jeudi 26 février 2015

Ce que je pense du peuple Burkinabè pour une réconciliation


Lors de l’insurrection du peuple burkinabè en Octobre 2014 contre le régime Compaoré, il y’avait deux tendances : ceux qui voulaient modifier l’article 37 pour que le président Blaise Compaoré reste au pouvoir et ceux qui avaient marre de son système de gestion. S’il doit avoir réconciliation, c’est entre ces deux tendances. En  2001, le président Blaise Compaoré avait initié une journée nationale de pardon. Pour cette circonstance, des personnalités respectées par le peuple (Collège des sages) avaient été ciblées pour travailler pour cette réconciliation.

Ceux-ci ont fait un travail remarquable à travers des recommandations prenant en compte les préoccupations du peuple Burkinabè. Mais là où Blaise Compaoré avait roulé ces acteurs, c’était de dire qu’il demande pardon pour tous les crimes qui ont été commis depuis l’indépendance du pays alors qu’il y’avait une crise qui le concernait directement. Pour être pardonné, il fallait que l’ex-président du Burkina, Blaise Compaoré, avoue un certain nombre de faits. Chose qui n’a pas été faite. Le peuple avait donc pardonné sans savoir pour qui et pourquoi il pardonnait.

Après cette journée du pardon, toutes les mauvaises choses qu’on  reprochait à Blaise ont continué à exister. Il avait peut-être  pu tromper le peuple ainsi une fois. En fin 2014, il n’a pas pu tromper ce peuple. C’est pourquoi, s’il y a désormais réconciliation au Burkina, il faudrait que le peuple reste vigilant. Ce que nous reprochons au régime Compaoré, c’est la mauvaise gouvernance économique et sociale. Pour pérenniser ce mauvais système de gestion même après lui, toute une machine a été installée. Certains de ses fidèles qui voulaient que Blaises Compaoré fasse encore 15 ans au pouvoir après 2015 sont devenus des politiciens commandos et veulent faire vite pour être élus en octobre 2015.  Comme ils faisaient partie du système, ils font des billets de banque leur argument de campagne discret. Leurs soucis n’est pas de renoncer aux mauvaises habitudes.

Je pense que si une bonne réconciliation doit avoir lieu au Burkina, elle ne pourra se faire qu’avec repentance. À travers cette repentance, la conscience de chacun devait le pousser à réfléchir et à changer de comportement. Cela demande un temps. Ceux qui ont offensé le peuple pensent qu’il suffit de changer de chemise ou d’argument pour être pardonné. En tant que militant du Mouvement du Peuple pour le Progrès (MPP), j’attire l’attention du peuple Burkinabè pour qu’il sache que ce réveil commando de ces politiciens parachutés n’est qu’un danger pour le pays. Car c’est dans leur sein qu’ils se disaient qu’après Blaise Compaoré, il n’y a pas quelqu’un capable de diriger le pays. Les révolutions dans le monde n’ont eu du succès que quand le peuple a pris conscience et a pris sa destinée en main. Le peuple Français a coupé la tête du Roi à Paris. Après l’insurrection en 2014 au Burkina Faso, nous n’avons pas coupé la tête du président Blaise Compaoré, mais nous devons couper la tête de son système.

Ouagadougou, le 26 février 2015

TRAORÉ B. François,
Agriculteur Burkinabé,
Docteur honoris causa de l’Université de Gembloux,
E-mail: dadilotbf52@yahoo.fr  
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mercredi 11 février 2015

Ce que je pense de la situation politique au Burkina Faso trois mois après l’insurrection populaire

Les 30 et 31 octobre 2014, le peuple burkinabé a montré son mécontentement contre la façon dont il était gouverné. L’une des majeures manières de manifester ce mécontentement a été d’attaquer et de brûler le siège de l’Assemblée nationale. Les députés, censés défendre les  intérêts du peuple, ont été chassés dans leur lieu de travail lorsqu’ils s’apprêtaient à prendre une décision en faveur d’un individu qui était le président  Blaise COMPAORÉ et contre le peuple. La destruction du siège de l’Assemblée nationale et les pertes en vies humaines ont obligé le Président Blaise COMPAORÉ à démissionner.

