mercredi 10 juin 2015

Ce que je pense de la culture des OGM au Burkina Faso

Le jeudi 28 mai 2015, j’ai participé à un débat dénommé « controverse » à la Radiotélévision nationale du Burkina. Ce débat à mis en face des pour et des contre des cultures génétiquement modifiées appelées OGM. Depuis 2007, moi je cultive le coton génétiquement modifié dans mes champs. Plus de 10 ans avant cette date, j’avais été sélectionné comme producteur de semence coton conventionnel et quand j’ai commencé les OGM, j’ai continué à être producteur de semence OGM. Cette multiplication de semence est faite par plusieurs producteurs au Burkina.

Au niveau des droits de propriété intellectuelle, il y a lieu de faire une distinction nette entre le droit de propriété du gène qui a été inséré et  le droit de propriété de la variété dans laquelle le gène est inséré. Depuis que nous avons commencé à travailler avec MONSANTO sur leur technologie, on utilise des semences « made in Burkina Faso ». En juillet 2008, MONSANTO  et le Burkina ont signé un accord commercial selon lequel l’État burkinabé est copropriétaire avec MONSANTO des variétés génétiquement modifiées. Les royalties sont réparties à 72% pour le Burkina et à 28% pour MONSANTO.

Une des questions qui m’a été posée lors de ce débat était : pourquoi le Burkina est le premier pays de l’Afrique subsaharienne à produire les OGM ? Je profite de ce document pour donner les réponses que je n’ai pas pu développer. Les filières coton de l’Afrique de l’Ouest dans les années 90 ont vécu des périodes de résistances de la chenille Helicoverpa armigera aux pyréthrinoïdes (insecticide) pour le traitement du coton. Nous avons eu à l’époque l’obligation de traiter avec l’endosulfan, qui était interdit en Europe, mais fabriqué là-bas pour sauver le coton. Et celui-ci ne pouvait plus être utilisé pendant plusieurs années.

Les producteurs de coton du Burkina se sont rendu compte que l’utilisation de doses abondantes de pesticides peut rendre les ravageurs de plus en plus résistants et tue les insectes bénéfiques ainsi que les microorganismes du sol. Les environnementalistes leur disent que l’usage des produits phytosanitaires participe aussi à la pollution des eaux et que cela se répercute alors sur la flore et la faune aquatique. Des nombreux cas d’empoisonnement des producteurs ont souvent abouti à des décès.

Le Burkina qui était devenu le plus grand producteur de coton en Afrique de l’Ouest dans les années 2000, était inquiet d’être le plus grand perdant s’il n’y avait pas de solution. Et c’est cela qui nous a amené à choisir la biotechnologie pour rassurer les plus de 3 millions de personnes qui vivaient directement du coton. Au Burkina nous étions déjà des innovateurs. En 1996 nous avions initié la structuration des producteurs de coton. Cette structuration a permis une collaboration entre les producteurs et la société cotonnière pour adopter cette technologie. De 2007 à 2014 les producteurs de coton ont trouvé que la biotechnologie résolvait le problème des lépidoptères ravageurs.

Une étude de l’agroéconomiste, Gaspard VOGNAN de l’INERA, a montré que le gain de productivité du coton OGM varie de 4% à 48% à l’hectare par rapport au coton conventionnel, avec un rendement moyen de l’ordre de 1,2 tonne/ha. Le coton OGM revient moins cher car il ne nécessite que deux (02) pulvérisations contre six (06) pour le coton conventionnel contre les insectes ravageurs du cotonnier. Ce qui était très pénible pour les producteurs qui doivent marcher des dizaines de kilomètres avec près de 20 kg de charge de pesticide au dos.

De plus, cela fait plusieurs années que mes animaux consomment les graines de coton génétiquement modifiées ; après ils me donnent du bon lait qui est consommé dans ma famille et jusqu’à nos jours nous n’avons pas de problème. Le Burkina a eu raison de se trouver parmi les grands en produisant les OGM. Nos chercheurs ont acquis des expériences en matière de biotechnologie et de recherche en général et je souhaite que cela continue pour rendre la technologie plus performante. En Afrique, c’est l’Afrique du Sud, le Soudan et le Burkina qui produisent des OGM dans des champs. Le Ghana, le Nigeria, le Cameroun, le Kenya, le Malawi, l’Ouganda et l’Éthiopie sont en phase d’expérimentation. Dans le monde, je me contente de citer quelques grands pays avec lesquels le Burkina collabore bien. Ce sont : les États-Unis qui cultivent 73,1 millions d’hectares d’OGM, le Brésil 42,2 millions, l’Inde 11,6 millions, le Canada 11,6 millions, la Chine 3,9 millions d’hectares.Tous ces pays sont fréquentés par les Burkinabès. La majorité des grands richards au Burkina envoient leurs femmes accouchées aux États-Unis pour avoir la nationalité Américaine pour leurs enfants.Nous savons également qu’envoyer son enfant étudier ou travailler aux États-Unis ou au Canada est un privilège  que les burkinabè s’offrent couramment. Quand nous allons dans ces pays nous y mangeons, or les OGM sont dans leur alimentation. Dans ces pays en plus du coton, l’OGM est dans le maïs, le soja, la betterave sucrière, la papaye et la tomate... Je n’ai pas encore entendu que l’OGM à tué quelqu’un dans ces pays ni nos parents qui y vont.

