jeudi 26 janvier 2017

CE QUE JE PENSE DES COMMUNES RURALES POUR LE DEVELOPPEMENT DANS LE MILIEU RURAL

Le Burkina Faso a près de 80% de sa population qui est rurale. Ces ruraux ont comme métiers : l’agriculture, l’élevage, l’artisanat et autres. Ils ont besoin d’accompagnement de l’Etat pour devenir des professionnels et être de véritables acteurs économiques. Cet accompagnement de l’Etat ne peut se faire que si on sait qui fait quoi réellement, dans quelles conditions ? Au stade actuel, ce ne sont que les producteurs de coton qui sont connus.  Leurs surfaces cultivées par an individuellement sont connues au niveau des groupements de producteurs de coton (GPC). Ceux qui font les autres cultures ne sont pas du tout répertoriés par acteur dans les villages et dans les communes. Ce qui rend très difficile leur accompagnement. On pourrait me dire que c’est dans les structures professionnelles qu’on devrait savoir qui fait quoi alors que de nos jours, près 50% de ces acteurs ruraux ne sont pas dans des structures professionnelles. Pour ceux qui sont dans les structures, rares parmi celles qui se disent professionnelles, sont capables de donner les surfaces exactes cultivées dans chaque domaine par personne. Les chambres d’agriculture ont été créées mais à mon avis, leur fonctionnement n’est senti qu’au niveau régional. Dans les communes, les représentants de ces chambres se connaissent à peine et ne peuvent donc pas fournir l’état des cultures emblavées dans leurs localités.

La décentralisation qui est une bonne initiative doit avoir comme pilier de développement, les activités qu’exerce la population. Nous sentons un effort de l’Etat à mettre quelques moyens à la disposition des communes. À mon avis, cela est une bonne chose mais pour ce qui est du développement de la population, elle ne peut venir que des activités menées par celle-ci. Nous savons également que dans chaque village, il y a au moins deux (02) conseillés qui ont l’obligation de participer aux sessions communales au moins une fois par mois. Nous savons aussi qu’une commune dont l’économie ne prospère pas ne peut pas faire véritablement des recettes. Tout cela fait que la commune doit être préoccupée par son économie. Dans cette dynamique, je proposerais que la commune réfléchisse à comment recenser ses acteurs afin d’être capable de connaitre la superficie emblavée, les spéculations (mil, maïs, sésame, arachide, etc.) et la production réalisée par chaque producteur au cours de chaque campagne agricole. Pour y arriver, une bonne réflexion dans chaque village peut permettre aux conseillers de conduire ce travail et par la suite une centralisation pourrait se faire dans la commune. Et ce travail pour une première fois peut commencer du mois d’aout à septembre, à cette période, tous les champs sont effectivement emblavés et on aura beaucoup de chance de ne pas se tromper sur les surfaces. Comme ça, nous pouvons avoir la chance de prendre en compte tous les acteurs qui vivent dans un village et savoir ce qu’ils ont produit. Ces vraies statistiques peuvent non seulement faciliter mais aussi renforcer la structuration professionnelle et l’accompagnement des différents acteurs, très souvent, des partenaires ONG ont besoin de ces statistiques mais ils ont du mal à les avoir par commune et par village. De nos jours, l’esprit de développement doit également être basé sur les réalités et les potentialités de chaque région. Une raison de plus pour créer la cohésion du développement dans les villages.

Il n’y a pas de développement sans innovation. C’est la routine qui bloque souvent le développement dans nos pays africains. L’habitude face à une innovation, c’est de dire « on n’a jamais vu cela », « cela va être très difficile » ou alors « cela va nous coûter trop cher »,  se tabler sur la cherté d’une innovation pour ne pas faire face au problème réel, est synonyme d’une vision et d’une réflexion infécondes. Souvent, sous nos cieux, une innovation créée même des conflits.  Par exemple, quand nous avons à l’époque voulu créer les GPC, certains partenaires avaient dit qu’on allait « casser le tissu social » dans les villages. Pourtant au finish, l’histoire nous a donné raison car cette structuration a facilité l’accompagnement et a boosté la filière coton. Je crois donc que pour que toutes les filières se développent, il faut absolument un répertoire de base dans tous les villages qu’on centralisera dans chaque commune. De toutes les façons, je ne connais aucun pays qui ait pu faire le développement sans connaitre ses acteurs et la meilleure façon de connaitre ses acteurs, c’est à partir du village et de la commune. Mon analyse peut être améliorée mais je crois bien en celle-ci.  
  En tant que Agriculteur burkinabé
Ouagadougou, le 26 janvier  2017