Suite à cette démission, des institutions de transition ont été mises en place en ayant comme mot d’ordre « plus rien ne sera comme avant ». Le dernier organe qui est en voie d’être mis en place est un comité de réconciliation. Depuis la mise en place du gouvernement de transition, nous assistons à des revendications de la population par rapport au changement positif de la gouvernance pour lequel elle s’est battue. Je cite comme exemple la révolte dans les sites d’orpaillage et celle des producteurs de coton vis-à-vis de leur dirigeant.

Selon les producteurs de coton qui ont fait la dénonciation, l’Union Nationale des Producteurs de Coton du Burkina (UNPC-B) est gérée exactement comme le système Blaise COMPAORÉ où la bonne gouvernance est complètement exclue avec la complicité de certains partenaires de l’administration afin d’avoir une couverture.  Dans mon article intitulé « Ce que je pense du soulèvement populaire après lequel Blaise Compaoré a quitté le pouvoir » du 05 novembre 2014, j’avais dit que le Président Blaise COMPAORÉ était parti mais que les acteurs qui ont contribué à la mauvaise gestion de la gouvernance étaient toujours là. Malgré cette interpellation, rien n’a été fait pour arrêter le système.

Dans le système COMPAORÉ, tous les domaines de l’économie du Burkina Faso étaient contrôlés par « ses  hommes » et très souvent contre l’intérêt du peuple. Jusqu’à ce jour, le peuple burkinabé continue toujours à subir. Et comme le système COMPAORÉ a appauvri une grande partie de la population, nous assistons à un retour massif de ses anciens dignitaires qui soutenaient Blaise COMPAORÉ dans sa démarche. Le récent soulèvement du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) en dit beaucoup. Hors, nous savons que ces anciens dignitaires ne comptent que sur leur argent.

Dans la tradition africaine, la réconciliation fait partie des outils très souvent utilisés pour garder l’unicité de la société. Mais elle n’a lieu qu’après vérité et sanction. Dans l’insurrection, il y a eu des martyrs. Ils sont morts laissés leur famille, se sont sacrifiés pour que la situation de leur famille et de leur peuple change positivement après eux. La réconciliation que ces morts peuvent accepter dans leur tombe, n’est que celle qui interviendra après une bonne gouvernance qui permet à leur famille et au peuple de s’épanouir. Ces martyrs sont morts enterrés mais leurs yeux restent ouverts, tous ceux qui sont responsables doivent savoir que ces morts ont le regard sur eux.

Le peuple burkinabé reconnu travailleur, aspire au changement. Il veut tout simplement la bonne gouvernance pour se développer. Il n’y aura pas de bonne gouvernance sans mise en cause du mauvais système enraciné depuis plus d’un quart de siècle. Je m’attends donc à des réflexions qui décèleront toutes ces mauvaises façons de faire. S’il le faut, que certains acteurs soient disqualifiés pour montrer l’exemple. Un peuple qui avance, c’est un peuple qui sait mettre des bonnes règles adaptées à son développement et qui sait les appliquées.

Ouagadougou, le 11 février 2015

TRAORÉ B. François,
Agriculteur Burkinabé,
Docteur honoris causa de l’Université de Gembloux,
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jeudi 5 février 2015