Dans le débat, les antis OGM ont souhaité que l’agriculture Burkinabè soit seulement  familiale et biologique. Familiale, nous le sommes déjà à près de 90%. Biologique, nous le sommes en parti, car près de 50%  des agriculteurs n’ont pas accès à l’engrais, aux pesticides et aux OGM. Le constat est cependant que près de 40% de ces agriculteurs ne mangent pas à leur faim. Moi je pense que l’Afrique doit arrêter de suivre sans discernement les slogans mondiaux. Je suis pour l’agriculture familiale qui adopte les technologies et qui s’organise en coopératives pour être forte. Ces coopératives doivent avoir des bons dirigeants pour être bien gérées parce que ce n’est pas souvent le cas. C’est cette bonne gestion qui garde la confiance entre les membres et qui permet d’être crédible vis-à-vis des partenaires. Dans ces coopératives, les agriculteurs peuvent être mieux formés pour avoir accès aux crédits et pour faciliter la commercialisation de leurs produits, et ainsi, ils rentreront véritablement dans l’économie. Je demande aux ONG d’accompagner les agriculteurs Burkinabé dans ce sens. Je suis contre ceux qui sont payés pour maintenir l’agriculture Burkinabè dans la subsistance et pour que les résidus de la surproduction des grands pays se déversent chez nous.

Moi je sais que le pain que nous mangeons au Burkina n’est pas biologique, la bière que nous buvons également ne l’est pas.

Dans le monde nous avons des pays qui n’ont plus de terres pour cultiver. Ceux-ci font des financements contournés à des ONG pour nous maintenir dans cette subsistance et venir un jour acheter ces terres. Les familles pauvres  vont vendre toute leur terre et se retrouver en ville. Nos agents de l’environnement seront recrutés par les agro businessmen et ils ne seront plus des donneurs de leçons. Ils vont se contenter de planter des arbres où leurs patrons leur demandent de les planter, et planteront des fleurs pour leurs maîtres ; moi je refuse cela. Les Burkinabè sont de grands travailleurs, nous méritons d’être dans la cour des grands, en sachant bien utiliser toutes les technologies pour produire plus.

Si un jour on adopte le maïs OGM résistant à la sécheresse qui est déjà cultivé en Afrique du Sud, moi je le cultiverai car certains de nos éleveurs aviculteurs importent déjà le maïs de l’extérieur. Le Burkina et le Nigeria ont commencé à expérimenter le niébé OGM. Je souhaite que cette technologie réussisse et qu’un jour ce soit le Burkina qui vend son surplus de production de niébé au Nigeria. Au stade actuel, les débats sur les OGM en Afrique devraient porter sur comment maîtriser les biotechnologies en vue d’accroître la productivité agricole et faire face  aux aléas climatiques.

Ouagadougou, le 10 juin 2015

TRAORÉ B. François,
Agriculteur Burkinabé,
Docteur honoris causa de l’Université de Gembloux,
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vendredi 5 juin 2015

Ce que je pense de la candidature de Rock Marc Christian KABORÉ à la Présidence

Nous avons entendu à la presse des personnes dire que l’actuelle loi électorale devait empêcher Rock Marc Christian KABORÉ d’être candidat à la présidence d’octobre 2015. J’ai trouvé dommage des analyses de ce genre. Je pense que c’est d’avoir une mémoire courte. Pour l’histoire, Rock Marc Christian KABORÉ et sa suite ont démissionné du CDP parce qu’ils étaient contre la continuité du règne de la famille COMPAORÉ à travers lequel tous les espoirs de changements étaient perdus. Ils ont donc créé le MPP dans lequel il y a eu une adhésion massive à cause de la confiance que la population leur portait. L’ennemi juré de la famille COMPAORