suivi du crédit de chacun. Pour moi pour qu’une organisation au village qui prend du crédit fonctionne bien, elle  doit tenir une rencontre tous les deux semaines. Dans ces rencontres,  les membres doivent avoir le courage de se dire les choses comme elles sont. Dans une organisation, il ne doit pas y avoir de supers hommes. Elle doit simplement avoir des hommes qui respectent leur parole.
L’esprit de solidarité organique dans la réflexion doit régner. Dans mon expérience, j’ai fait le groupement villageois de Sogodiankoli dans les Banwa de 1982 à 1996. Mon groupement villageois n’a eu aucun problème avec les partenaires en matière de crédit dans le secteur coton. Nous avons même construit nous même notre école primaire et l’équiper de tables bancs au comptant avec l’argent épargné dans les banques. De 1996 à nos jours, nous avons créé les Groupements de producteurs de Coton (GPC). Mon GPC s’appelle Bolibana. Dans tout groupement dans lequel j’ai été, nous n’avons jamais reporté un crédit, nous avons toujours remboursé nos dettes et verser aux producteurs leur revenus.
Donc de 1982 à nos jours, je peux affirmer haut et fort que le crédit est un outil de développement lorsqu’il est bien conçu et bien géré. Dans nos groupements,  nous avons eu la preuve que les bonnes relations entre une  institution financière, l’agriculteur et son organisation, peuvent être gagnant gagnants.

Ouagadougou, le 20 avril 2013
TRAORE B. François,
 www.francoistraore.blogspot.com                                                                                          
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lundi 15 avril 2013

Ce que je pense de PR-PICA


Du 25 au 26 février 2013, j’ai été invité par le PR-PICA comme personne ressource, ancien président de l’AProCA,   à la conférence sur la lutte intégrée contre les ravageurs du cotonnier en Afrique. L’objectif global de la conférence était  de favoriser le partage d’expériences en matière de lutte intégrée (acquis et perspectives) contre les ravageurs en vue de contribuer de façon durable à l’amélioration de la productivité et de la qualité du coton en Afrique de l'Ouest et du Centre.
Cette conférence financée par la Commission de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) a connu la participation des représentants des sociétés cotonnières, des organisations interprofessionnelles, des structures de recherche et des Organisations de Producteurs de Coton des pays membres du PR-PICA (Bénin, Burkina Faso, Mali, Sénégal, Côte d’Ivoire et Togo), de la Guinée, du Cameroun et de l’UEMOA.
Ont pris part également aux travaux, les représentants des Firmes Agro-pharmaceutiques, des structures techniques du Ministre de l’Agriculture et de l’Equipement rural de la République du Sénégal, de l’Institut Sénégalais de Recherches Agricoles (ISRA) et des chercheurs intervenants sur le niébé, les cultures maraichères, les mangues et des agrumes.
Après l’ouverture de cette conférence,  l’assemblée a échangé sur les thèmes suivants :
ü  Lutte intégrée contre les ravageurs du cotonnier, vulgarisée en Afrique de l’Ouest :
contributions, enjeux et perspectives ;
ü  Lutte chimique raisonnée contre les ravageurs du cotonnier en Afrique de l’Ouest ;
ü  La lutte intégrée contre les ravageurs du cotonnier au Tchad ;
ü  Expérience de lutte intégrée contre les insectes ravageurs du niébé en Afrique de l’Ouest ;
ü  La lutte intégrée contre les ravageurs de la mangue et des agrumes en Afrique de l’Ouest ;
ü  La lutte intégrée contre les ravageurs des cultures maraichères en Afrique de l’ouest ;
ü  Place du cotonnier génétiquement modifié (CGM) dans la lutte intégrée contre
les ravageurs du cotonnier, expérience du Burkina.
 Au Burkina, environ 56% du coton cultivé en 2012 est CGM. Il y a donc plus de 380 000 tonnes de CGM sur environ 600 000 tonnes de coton pour la campagne 2012-2013. Selon les paysans qui l’on produit, si on arrête le CGM, ils arrêteront la production du coton.
Les échanges sur ces thèmes ont permis de mettre en exergue les acquis, les défis et les perspectives en matière de lutte intégrée contre les ravageurs du cotonnier et des cultures maraichères en Afrique de l’ouest.

Au regard des défis et des perspectives, les participants ont formulé les recommandations suivantes:
ü  Renforcer les capacités au niveau de la recherche, du développement et des producteurs sur les acquis de la lutte intégrée ;
ü  Elaborer des outils de vulgarisation des innovations disponibles au niveau des
acquis du PR-PICA et des autres cultures;
ü  Elargir le PR-PICA à l’ensemble des autres disciplines de la production cotonnière

En tant que producteur, j’ai toujours soutenue l’initiative du PR-PICA. Il s’agit d’acteurs du coton africain qui ont décidé de réfléchir ensemble pour la destiné du coton en matière de parasitisme. Les américains et les indiens font la même chose pour mieux décider. Le monde est devenu un village ; les acquis des uns peuvent aider les autres dans le partage mais ce qui est sûr, c’est qu’il faut s’approprier  des expériences des autres car les acteurs du PR-PICA sont tous nés dans le coton.
Pour certains, le coton a payé leurs études, s’ils deviennent docteurs aujourd’hui, ce n’est pas leur doctorat que la population va manger, c’est plutôt le service rendu dans un esprit professionnel et patriote que bénéficie la population. Ce sont des structures de ce genre que les gouvernements et les partenaires doivent écouter  et accompagner. Nul ne doit être le détenteur de la destinée de l’autre.
Je crois au coton africain et l’agriculture africaine dans cette façon de faire.
  
Ouagadougou, le 31 mars 2013
TRAORE B. François,
 www.francoistraore.blogspot.com                                                                                          
 Président d’honneur de l’AProCA,
Docteur honoris causa.
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