Ce que je pense du conflit agriculteur-éleveur



Plus de 80%  de la population burkinabé vit en milieu rural. Tous ces ruraux font un minimum d’élevage, de la volaille aux bovins mais l’essentiel des conflits est entre les champs et les bovins et plus particulièrement à cause de la terre qu’ils partagent. J’ai fait mon certificat d’étude primaire en 1969. On me disait à l’époque que la population burkinabé était d’environ 4 millions. Aujourd’hui cette population est à plus de 16 millions, plus ceux qui ont quitté le pays et dont certains pourraient revenir pour être agriculteurs, éleveurs ou pour faire les deux.
La superficie burkinabé n’est pas « élastique ». Je peux peut-être me tromper mais le nombre de têtes de bovins du Burkina dépasse le nombre de têtes de bovins au Pays-Bas. Mais près de 90% du lait du Burkina vient de ce pays ou d’ailleurs. Les éleveurs bovins du Burkina Faso ont de sérieux problèmes pour nourrir leurs animaux. Il y a 100 ans, c’est Dieu et la nature qui nourrissaient et soignaient ces animaux. Les animaux n’avaient pas forcement besoins d’être parqués. Ce qui fait qu’ils pouvaient manger à toute heure la nuit et le jour. Il y avait l’espace pour eux.
Pour se soigner, l’animal choisissait lui-même les herbes qu’il faut. Il pouvait également choisir un lieu qui avait la température que son corps voulait pour se coucher. Si un ou deux animaux mouraient dans une zone, le lendemain l’éleveur pliait bagage pour aller dans une autre zone qu’il pense favorable. Ceci est un des outils que les éleveurs utilisaient. En tant que bobo, un  adage bobo dit que si un éleveur est dans une localité, s’il perd un membre de sa famille, après l’enterrement, il quitte ce lieu.
De nos jours, le bovin est l’outil essentiel de traction utilisé en agriculture au Burkina Faso. Près de 50% des ruraux utilisent les bœufs pour faciliter et accélérer la mise œuvre du calendrier culturale à travers le labour, le sarclage et le buttage. Avec la baisse de la fertilité des terres, les agriculteurs ont également besoin des déchets des animaux pour fertiliser leur terre. Ce qui veut dire que les agriculteurs ont besoins des bœufs pour se développer. Pour cela, les résidus des récoltes sont utilisés pour nourrir les animaux en les stabilisants pendant que les éleveurs traditionnels, qui manquent d’espace, veulent également ces résidus pour nourrir leur troupeau.
Parmi les raisons qui créent les conflits, restent les pistes à bétail et les zones d’élevage. En tant qu’agriculteur et éleveur, je sais que souvent les couloirs sont occupés par les agriculteurs. Ce qui est aussi vrai, est qu’il n’y a plus d’herbe pour les animaux sur ces couloirs même lorsqu’ils ne sont pas occupés par les agriculteurs. Pour les éleveurs, l’alternative reste les zones d’élevage. Je suis moi-même dans la zone d’élevage de Marabagasso dans le Houet.
La zone de Marabagasso qui a été réservée pour l’élevage depuis longtemps est pleine d’arbres. Parmi les herbes qui étaient dans cette zone et qui étaient  beaucoup aimées par les animaux, il y’ avait l’Andropogon gayanus. Mais avec la densité à des moments donnés du cheptel dans la zone, l’Andropogon que la nature nous avait donné a totalement disparu. Les herbes secondaires que les animaux aimaient dans cette zone sont également en phase de  disparition. En effet, tellement les animaux broutent ces herbes qu’elles ne donnent plus de graines.
Il n’y a donc plus de renouvellement des herbes que les animaux aiment. Une question essentielle se pose donc : est-ce que nous allons continuer à avoir une nature où on confie les animaux à Dieu pour les nourrir et les soigner ? En tout cas la France, le Canada, les États-Unis et les Pays-Bas n’ont pas eu cette chance que ce soit Dieu et la nature qui nourrissent leurs animaux. Ils ont dû influencer la nature, les animaux dans leur capacité et le paysage, chaque pays à sa manière.
Nous qui n’avons pas développé notre élevage et notre agriculture, restons un marché de consommateur. Les conflits continuent à opposer les agriculteurs et les éleveurs alors que ce sont des acteurs qui doivent se compléter. Je pense que la solution existe dans une politique bien pensée pour un professionnalisme engagée.
Ouagadougou, le 05 février  2015
TRAORÉ B. François,
Agriculteur Burkinabé,
Docteur honoris causa de l’Université de Gembloux,
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lundi 12 janvier 2015

Ce que je pense de l’exode rural des jeunes

La population burkinabé est majoritairement jeune. Les paysans occupent près de 80% de la population et nous assistons en tant que pères de familles, impuissamment, à la fuite de cette jeunesse vers les villes du Burkina et vers d’autres pays. En tant qu’agriculteur, je vais m’intéresser à quelques causes et conséquences de cet exode rural.
Pour les  causes, dans le milieu rural, la limitation du nombre d’enfants n’est pas bien comprise. Il n’est pas rare de voir une femme qui fasse 10 enfants ; la moyenne étant 5 enfants/femme selon mon propre analyse. Dans le milieu rural, la polygamie est également très courante. Un homme peut se retrouver facilement avec 04 femmes avec plus de 20 enfants. Pour ne citer que celles-ci qui sont des causes sociales.
En ce qui concerne les causes éducatives, les initiations ne sont plus au niveau où elles étaient avant la colonisation. L’école a remplacé dans beaucoup de cas ces initiations dans l’éducation des enfants. Cette école n’a pas tiré suffisamment de leçons qu’à la formation à l’initiation. Ce qui fait que les enfants sont souvent instruits mais pas bien éduqués. Par le fait du nombre élevé d’enfants qu’une famille peut avoir, souvent tous ses enfants ne vont pas à l’école sans oublier qu’il y a parfois des orphelins puisque des parents meurent laisser leurs enfants.
 Nous avons l’éducation coranique qui interne les enfants chez un marabout. Ces enfants sont souvent près d’une centaine. Ils sont parfois obligés de mendier pour se nourrir et pour nourrir leur maître. Ce qui fait que les enfants qui sont passés par là sont en contact directe avec la société. Comme au niveau de l’initiation que pratiquaient nos ancêtres, il y’a certains faits positifs que nous n’avons pas su tirer de cette école coranique pour améliorer l’école moderne.  En effet, grâce au mode de vie à l’école coranique, les jeunes se familiarisent aux bonnes techniques d’approche vers autrui dès leur bas âge, sont initiés à la combativité etc. 
Au titre de l’éducation par la famille, selon le métier qu’exerce le père ou la mère, chaque enfant est initié très tôt à ce travail. Ce métier peut être l’agriculture, l’élevage, la pèche etc. Mais souvent cette initiation au métier se fait avec une pression inadaptée. Il y’ a 100 ans, on pouvait exercer cette pression sans qu’un enfant ou un jeune ne décide de quitter la famille. De nos jours, nous constatons que dès 7 ans, des enfants quittent leur famille. Très souvent, c’est parce qu’ils ne mangent pas assez. Les divorces dans les foyers polygames créent également une autre couche d’enfants dans la même famille parce que la maman n’est plus là.
La mauvaise gestion et répartition des revenus dans la famille est aussi une des difficultés qui contraint les jeunes à aller en ville. Pourtant à l’âge de l’adolescence, l’énergie du jeune est fortement utilisée. Dans certains milieux, les jeunes se marient très tôt, souvent à moins de 20 ans. Ils se trouvent dans l’obligation de créer une exploitation agricole. Or il peut se poser un problème d’équipement agricole ou de terre. Pour toutes ces difficultés qui ne sont pas exhaustives, il y’a des conséquences.
Parmi ces conséquences, il y a le fait que l’enfant est souvent malnutrie et mal formé. De nos jours, la jeunesse a le contact facile avec l’extérieur par le biais des radios, des télévisions, des cinémas, de l’internet etc. Comme l’éducation qui lui est donnée n’est pas très bien orientée, le jeune ne comprend pas pourquoi ceux qu’ils voient à travers ces canaux d’informations sont bien dotés en matériel et sont heureux, et lui, il ne l’est pas. Cela peut le pousser à s’approcher de là où il y a les gens qui possèdent les choses qu’il n’a pas sur place. Pour ceux qui se sont mariés tôt, c’est la femme ou l’homme qui part laissé les enfants. Très souvent, il n’y a pas a mangé suffisamment pour ces enfants. Et il arrive que les parents ne reviennent plus.
Nous avons des familles dans lesquelles tous les bras valides sont partis laissés les plus petits et les vielles personnes qui ne peuvent pas souvent travailler pour se nourrir. Le jeune qui est parti, s’il n’a pas eu gain de cause, ne revient pas parce qu’il connait les difficultés qui l’attendent derrière. Même pour ceux qui reviennent, souvent ils arrivent trouver que leurs terres sont occupées. Et cela fait des conflits dans la famille et dans le village. Les causes et les conséquences de l’exode rural de ces jeunes sont donc nombreuses.
Cela fait que les jeunes qui constituent la majorité de la population Burkinabè ne profitent pas suffisamment de leur jeunesse pour travailler et gagner. Cette situation fait qu’un chef de famille qui a beaucoup de jeunes est plutôt souvent inquiet parce qu’il ne sait pas si ses enfants ne vont pas partir le laisser. Le fait que les jeunes se déplacent sans avoir maîtriser une profession, ils deviennent une charge là où ils vont. Le pays ne profite pas de cette jeunesse chassée par la pauvreté dans le milieu rural et qui vient remplir les villes.
De nos jours, nous avons des gouverneurs, du chef de village au Président du Faso, des hommes politiques aux intellectuels. Le problème de cette jeunesse doit nous préoccuper tous. Beaucoup de pays ont trouvé une solution à ce problème. Je pense que le burkinabè également peut trouver une solution mais en reconnaissant le problème, en faisant un vrai diagnostique et en cherchant des solutions adaptées. Ces solutions existent.
Ouagadougou, le 12 janvier 2015
TRAORÉ B. François,
Agriculteur Burkinabé,
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jeudi 1 janvier 2015

