vendredi 27 septembre 2013

Ce que je pense de la réflexion organisée par l’IFPRI sur le diagnostic et la communication dans les coopératives comme outils pour la sécurité alimentaire


 
Du 11 au 13 septembre 2013, j’ai participé sur invitation de l’Institut International de Recherche sur les Politiques Alimentaires (ONG IFPRI) à une réflexion sur la vie des coopératives et la nouvelle technologie de communication comme outil pour la sécurité alimentaire. A Dakar, l’ONG IFPRI avait fait venir les représentants de coopératives  de base de la plaine rizicole de la zone du fleuve Sénégal et les représentants de coopératives de base d’arachide du bassin arachidien de Kaolak au Sénégal. La philosophie de cette ONG est d’accompagner les coopératives de base dans la gestion de leur vie professionnelle. Son objectif spécifique est de les accompagner dans  l’accès  au crédit, dans l’approvisionnement en intrants et dans la commercialisation de leurs produits. 

La première rencontre s’est tenue le 11 septembre 2013 avec la coopérative des riziculteurs. Selon  l’ONG IFPRI, des études ont montré que le cycle de vie d’une coopérative comprend cinq étapes. Premièrement, l’étape de la constitution de la structure, ensuite l’étape de la mise en place des règles, l’étape de fonctionnement et l’étape de réussite. La plus part des coopératives, après l’étape de bon fonctionnement (la quatrième étape) couronnée souvent de  réussites, peuvent retomber.

Ayant travaillé dans plusieurs coopératives depuis les années 1980, j’ai eu l’occasion de constater cette réalité dans plusieurs coopératives. Je me suis dit que cela est dû à la capacité des coopératives regarder chaque fois en arrière pour tirer leçon du passé des autres coopératives et utiliser ces atouts pour ne pas tomber. Comme tous les participants étaient unanimes sur ce constat sur lequel il fallait amener les coopératives invitées à faire leur propre diagnostic afin de savoir à quel niveau elles se situent, découvrir leurs réussites et leurs difficultés, voir comment se réadapter permanemment pour ne pas être la coopérative qui retombe mais qui rebondie en faisant un réaménagement.

Ensemble nous avons a fait l’historique de l’esprit coopératif au Sénégal. L’étape avant colonisation qui était l’organisation interne dans les familles et dans les villages a bien marché. Par exemple dans le cas du Sénégal, dans une grande famille, les jeunes devaient travailler quatre jours dans la semaine  pour leur papa et trois jours pour eux même.  Les récoltes des quatre jours pour le papa servaient à nourrir la famille et les récoltes des trois jours pour chaque jeune suffisaient pour préparer l’autonomie financière du jeune. Cela veut donc dire qu’on s’organise pour pallier à un problème.

Ensuite il y a une l’étape des cooptatives au moment de la colonisation où le colon avait besoin de l’arachide ; il fallait organiser les gens dans ce sens. Cette organisation a permis à la population d’avoir des revenus. A  la récolte le colon avait son arachide et les agriculteurs avaient leur argent. Là également on résolvait un problème dans cette organisation. C’est à cause de la recherche de cet argent que mon père et ma mère avaient quitté le Burkina pour aller cultiver l’arachide au Sénégal.

La troisième étape, c’est les coopératives après les indépendances. L’Etat sénégalais qui avait hérité de cet outil a fait continuer cette production en créant davantage de coopératives. Après cela la quatrième étape était les ajustements structurels où tous les Etats africains devaient se désengager de l’investissement dans l’agriculture et laisser le privé faire ce travail. C’est à cette période que nous avons vu l’accompagnement des ONG. C’est la période où l’autonomisation des coopératives devait s’installer. Les ONG devenaient ainsi les plus grands accompagnateurs des coopératives par rapport aux Etats. Ce processus était le même dans tous les pays africains. On peut citer comme exemple le coton et l’arachide au Mali, le café et cacao en Côte d’ivoire, et le coton au Burkina Faso.

Près de vingt ans après cet ajustement structurel, ces coopératives africaines ont des difficultés à être autonomes, à faire une bonne gestion et à augmenter les revenus du producteur pour que la jeunesse reste dans le métier agricole. Je pense qu’on n’a pas avec nos partenaires, tiré  suffisamment les bonnes leçons  de ce passé.