TRAORE B. François,

Agriculteur Burkinabé

dimanche 15 janvier 2017

CE QUE JE PENSE DE LA FILIERE COTON AU BURKINA FASO

Dans l’histoire traditionnelle du Burkina Faso, chaque village avait ses règles. Le suivi de la mise en œuvre de ces lois étaient assuré par les sages du village et les promotions des générations dans le but d’assurer le bon-vivre ensemble au village. Celui qui violait la loi était jugé et sanctionné selon la faute qu’il avait commise. Le bon-vivre ensemble dans ces villages dépendait de la bonne application de ces règles. Au Burkina moderne, une loi pour règlementer la circulation dans les villes et sur les routes a été créée. Pour s’assurer que ce code de la route soit bien respecté, l’Etat burkinabé a une brigade et une police routière qui surveillent permanemment son application et cela réduit énormément les accidents de circulation. Dans le domaine du développement rural, les agro-sylvo-pasteurs burkinabé ont également une loi qui les permet de se mettre ensemble en groupements, en coopératives, en unions ou même en associations pour résoudre des questions auxquelles ils ne peuvent pas faire face individuellement (création d’organisation paysannes). Dans cette loi, ils doivent choisir de bons leaders pour les diriger.

            L’Union Nationale des Producteurs de Coton du Burkina (UNPCB) créée en avril 1998, fait partie de ces organisations. Le coton est une des rares filières dans laquelle les agriculteurs se sont organisés de la base, (groupement des producteurs de coton (GPC) au niveau village, UDPC dans les départements, UPPC dans les provinces) jusqu’au niveau national. Elle a été soutenue et encouragée par l’Etat et des partenaires dans cette organisation. Cela lui a permis d’être le vrai interlocuteur de son partenaire société cotonnière (SOFITEX) à l’époque dirigée par M. Célestin TIENDREBÉOGO. À sa nomination, il y avait au total six (06) usines d’égrenage du coton. Nous avons donc entamé une collaboration qui n’existait pas. Cette collaboration a porté fruit. En effet, nous sommes partis de 11ème producteur de coton à 1er producteur de coton africain avec une production de 730 000 tonnes. L’augmentation de la production a permis à la société cotonnière d’augmenter le nombre des usines d’égrenage du coton fibre. La société est partie donc de 6 usines à 22 usines, y compris les usines de délintage. Les huileries sont parties de trois (03) usines à plus de la cinquantaine, constituées de petites, de moyennes et de grandes usines car sur 730 000 tonnes de coton-graine égrené, il y a près de 370 000 tonnes de graines ; il faut se dire que les graines constituent un pourcentage d’environ 52% sur le coton après égrenage ; ce qui a créé de la matière première pour les usines d’huilerie qui produisent de l’huile de consommation et des tourteaux  servant d’aliment-bétail.

Dans le milieu paysan, tout le monde sait que la valeur 116 000 tonnes de coton et celle 730 000 tonnes ne sont pas les mêmes. Dans la bonne collaboration avec la SOFITEX, le nombre de producteurs a augmenté ainsi que leur revenu. Plus de 03 millions de personnes vivant dans le milieu rural ont donc vu leurs revenus augmenter. Il faut se dire aussi que toutes les céréales produites au Burkina sont produites à plus de la moitié par les producteurs de coton. Ce sont principalement le maïs et le sorgho. Cela a réellement créé des emplois et contribué fortement à maintenir la jeunesse dans les villages. Les emplois créés qu’ils soient directs ou indirects valent par usine plus de 1000, ce qui dans le cumule peut aller à plus de 20 000 emplois. Les transporteurs du coton et les commerçants ont aussi eu leur part qu’on a du mal à estimer. Le pouvoir d’achat des cotonculteurs ayant évolué, ils s’achètent désormais auprès des commerçants des tôles, du ciment, des motos, … pour ne citer que ceux-ci.