Vœux de nouvel an

Au terme d’une année 2014 riche de rencontres et d’échanges et à l’orée de la nouvelle année, j’adresse mes vœux les plus fidèles et amicaux à tous ceux que j’ai eu  le plaisir de côtoyer tout en leur partageant quelques-unes des réflexions développées au cours de l’année.
Que cette nouvelle période réponde à tous vos vœux de santé, de justice, de bonheur et de paix, qu’elle vous permette de réaliser vos projets les plus chers et qu’elle comble tous ceux qui vous sont chers.
Avec le nouveau vent qui souffle en Afrique, que le monde accepte que l’Afrique bénéficie de ses richesses naturelles et qu’elles permettent à la jeunesse africaine de travailler et de gagner sa vie. Que l’Agriculture africaine ne soit plus un outil manipulé mais qu’elle soit un vrai outil de développement.
À tous, je souhaite une BONNE ET HEUREUSE ANNÉE 2015 !
Ouagadougou, le 31 décembre 2014
TRAORÉ B. François,
Agriculteur Burkinabé,
Docteur honoris causa de l’Université de Gembloux,
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mercredi 24 décembre 2014

Ce que je pense de la création du Syndicat Agricole du Burkina (SY-A-B)

Le 17 décembre 2014, les représentants des Agriculteurs des 13 régions du Burkina Faso se sont retrouvés à Dédougou pour créer un syndicat. Ce syndicat, nous l’avons nommé SY-A-B. La devise du SY-A-B est solidarité-professionnalisme-équité. La nécessité de cette structure de défense a été sentie par les acteurs qui ont évolué dans les organisations professionnelles et qui se sont rendus compte à un moment donné que quelque chose leur manquait. Parmi ces choses qui manquaient, figurait la défense par tous les acteurs du monde rural réunis, des intérêts sociaux, moraux et économiques.
La population burkinabé est très majoritairement rurale mais nous assistons à une grande influence de l’exode rural dû d’une part, à la pauvreté et à la famine et d’autre part, à l’analphabétisme et l’obscurantisme. Ces difficultés ont souvent fait de ces ruraux des outils d’élections surtout dans une situation burkinabé où la politique n’était plus basée sur une vraie vision de développement pour les ruraux mais plutôt sur l’influence financière, l’intimidation,  souvent même l’éthnicisme. Les mêmes politiciens assistaient à l’accaparement des terres des paysans. Ces terres accaparées ne sont généralement pas exploitées et sont même louées aujourd’hui à des agricultures vivant dans la localité.
Dans le syndicat agricole, nous voulons que le problème d’un agriculteur, d’une agricultrice, d’un éleveur, d’un exploitant forestier, d’un pécheur … soit partagé avec tous les ruraux. Ce partage permettra à ce qu’ils décident de comment gérer le problème pour l’intérêt du producteur en question et pour le Burkina Faso.
Je suis parmi ceux qui dans les années 70 - 80, se sont opposés au syndicalisme. En  ce moment, la proportion des structures professionnelles était très réduite. De nos jours, des structures professionnelles organisées en filières existent. Au lieu d’être une force de réclamation et de proposition, malgré l’existence d’organisations de plus d’une dizaine de filières, l’influence de cette structuration ne donne pas totalement satisfaction à tous les membres de ces filières. Je pense que cela est dû en partie au système de mauvaise gouvernance politique au niveau central et au niveau des collectivités locales, qui influence ou qui récupère ces structures. Les derniers pensent que le développement, c’est le financement que l’État leur envoie, l’argent des différends projets qu’ils peuvent avoir avec les partenaires et la vente des terres urbaines ou rurales. 