Du côté des producteurs, l’analphabétisme était notre limite.  Cette analphabétisme ne nous permettait pas de cerner la porté d’une bonne communication dans une structure démocratique, d’analyser très bien nos comportements pour savoir les risques que nous  prenons si nous ne sommes pas s’insèrent entre nous. C’est ainsi qu’il y a eu des détournements dans plusieurs coopératives  parce que ceux qui savent lire et écrire étaient en nombre réduit et n’étaient pas tous forcement de bonne moralité. Tout cela nous a souvent transformé en sauves-souris en urinant sur nous même. Le résultat final est que la jeunesse s’en va. 

Du côté de nos Etats, le manque de politique agricole  autonome adapté à été la limite. Cela a fait que certains ONG qui étaient des relais de la colonisation où de certains capitalistes n’ont pas permis l’accompagnement des coopératives dans cette autonomisation. Bien sûr qu’il y avait des ONG de bonne fois qui se heurtaient à ces difficultés. A ce niveau le résultat final est que beaucoup d’argent a été dépensé au nom du milieu rural alors que les ruraux demeurent les plus pauvres et les plus affamés de nos jours.

Selon les riziculteurs, l’initiative de leur regroupement est née suite à une grave inondation. Comme toute la zone était sinistrée, ils se sont dit pourquoi ne pas se regrouper pour se faire entendre.  Dès lors ils recevaient de la semence mais qui n’était pas souvent de bonne qualité. Cette situation les a amenés à développer leur autonomie dans la semence. Ils ont donc commencé par sélectionner parmi eux des producteurs  afin de produire la semence de base de qualité adaptée à leurs préoccupations. Cette semence de base produite par ces producteurs semenciers est redistribuée à moindre coût aux autres membres de la coopérative. Ils reçoivent également de l’Etat de l’engrais subventionné dont la quantité est insuffisante par rapport à leurs besoins. Mais ils ont des problèmes pour la commercialisation de ce riz  malgré le fait que les sénégalais sont de grands consommateurs de riz. 

Comme plusieurs coopératives  de base étaient invitées, chaque coopérative à identifier à quel niveau elle est par rapport aux quatre niveaux d’organisation. Avec les questions que nous les posions, les représentants de ces coopératives sont arrivés à se rendre compte que certains problèmes dus au nom respect ou au non adaptation de certaines de leurs règles de fonctionnement les guettaient. Ils étaient également conscients qu’une coopérative qui a grandit peut tomber. Pour cela, ils sont entrain de se restructurer pour la production et la commercialisation du riz verticalement (du sommet à la base) en se basant sur les membres de la structure qu’ils avaient mise en place lors de l’inondation.

Nous leur avons dis que c’était bien mais nous avons attiré leur attention sur le fait que la première structure mise en place après  l’inondation était une structure d’ordre social alors que  les coopérative qu’ils veulent mettre en place pour la production et la commercialisation du riz sont d’ordre professionnelle. Cela nécessite qu’ils aient de bonnes règles de fonctionnement, seul chose qui peut les rendre crédibles vis-à-vis de leurs partenaires banquiers ou commerciaux. Cette crédibilité suppose la mise en commun des différentes productions en riz des membres pour servir de garantie. Il faut donc que l’organisation verticale commence par la base. Ne sera membre de ces coopératives que ceux qui seront capables de respecter scrupuleusement les règles, de livrer leur production. Les membres de l’équipe dirigeante de ces coopératives doivent donc être de bons producteurs de riz et de bonne moralité. L’expérience montre que lorsque les dirigeants sont issus de la base, ils ont une forte capacité de mobiliser les membres à la base et peuvent mieux défendre les intérêts de l’ensemble. 

Pour le  bon fonctionnement de ces structures professionnelles, ils doivent aussi utiliser les nouvelles méthodes de communication. Dans ce sens le téléphone portable peut faire beaucoup de choses. Un expert nous a démontré une manière d’utiliser le téléphone portable qui peut permettre de solutionner un problème d’encadrement et de commercialisation qui serait un réseau où toutes les compétences contribuent.
J’ai également relaté notre manière d’utiliser le téléphone portable en flotte à l’union national des producteurs de coton du Burkina Faso (UNPCB). Nous avons signé une convention avec une compagnie de téléphonie mobile. Dans cette convention, nous nous sommes entendus sur un forfait par personne membre de la structure. Par exemple 5000 FCFA par mois et toute ces personnes peuvent se parler permanemment toute la journée pendant tout le temps. Cela permet au producteur à la base de communiquer avec le sommet et du sommet à la base. En une heure, les producteurs membre de notre structure peuvent être tous informés. Cette flotte a non seulement permis de réduire nos couts de communication et également permis à ce qu’on puissent échanger au téléphone pendant longtemps.

Nous leurs avons dit que les outils de communication modernes sont une opportunité pour le bon fonctionnement des coopératives.

Les 12 et 13  septembre 2013, nous avons rencontré les coopératives de la zone de l’arachide. Dans cette zone, tous les villages ont d’abord créé leurs coopératives de base. Par la suite, entre cinq et sept villages se sont regroupés pour créer des structures intermédiaires. C’est ce niveau que les activités sont gérées. A ce niveau ils ont choisi dans chaque village, de bons producteurs pour se produire de la semence. La semence est ensuite achetée par la structure et redistribuée aux membres. Dans certaines coopératives ils ont commencé à avoir des membres qui trahissent et qui ne respectent pas leurs engagements. L’insuffisance des intrants subventionnés a été également soulignée. Il faut signaler que ces coopératives sont mixtes (se composent de femmes et d’hommes). Les présidentes de certaines coopératives sont des femmes. La présidente d’une coopérative nous a dis qu’ils ont bien fonctionné jusqu’au moment où leur accompagnateur gestionnaire a détourné plus de deux millions dans leur argent. Cela les a obligé à assoir tous les villages pour qu’ils décident de sa révocation.

Une autre coopérative présidée également par une femme avait réussi jusqu’à acquérir un outil de transformation de l’arachide. Lors de leur année de réussite, ils avaient transformé près de trois cent tonnes d’arachides.  L’huile et le tourteau étaient bien commercialisés. C’était le sommet de la structure. L’année suivante, un nouvel  acquéreur est venu payer l’arachide à un prix très élevé. Cela a fait que leur coopérative n’a pas pu vendre l’huile issue de la transformation du peu  l’arachide collecté auprès de ses membres car sa commercialisation n’était pas rentable. Cette situation a rendu fragile la coopérative. Ils ont également essayé de faire de la commercialisation collective du maïs. Mais aujourd’hui ils se confrontent à un problème d’acquéreur et ont en stock près de trois tonnes  de maïs dans des magasins.

Une des coopératives a également commercialisé collectivement du maïs. A leur année de réussite, ils ont eu du bénéfice. L’utilisation de ce bénéfice a créé un conflit au sein de la coopérative. Collectivement tous les membres ont constaté que lorsqu’une coopérative réussie, il y a des opportunistes qui veulent mieux profiter de cette réussite. La chute de la majorité  des coopératives provient de là. Nous les avons soumis à leur tour au graphique pour que chacun nous dise à quel niveau du graphique il se trouve. Comme ils ont parlé de leur situation avant le graphique, c’était une occasion pour eux de savoir leur position sur le graphique. 

Vu la sincérité avec laquelle les producteurs s’étaient exprimés, on pouvait leur prodiguer des conseils selon leurs difficultés et leur réussite. Par la suite, les mêmes présentations qui ont été faite par l’expert sénégalais et moi aux autres représentants de coopératives par rapport aux outils de communication modernes leurs ont été également faites. Comme j’ai l’habitude de le dire, le téléphone mobile et l’internet, sont les meilleurs outils de la mondialisation qui sont très utiles pour l’Afrique si on sait les utiliser. De plus, nous les utilisons au même moment que les pays développés. Il faut tout simplement qu’on sache adapter leur utilisation au niveau de réussite auquel nous on veut arriver. 

C’est l’occasion pour moi de remercier EFPRI qui est la structure ayant initiée cette rencontre. Je souhaite que IFPRI continue dans ce sens parce que les coopératives qui travaillent avec les producteurs à la base ont besoins de cet accompagnement. Elles travaillent directement sur les revenus des producteurs. Les coopératives ne sont pas des  structures qui n’ont que des financements extérieurs à gérer où la justification des dépenses avec papier seulement suffit. Par ailleurs la remobilisation des producteurs ayant déjà participés à une coopérative tombée est difficile. Une coopérative est une entreprise où l’agriculteur est membre selon son produit apporté. Cela pousse chaque membre à suivre la gestion pour que ses revenus lui reviennent. L’évolution des agriculteurs africains de la pauvreté au développement passe forcement par là.

TRAORE B. François,
www.francoistraore.blogspot.com                        
Docteur honoris causa de l’Université de Gembloux
Président d’honneur de l’AProCA

E-mail :dadilotbf52@yahoo.fr                                                                                         
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BURKINA FASO

mardi 27 août 2013

Ce que je pense de la fin de la crise au Mali


Le Mali a vécu une crise et une des solutions à cette crise a été la tenue des élections présidentielles. Tout le monde entier a trouvé ces élections difficiles mais réussies. Ibrahim Boubacar Kéita dit IBK est sorti vainqueur à l’issue de ces élections. Il m’arrivait de suivre la campagne électorale à la télévision. J’ai retenu trois idées sur lesquelles tous les candidats revenaient. Il s’agit de  l’unité du Mali qui doit être préservée ; la lutte contre la corruption; une bonne éducation et une formation adéquate pour les jeunes afin de les rendre aptes à servir convenablement leur nation.

Comme ces élections se sont déroulées en deux tours, il y a eu forcement deux camps. Pour quelqu’un qui suit les élections en Afrique, chaque fois qu’il y a deux courants de ce genre, cela fait peur parce qu’il y aura quelqu’un qui va diriger et un groupe d’opposition. Mais ce qui m’a rassuré pour le cas du Mali, c’est que les deux parties sont unanimes sur les trois conditions du développement. 

Selon IBK, à propos de la corruption par exemple, il dit « tolérance zéro ». Nous savons que la corruption n’est pas faite par le petit paysan de Pèrèkui  dans le cercle de  Mandjankui  ou par celui de Tabaco  dans le cercle de Kita. L’essentiel de la corruption est faite par les gros bonnets. Je suis donc sûr que le pouvoir et l’opposition vont être unanimes pour traquer cette corruption et pour éviter que les corrompus et corrupteurs se cachent derrière l’opposition.

Tout ce que je souhaite, c’est la fin définitive de cette crise. Je suis originaire de Konkui dans la province de la Kossi (chef lieu Nouna) à quelques dix kilomètres du Mali. J’ai un de mes champs à Sogodjankoli dans la province  des Banwa (chef lieu Solenzo) également situé à quelques dizaines de kilomètres du Mali. Donc si une crise perdure au Mali, je ne peux pas rester indifférent. En tant que président d’honneur de l’Association des Producteurs de Coton Africain (AProCA), j’ai toujours dit que la guerre constitue une entrave au métier agricole. 

J’ose croire que le peuple malien est aussi conscient de cela et saura se donner la main pour le respect et l’application stricte des trois principes fondamentaux du développement prônés par les différents candidats afin de garantir une relève réussie du Mali. 

Que Dieu accompagne le nouveau président pour la paix au Mali !
 
Ouagadougou, le 27 août  2013
TRAORE B. François,
Docteur honoris causa de l’Université de Gembloux,
Président d’honneur de l’AProCA,
E-mail :dadilotbf52@yahoo.fr                                                                                         
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vendredi 9 août 2013

Ce que je pense de la place de l’éducation et de la formation dans le développement en Afrique : en particulier dans le secteur agricole


Avant la colonisation, l’éducation et la formation  étaient la préoccupation de chaque famille et de chaque communauté. Tout bon père voulait que son fils lui ressemble ou lui dépasse. Dans la société, ces préoccupations étaient regroupées. C’est ce qu’elle appelait les initiations. Il y avait alors la responsabilité du père et de la mère, de  la grande famille et de la société dans la formation et l’éducation des enfants. Ce qui faisait que chaque ressortissant d’un village devait être fier d’appartenir à son village. Chaque village avait des atouts dans des domaines différents. C’est ainsi qu’il y avait des villages reconnus comme bons agriculteurs, bons éleveurs, bons pécheurs et certains bons guerriers. D’autres villages excellaient dans l’artisanat et le commerce. Mais chacun se battait pour avoir chacune de ces capacités.