A mon avis, la voie de la création d’emplois n’est que ce cheminement.  Les secrets sont la bonne collaboration et la discipline en appliquant réellement les règles et en bannissant le mensonge car l’Agriculture est un secteur qui expose très rapidement le mensonge : on  récolte ce qu’on a semé. J’ai toujours dit que toutes les filières agricoles au Burkina peuvent et doivent être organisées car le riz importé, la farine de blé pour le pain, le maïs pour la bière, le lait etc. viennent au Burkina parce qu’il y a le besoin de consommation, le marché existe. C’est cette place que les plus de 80% de ruraux burkinabé doivent récupérer pour la création des emplois et pour cela l’Etat burkinabé a un grand rôle d’accompagnement à jouer. Cela ne se fera pas seulement avec les conférenciers « professionnels » qui prétendent « connaitre » mais qui ne peuvent pas citer un exemple de réussi. Les techniciens et les chercheurs doivent plutôt renforcer leur collaboration avec les pratiquants sur le terrain. En tout cas ceux qui nous envoi ces denrées alimentaires, c’est sur le terrain qu’ils ont travaillé pour les produire. Il y a des « savants » qui disent que nous ne devons pas cultiver des produits à exporter comme le coton. Je ne suis pas du tout de leur avis. Je ne suis pas un savant mais je n’ai pas non plus besoin d’être un expert en économie pour savoir que si les camions doivent quitter le Burkina vides pour aller chercher les produits consommables au port et les amener au Burkina, on ne pourra jamais se développer. Je suis pour qu’on produise tout ce qui est adapté à nos terres, les transformer si possible pour nous auto-suffire ne serait-ce que dans le domaine de l’alimentation et avoir de la matière à exporter pour que nos camions ne quittent pas le Burkina en étant vides.

La filière coton au Burkina vit actuellement une crise de management. Je parle en tant qu’ancien Président de l’Union Nationales des Producteurs de Coton du Burkina (UNPCB) d’avril 1998 au 5 janvier 2010, produisant le coton depuis 1970. L’idée de chercher à redevenir Président dans cette structure est loin de moi; ma dignité ne me le permet pas car j’ai démissionné à l’époque. Mais en tant que vétéran de la filière, ayant une grande famille agricultrice et étant nationaliste, je ne peux pas me taire sur ce que je vois et ce que j’entends. Ce serait une trahison de ma part. La mauvaise gestion financière du désormais défunt conseil de gestion de l’UNPCB qui m’avait succédé, a été exposée pendant plus de 02 ans notamment depuis 2014. Même ceux qui ne sont pas de la filière ont eu assez de preuves pour se faire une idée de cette mauvaise gestion sauf ceux qui refusaient de voir. Une des preuves est que la majorité des partenaires de l’UNPCB ont quitté la structure. Certains partenaires ont mêmes eu à retirer le reste de leurs financements. A un moment donné, l’UNPCB avait près de 280 agents pour accompagner les structures (GPC, UDPC, UPPC) dans la bonne gestion. Malheureusement, sur le chenin, le rôle de ces agents a été carrément dévié et c’est le contraire que la plus part de ces agents fait car le défunt conseil n’appréciait que les techniciens qui aidaient à camoufler la mauvaise gestion. De nos jours, la confiance s’est effritée entre les structures faitières et la base. La collaboration entre les sociétés cotonnières et l’UNPCB n’est plus saine et cela est en train de générer des conséquences graves pour la filière coton. Je me contenterai de citer quelques indices.

 Au lancement de la campagne agricole 2016-2017, l’interprofession  cotonnière avait prévu la production de 800 000 tonnes ; les résultats prévisionnels de la campagne  du ministère de l’agriculture indiquent les chiffres de 752 490 hectares pour une production de plus de 900 000 tonnes. Dans le mois d’octobre, le secrétaire de l’interprofession a donné le chiffre de 730 000 hectares ; tout récemment, le Directeur Général (DG) de la SOFITEX vient de constater la production de la SOFITEX à la baisse. Selon lui, la production attendue de SOFITEX sera 555 000 tonnes. Moi, en tant que connaisseur de cette zone cotonnière, selon mes informations, SOFITEX aura moins que cela car les rendements ont baissé drastiquement. Les problèmes cités par les producteurs qui expliquent cette baisse, lors des forums de début de campagne, sont l’arrêt brusque des semences OGM, la mauvaise organisation de la campagne par la société, l’arrivée tardive des pesticides et leur qualité douteuse. Quant au problème de la pluviométrie cité par le DG de la SOFITEX, les producteurs disent que c’est pour cela qu’ils aimaient les OGM car même semé tard, ceux-ci donnaient vite et bien.

Le 13 janvier 2017, j’ai écouté le Ministre de l’agriculture qui disait que le Burkina va avoir 750 000 tonnes de coton à moins que je n’aie pas bien entendu. En écoutant le DG de la SOFITEX qui parlait de 555 000 tonnes, si le Ministre maintien son chiffre 750 000 tonnes, cela veut dire que SOCOMA et FASO COTON vont produire près de 200 000 tonnes pour que le cumule avec SOFITEX fasse 750 000 tonnes. Or dans l’histoire de ces deux sociétés, elles n’ont jamais pu produire cette quantité. Sur le terrain dans toutes les zones cotonnières, rares sont les paysans qui ont atteint leur surface de la campagne passée. On peut donc affirmer avec certitude qu’on produira moins que la campagne passée vues les difficultés mentionnées précédemment et les sociétés cotonnières le savent très bien actuellement. Cette cacophonie dans les chiffres ne rend pas confiants les financiers qui sont aussi à l’écoute du terrain. Il y a même des huileries qui commencent à se plaindre parce que la graine n’est pas au rendez-vous. Cela n’a jamais été ainsi dans les autres années à pareil moment. Par ailleurs, l’endettement dans les GPC va s’aggraver (beaucoup ne pourront pas rembourser leur crédit). Je conclu que la situation est assez grave.

Le lundi 9 janvier 2017, le Gouvernement burkinabé a installé un administrateur au sein de l’UNPCB pour chercher à résoudre le différend entre les dénonciateurs de la mauvaise gestion et l’ancien conseil de gestion, avec la supervision d’un représentant de chacun des 02 camps. J’encourage le Ministère dans ce sens car c’est son devoir policier dans le domaine des organisations paysannes. J’encourage également la vigilance de l’administrateur pour installer dès maintenant l’idée de la bonne gestion car ce n’est pas du jour au lendemain que la mauvaise gestion va se ranger. Je ne souhaite pas que cet administrateur soit badigeonné. Je souhaite qu’il s’en sorte honorablement. Dans le renouvellement de l’UNPCB, mon souhait est qu’il y ait de vrais producteurs crédibles à la tête des structures. Cela va relancer la production cotonnière et peut également servir comme une bonne expérience pour les autres filières. Quant à la gestion de la SOFITEX, je demande au Gouvernement burkinabé d’être très vigilant sinon il ne verra que des surprises dans cette société. Le Gouvernement doit avoir « l’œil sans déchets » sur la filière coton car elle est le nombril de l’économie dans le milieu où il est produit. Que Dieu accompagne le Gouvernement burkinabé pour le développement du milieu rural.    

En tant que vétéran de la filière cotonnière

Ouagadougou, le 15 janvier  2017

TRAORE B. François,
Agriculteur Burkinabé
Docteur honoris causa de l’Université de Gembloux,
www.francoistraore.blogspot.com

vendredi 30 décembre 2016

Voeux de nouvel an



L’année 2016 prend fin. Je souhaite mes vœux de nouvel an 2017. À toutes et à tous, je souhaite une bonne et heureuse année 2017. Je souhaite particulièrement à tous les agriculteurs et agricultrices une bonne campagne agricole 2017/2018. Je souhaite l’entente et la paix à tout le peuple burkinabé et enfin je souhaite la paix dans le monde entier. Que le Dieu tout puissant nous préserve et nous aide à être positifs pour la cause de l’humain. 



mardi 29 novembre 2016

CE QUE JE PENSE DE L’AUGMENTATION DU RENDEMENT DANS LE MILIEU RURAL DANS UN CONTEXT DE CHANGEMENTS CLIMATIQUES POUR SECURISER L’ALIMENTATIION ET AUGMENTER LES REVENUS DES PRODUCTEURS AU BURKINA FASO

Près de 80% de la population burkinabè  est rurale, nos activités principales sont l’agriculture, l’élevage et l’artisanat. Il est reconnu également que le paysan burkinabé est un travailleur. Mais le constat est que dans les boutiques, en milieu rural ou  en ville, tous les produits consommables sont à près 90% importés. Cela est dû au fait que les rendements des agriculteurs et des éleveurs sont très faibles et également au fait que les produits ne sont pas transformés et adaptés pour la consommation nationale. A mon avis, cela doit changer et si nous décidons de le changer, cela nécessite l’organisation des acteurs sur toutes les chaines de production, la complémentarité et la discipline de tous les acteurs pour que chacun joue correctement son rôle. Je profite vous expliquer la situation dans laquelle la filière coton qui est prise pour exemple en terme de structuration des acteurs, se trouvait avant sa structuration; la crise cotonnière des années 90 nous a obligé à réfléchir. Nous les producteurs avons dénoncé, à l’époque, la mauvaise gestion qui se trouvait dans les groupements villageois. Dans ces groupements, le nombre de producteurs était estimé sans précision, c’est le village qui constituait le groupement, les intrants également étaient estimés. Il n’y avait pas de collaboration professionnelle entre les groupements des différents villages. Le partenaire qui était la société cotonnière n’avait de contact avec les producteurs qu’au moment de la commercialisation du coton, des instances de discussion n’existaient pas entre les deux entités.

En 96, après d’intenses discussions entre producteurs, représentants de l’état et société cotonnière, nous, producteurs avons proposé la création des groupements de producteurs de coton. Les producteurs devaient s’identifier et créer librement leurs GPC, les critères de choix des membres du bureau étaient qu’il fallait être bon producteur et bon gestionnaire crédible, ce sont eux qui décidaient de leurs nombres et les surfaces de chacun étaient connues. Par la suite, nous avons également proposé les comités de crédit, ces comités de crédit permettaient de lier le crédit à la capacité de production de chaque individu. Cela nous a facilité la gestion de la caution solidaire. La caution solidaire veut dire que les membres du GPC sont collégialement responsables du crédit, si un GPC prend un crédit d’intrants (engrais, pesticides, semence…) de 3 millions, et que la valeur  du coton du GPC a couté 10 millions, la société remet les 10 millions à la banque, celle-ci va trancher les 3 millions et remettra les 7 millions restants au GPC . Les dirigeants du GPC récupèrent ces 7 millions et les repartissent en faisant la même déduction de la valeur du crédit de chaque producteurs et lui remettent son dû. C’est après avoir mis les GPC que nous avons mis en place les unions départementales, provinciales et l’union nationale en 98. Celles-ci sont des interlocuteurs selon la structuration hiérarchique et techniques de la société cotonnière et c’est après tout cela qu’il y a eu la création de l’inter profession qui regroupe les producteurs et les société cotonnières, c’est là où se fixe le prix du coton et celui des intrants et ce sont les sociétés qui se chargent de la commande et de l’achat des intrants, de la vente du coton. La quantité des intrants à commander c’est le cumule de tous les résultats de comités de crédit, ce n’est pas de l’à peu près. L’inter profession est en partenariat avec la recherche pour leur assurer la qualité des intrants (engrais, pesticides, semences …). Pour ce qui est de la fixation du prix du coton, il est lié au prix sur le marché et à la fluctuation du Dollar et comme le producteur du coton veut un prix avant de semer le coton, il ne veut pas que la fluctuation du prix du coton sur le marché mondial et celle du Dollar l’empêche d’avoir son prix avant de semer, nous avons donc créé au sein de l’ AICB un système de fixation du prix dans lequel nous avons prévu un fond de lissage. Ce système de fixation de prix, pour l’expliquer très simplement, c’est de partir de ces fluctuations et trouver une moyenne de prix qui rassure le paysan  pour lui permettre de semer et on lui payera un complément après la vente de coton fibre si la vente a été bonne. Mais avant de payer un complément, on prévoit de l’épargne selon un pourcentage donné, cette épargne pourrait nous aider en cas de baisse drastique. C’est cette épargne que nous appelons fond de lissage. Le respect stricte de cette structuration et de cette collaboration nous amené de la 11ème place de pays producteurs de coton à la place de 1er producteur de coton africain. Vous comprendrez pourquoi je parle de discipline et de rigueur dans les différents maillons.

De nos jours tout le monde est au courant du disfonctionnement qui existe au sein de l’UNPCB. Il y a eu une ingérence professionnelle et politique. Cette ingérence a eu un impact négatif sur la professionnalisation et la crédibilité de l’UNPCB et ses démembrements. Comme le poisson pourrit par sa tête, ce problème s’il n’est pas apprécié à sa juste valeur et cherché à être solutionné, il va se multiplier et non seulement la filière va subir de grands dommages mais elle ne pourra plus nous servir d’exemple car on aura les même problèmes si on fait une copie de cette structuration et on restera dans nos habitudes « un pas en avant, deux pas en arrière ». C’est pour cela que si la structuration de la filière coton doit être un exemple, il doit systématiquement y avoir une évaluation périodique des différents maillons sans complaisance aucune.

L’UGCPA Dédougou (l’Union des Groupements pour la Commercialisation des Produits Agricoles de la boucle du Mouhoun) est une structure qui aide à produire et qui commercialise des produits agricoles. Les producteurs membres de cette structure reçoivent individuellement des enquêtes pour savoir leur surface de production de maïs, de mil, de sorgho, de niébé… qu’ils prévoient. Par la suite un contrat est signé entre eux et l’organisation pour leur octroyer un crédit de campagne et le producteur s’engage à donner le surplus de sa production après déduction de la quantité de céréales consommée dans sa famille. A la récolte, les producteurs livrent leurs céréales, l’organisation qui est en bon terme avec les caisses populaires prend du crédit avec celles-ci et paye le producteur après déduction de son crédit et c’est à l’organisation de chercher le marché pour la vente de la quantité totale livrée par le producteur. Après la vente, si bénéfice il y a, 2% sont retenus sur le chiffre d’affaire et ces 2% constituent un fond de sécurité dont la mission consiste à : assurer une couverture des producteurs qui auront eu des problèmes pendant la campagne agricole qui les empêchent d’honorer leur engagement ; combler tout déficit de commercialisation lié à la mévente des produits agricoles mise en marche par l’union : ce qui peut contribuer en cas de crise. C’est une autre forme de fond de lissage adaptée à cette structure. Il arrive que cette structure signe des contrats avec la recherche pour avoir des semences de base qui après la production donnent des céréales de qualité homogènes avec un rendement assez élevé. Avec des céréales de qualité homogène, cela est une opportunité qu’on peut saisir pour la transformation de ces produits et la transformation suscite le marché et l’emploi. L’UGCPA dans les années 2000 a vécu des problèmes de gouvernance, ce qui fait qu’aujourd’hui, tout l’accompagnement technique est sur les contrats d’objectivité. Les producteurs sont classés en trois catégories sous des qualités bien définies : le respect des engagements, la fidélité, la crédibilité, la qualité des céréales, leurs quantités et l’esprit de leader. Au sein de l’organisation, il y a un système qui permet de mesurer tout cela. Avec l’avènement de la loi OADA, elle a travaillé à créer des coopératives simplifiées au niveau de la base qui vont changer l’UGCPA en une coopérative.
      
Ces deux exemples de l’UNPCB et de l’UGCPA sont des structures dans lesquelles j’ai vécu et dont je suis toujours membre. D’autres expériences existent au Burkina comme le warrantage … mais pour le moment, tout cela n’a pas permis qu’on atteigne l’objectif visé qui est de nourrir convenablement les burkinabé, augmenter le revenu, créé des emplois et préserver notre environnement. On se rend compte que l’organisation et la discipline de tous les acteurs maillons d’une chaine sont incontournables pour l’augmentation des rendements  car quand les paysans sont organisés et disciplinés, cela facilite leur formation, l’obtention du crédit qui augmente forcément le rendement en commençant par la bonne semence. Au Burkina nous n’avons pas réussi la production et l’utilisation parfaite de la semence améliorée et à la distribuer à tous les producteurs. Cela est une lacune à corriger. Il faut aussi se dire qu’on ne pourra jamais développer une filière avec un nombre de producteurs estimé. Tous les membres d’une filière doivent être répertoriés et connus pour mieux les aider à s’organiser et s’ils sont organisés dans leurs filières, ils peuvent alors signer des contrats de fourniture, cela peut mieux aider à canaliser l’accompagnement en matière d’intrants… de l’état qui est nécessaire à toutes les filières . C’est ainsi que des outils de transformation peuvent être installés car ils auront affaire à des produits de qualité homogène, c’est dans cela que le partenariat publique-privé peut avoir son sens et cela est valable pour l’agriculture, l’élevage et l’artisanat. Le désenclavement routier et énergétique sont des outils incontournables pour la transformation et la commercialisation. Et pour faciliter la commercialisation, il faut adapter la production et la transformation à la consommation des villes et des campagnes pour que les différents produits puissent être complémentaires pour enrichir et compléter notre alimentation.

Pour ce qui est de la gouvernance, il faudrait que le développement de l’agriculture et des filières se basent sur les 13 régions du Burkina impliquant fortement le conseil régional sous la supervision des gouverneurs, cela n’empêche pas que certaines filières se retrouvent dans plusieurs régions. Comme les réalités socio-économiques et environnementales sont différentes suivant les régions, on facilitera cette productivité et organisation en nous basant sur des structures de la décentralisation dans lesquelles tous les villages sont impliqués. La résolution du problème foncier qui est obligatoire nous oblige à cela. Le problème de la dégradation de l’environnement et des terres doit être une affaire prise en compte par chaque localité. Avec le changement climatique, nous assistons à une mauvaise répartition des pluies, à des inondations et à des sécheresses. La gestion de l’eau peut impliquer plusieurs localités et si elle est bien gérée, elle peut être utilisée pour des compléments aux arrêts brusques de pluies. Aussi les endroits inondables pourraient être aménagés pour que l’eau qui est utile pour l’agriculture ne soit plus un problème pour celle-ci. Il serait également important de transformer le phosphate du Burkina en engrais granulés consommables la même année. L’Ethiopie vient d’avoir un accord avec le Maroc et c’est le Maroc qui va accompagner l’Ethiopie pour la fabrication d’engrais. Dans cette accord, d’ici 2025, l’Ethiopie va être autonome en matière de fourniture d’engrais, c’est cela que j’appelle les grands pays qui collaborent et qui osent. Je conclu en disant qu’il n’est pas trop tard pour développer l’agriculture, l’élevage et l’artisanat au Burkina pour sécuriser notre alimentation et le PNSR est l’outil que le Burkina veut utiliser pour cela. Mais sachons que la pression de la pauvreté nous oblige à aller plus vite, c’est pour cela que tout chef de service qui sera chargé de travailler pour la concrétisation de nos objectifs ne doit pas être nommé  par parenté ou complaisance mais recruté sur un contrat d’objectifs dont l’évaluation implique le conseil régional et cette évaluation doit se faire au moins deux fois par an pour recadrer les actions et /ou rompre le contrat. Les pays qui avancent sont les pays qui ont compris la rigueur et le sens du résultat. De toutes les façons, si nous ne sommes pas rigoureux, la pauvreté, elle est rigoureuse.