C’est par les structures professionnelles que le développement local peut venir. Pour cela, lors des élections de tous les niveaux, c’est plutôt mieux d’écouter les professionnelles par rapport à leurs différents problèmes que de distribuer que l’argent et les tee-shirts. Il est même arrivé que nous nous rendions compte que le politique avait peur d’une structure bien organisée et qui n’écoute que ses acteurs. C’est pour cela que je pense que le syndicat de nos jours peut être un complément, un support aux structures professionnelles et aux ruraux individuellement.
Le SY-A-B  a été d’abord constitué par des individus qui sont tous membres de structures professionnelles. La porte a été ensuite ouverte aux structures filières. C’est dans ce sens que le représentant de la filière coton, l’Union Nationale des Producteurs de Coton du Burkina (UNPCB) et les semenciers ont adhéré et sont membres fondateurs. Toute autre filière organisée pourrait adhérer ; l’adhésion étant libre pour le producteur individuel et pour la structure professionnelle.
Le bureau de ce syndicat est constitué de 17 membres. Toutes les 13 régions sont représentées dans le bureau. Les trois premiers dirigeants de cette structure sont messieurs Abou OUATTARA, producteur de coton qui est aussi semencier de céréales et éleveur ; Adama G. OUÉDRAOGO qui fait principalement de l’embouche et l’agriculture. Le troisième responsable est une femme : madame Chantal Marie OUÉDRAOGO. Elle  transforme les noix karité en beurre de karité et en d’autres produits dérivés. Ces trois premiers dirigeants ont été choisis par l’assemblée du syndicat.
Aucun d’eux n’a 50 ans mais ils ont chacun plus de 30 ans. C’est donc des entrepreneurs dont leur entreprise n’est pas à leur début ni à leur fin. Ils ont l’obligation de se faire entendre et de se faire comprendre. Ils ont également l’obligation de l’écoute et de l’analyse car c’est tous les secteurs du monde rural qui sont derrière eux.
À la fin de cette rencontre, j’ai été choisi comme président d’honneur du syndicat. À 62 ans, je suis à la limite de mes capacités  physiques mais selon les membres du SY-A-B, ils ont besoins de puiser dans mon passé. Je ne suis pas membre du bureau. Ils me consulteront donc que quand ils auront besoins de moi. Dans l’écriture sainte de la Bible, quand Siméon a vu le petit Jésus, il a dit qu’il pouvait mourir maintenant parce qu’il ne voulait pas mourir sans voir le sauveur.
Je demande à Dieu de leur donné courage, persévérance et la cohésion. Dans cela mes enfants qui sont agriculteurs vont non seulement trouver leur compte dans ma famille et dans mes champs et pourront garantir la vie de nous qui les avons mis au monde. Car chez nous les agriculteurs, pour le moment nous n’avons pas de retraite. Bon vent à ce syndicat dans lequel je souhaite le bonheur des ruraux, la souveraineté alimentaire du Burkina Faso et le développement de celui-ci.
Ouagadougou, le 24 décembre 2014
TRAORÉ B. François,
Agriculteur Burkinabé,
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dimanche 30 novembre 2014