La colonisation a amené l’école moderne. Cette école moderne a atteint ces objectifs en formant des administrateurs. Après la colonisation, nous avons eu des gouvernements qui ont pris le relais. 50 ans après l’introduction de cette école, je me pose la question si la mayonnaise a vraiment pris. Il m’arrive également de me poser la question si l’instruction n’a pas souvent pris la place de l’éducation. Je fais parti de ceux qui ont pu aller à l’école dans les années 1960 ; elle m’a permis de savoir lire et écrire. Mais je me suis arrêté au Certificat d’Etudes Primaires (CEP), donc les 6 premières classes. 

Il arrive que des gens me disent que cela est faux car selon eux,  j’ai fait plus d’études que le niveau certificat. Pour eux ma capacité analyse en est une preuve. Quand j’arrive à leur démontrer que je n’ai que le certificat,  ils me disent que le certificat des années 1970 vaut mieux que le BEPC des années 2000. Je leur dit que la majorité de nos enseignants était pourtant du niveau certificat, maximum niveau BEPC. Cela m’amène à cette interrogation: est ce qu’on continue à bien instruire ? 


J’ai suivi un jour un reportage sur la Chine à la télévision.  Dans la recherche de la performance, certaines écoles chinoises refusaient des handicapés parce qu’elles se disent qu’ils ne pourront pas suivre leur rythme de formation. Comme chez eux la recherche de la performance fait que chaque école veut faire du 100%, si dans une classe de 30 élèves, un seul n’arrive pas à suivre, l’enseignant se bat pour rehausser son niveau pour ne pas hypothéquer son score de fin d’année. C’est le raisonnement d’un bon éducateur. L’intention certes de ces écoles chinoises n’est pas de refuser l’handicapé, chose qui ne serait pas louable, mais parce qu’elles sont préoccupées par éduquer et mettre des  Hommes bien formés, aptes à produire pour leur nation. 

Ce ne sont pas des écoles où on apprend qu’à lire et à écrire. Il y a simultanément transmission du savoir, du savoir être et du savoir-faire. Un éducateur éduque pour sortir du produit utile et opérationnel aussitôt après.  Ce n’est donc pas surprenant que la Chine soit une puissance économique aujourd’hui. L’éducation fait partie de la préparation de l’Homme pour son développement. C’est elle qui oriente la carrière des Hommes.

Pour ce qui est de la formation professionnelle en Afrique,  j’ai l’impression que ce qu’on fait sur les papiers et dans les salles de conférence bénéficie plus aux formateurs qu’aux apprenants. La formation est rarement axée sur l’activité pratique. Dans mon domaine, celui de l’agriculture,  le problème de la formation professionnelle ne se résoudra jamais  dans les salles de conférence. Cette formation ne peut réussir qu’avec des exemples concrets sur le terrain à l’image du Centre Songhaï au Benin. Généralement on dit que cela coûte cher alors que le développement dans l’agriculture n’est possible que par des exemples concrets et non pas par des messes. 

Le conseil agricole doit également être revu. Chaque agent doit pouvoir être évalué avec la participation des agriculteurs pour mesurer le plus qu’il aura apporté à leurs revenus. C’est de cette manière qu’on pourra mieux valoriser l’investissement dans l’agriculture. On m’a dit qu’aux Rwanda tout responsable doit s’engager à atteindre un objectif par an. Il est évalué à la fin de l’année conformément à ses engagements, non pas que sur le papier mais sur ce qu’il aura réalisé de concret.

Pour moi, l’éducation  qui a fini par être de l’instruction et les rencontres dans les salles de conférence ont montré leurs limites. L’agriculture ne doit pas être basée sur les conférences même si elles sont souvent nécessaires pour la bonne planification du métier. De toute façon, les changements climatiques, la désertification et la démographie nous obligent à changer rapidement de comportement sinon il pourrait être trop tard.
 
Ouagadougou, le 09 août 2013
  TRAORE B. François,
  Président d’honneur de l’AProCA,
  Docteur honoris causa de l’Université de Gembloux