 En tant que citoyen burkinabé

Ouagadougou, le 29 novembre 2016

François B. TRAORE
Agriculteur Burkinabé
Docteur honoris causa de l’Université de Gembloux,

www.francoistraore.blogspot.com

dimanche 13 novembre 2016

Ce que je pense des enfants du Président Thomas SANKARA



Après le drame du 15 octobre 1987 dans lequel le Président Thomas SANKARA a perdu la vie, Mme SANKARA était obligée de s’exiler avec ses enfants. L’âge des enfants ne leur permettait pas de comprendre réellement ce qui s’est passé au Burkina mais ils savaient tout simplement que leur papa avait été tué. Voilà des innocents qu’on a privé de connaitre leur Burkina et de connaitre leurs parents. A ce que je sache, jusqu’à aujourd’hui, ils ne sont jamais revenus au Burkina Faso. On pourra peut-être le démentir comme je ne suis pas proche de la famille SANKARA. Je ne finirai jamais de remercier ceux qui ont contribué d’une manière ou d’une autre à ce que Mme SANKARA échappe avec ses enfants. Ceux qui étaient proches du Président SANKARA idéologiquement ont  été tués ou mis en prison ou soit obligés de quitter le Burkina. Ceux qui sont restés devaient être forts, prudents et stratégiques. Les règles juridiques étaient à la dictat du nouveau pouvoir et dans ce nouveau pouvoir, un groupe très restreint était le décideur et donnait l’ordre. À partir du soulèvement de 2014, les éléments de ce groupe restreint continuaient à se démasquer par ce qu’ils n’admettaient pas que leur temps prenne fin. Ces faits dénotent que Mme SANKARA devait être toujours prudente avec ses enfants. De nos jours, ses enfants sont devenus grands. Avec le régime actuel, je pense que c’est le moment pour eux de connaitre le Burkina et de connaitre leurs parents. Je demande à tous ceux qui peuvent contribuer à ce qu’ils puissent avoir l’occasion de connaitre le Burkina et leurs parents de le faire pour que leur punition s’arrête car ce sont des burkinabés innocents. Selon l’information que j’ai, SANKARA, même après ses 04 ans au pouvoir n’a pas de maison au Burkina. Même si ses enfants doivent aller loger chez leurs grands-pères, ils doivent venir et peut-être même se faire une maison.

Ces derniers temps, pendant que le Burkina continue à subir des actions fomentées avec la complicité des éléments du RSP de l’ancien système et de certains Hommes politiques, j’encourage le nouveau régime à garder son calme pour pouvoir installer son système de gouvernance pour lequel le peuple s’est battu. Ce nouveau système doit être basé en partie sur la valorisation des ressources humaines, c’est-à-dire mettre l’Homme qu’il faut à la place qu’il faut. Tout burkinabè conscient voit la différence entre le début de l’ancien régime et celui de l’actuel régime. Après près d’un an de pouvoir, malgré les coups d’état fomentés, le nouveau régime n’a pas commandé la mort de quelqu’un jusqu’à aujourd’hui. Cela est une différence. Ceux qui parlent de réconciliation doivent être capables de reconnaitre les fautes commises dans le passé et celles commises aujourd’hui. Lors de la fameuse journée du pardon (30 mars 2001), ce que j’ai entendu était que le pardon était demandé pour tous les crimes commis  depuis l’indépendance. Malheureusement ceux qui étaient là et qui semblaient demander le pardon ont continué les crimes. Que ce soit dans la tradition africaine ou dans les religions, quand on demande pardon pour une faute, c’est pour ne plus jamais la commettre. Alors que là, les crimes humains et économiques ont continué jusqu’en 2014. C’est pour cela que le monde moderne a créé le droit. Si nous acceptons que des criminels de grands chemins soit jugés et inculpés ; comme le droit est pour tout le monde, acceptons que le droit soit dit. Le droit en cas de faute a prévu des sanctions et tout acteur qui a perpétué le mal doit accepter la sanction. Cette sanction serait pour corriger le fautif et prévenir celui qui n’a pas encore fauté. J’encourage donc la justice à écouter le cri de cœur du peuple insurgé et à dire le droit. 

En tant que citoyen burkinabé

Ouagadougou, le 13 novembre 2016

François B. TRAORE
Agriculteur Burkinabé
Docteur honoris causa de l’Université de Gembloux,
www.francoistraore.blogspot.com