Ce que je pense de la révolution populaire et de la transition au Burkina Faso

Le Burkina Faso vient de vivre une troisième révolution après celle contre le régime du président Maurice YAMÉOGO et celle de la période du CNR. Je ne m’attarderais pas sur celle contre le régime YAMÉOGO mais je me permets de faire une analyse de celle du CNR et cette dernière. Selon ma compréhension, la révolution sous le CNR avait été initiée par des idéologues militaires et civils, appuyés par la population. Elle a donc eu une adhésion de la masse populaire. Le porteur de cette révolution qui était le capitaine Thomas SANKARA, était un homme qui avait acquis la confiance de la population par son comportement et son verbe.
Une des premières difficultés de cette révolution était que ce que l’engagement à une révolution exige, n’était pas compris par tout le monde. On peut citer les Tribunaux Populaires de la Révolution (TPR) dont l’esprit était de lutter contre la corruption, les travaux d’intérêt collectifs, le pouvoir décentralisé au peuple, l’amour du travail bien fait, la rigueur au travail, la reconnaissance du mérite, l’esprit de consommer burkinabè, la souveraineté alimentaire et économique et compter sur nous même pour le développement dans une cohésion sociale. Il y’a donc eu un évènement malheureux qui a couté la vie au capitaine Thomas SANKARA et à ses collègues.
27 ans 16 jours après, c’est le peuple burkinabè y compris les hommes politiques et la société civile, qui prend ses responsabilités pour une nouvelle révolution. Cela a abouti à la démission du président Blaise COMPAORÉ. Ce peuple a été rejoint par des militaires patriotes qui se sont dits que leur mission de défense et de sécurité était pour le peuple et non contre le peuple. Heureusement pour le peuple burkinabè, que des militaires qui raisonnent de cette manière existent toujours au Burkina.
Par la suite, un gouvernement de transition a été formé avec comme président son Excellence Monsieur Michel KAFANDO, un civile et son Excellence Monsieur Yacouba Isaac ZIDA comme premier ministre militaire qui, avec l’aval du président, a formé un gouvernement. Dans les discours des deux personnalités, on retient ceci : pour le président, rien de sera plus comme avant. Il faut qu’il ait justice. Pour le premier ministre, il faut la rigueur au travail et pas d’impunités. Cette rigueur commence par eux qui sont les premiers responsables de ce pays car selon lui, le poisson pourrit par la tête.
Je m’attends à ce que la révolution soit comprise cette fois-ci par l’ensemble du peuple. Un adage dit qu’un jour l’hyène a décidé d’être bouché, chose qui constitue une révolution. Elle a acheté un bœuf qu’elle a tué, dépecé en six morceaux, le septième morceau étant la tête. Le premier client qui s’est présenté voulait les deux cuisses. Elle a dit à ce premier client que les deux cuisses n’étaient pas vendables. Le deuxième client voulait les deux bras, l’hyène a dit que ça également, elle ne vend pas. Le troisième client voulait choisir parmi les autres morceaux mais l’hyène a eu la même réaction. Pour l’hyène, c’est la tête seulement qu’elle pouvait vendre. Lui que nous savons qu’elle aime la viande, voulait être bouché mais en ne vendant que la tête. Cet adage, je le dédie au peuple burkinabè. Si nous avons voulu la révolution, il faut que nous acceptions changer nos mauvaises habitudes. Pour cela, nous devons tous contribuer à rééduquer le peuple. Le peuple doit savoir que le pouvoir l’appartient et que c’est sur lui également que le pouvoir doit être exercé.
Après les interventions du président et du premier ministre du Burkina Faso, j’ai entendu des gens dire qu’ils étaient trop durs ; qu’ils devraient se contenter de gérer la transition et d’organiser les élections. Moi je dis non ! Le changement doit se sentir dès la transition que nous avons l’occasion d’avoir. Nous devons dès maintenant sentir la justice sociale et économique. Les résultats positifs que nous avons eus dans l’ex-régime ont été obtenus par le dévouement de certains patriotes burkinabés. Les erreurs qui ont amené la révolution ont été possibles grâce à la complicité de certains burkinabés.
Dans ses nominations, le régime passé nommait souvent que des hommes fidèles plutôt que des hommes capables de dire non. Même les décorations étaient politisées. Tous les secteurs financiers étaient contrôlés par « leurs hommes ». À titre d’exemple, les membres de la  chambre de commerce viennent de se plaindre de leur structure parce qu’elle a été manipulée par le régime passé. Cet influence est allée jusqu’au secteur agricole notamment à l’Union Nationale des Producteurs de Coton (UNPCB) à travers son président. Ce dernier qui a été imposé aux producteurs de coton, a opté de gérer comme le régime COMPAORÉ en manipulant tout avec l’argent de l’UNPCB. Du coup, il politisait l’organisation qui est apolitique, en faveur du régime. C’est ainsi que même les cotisations des cotonculteurs étaient utilisées pour faire des campagnes du CDP. Tout cela est également en train d’être dénoncé par les producteurs.
J’encourage le gouvernement à persévérer dans la justice et interpelle les hommes politiques et la société civile à éduquer le peuple pour qu’il accepte le changement.
Ouagadougou, le 30 novembre 2014
TRAORÉ B. François,
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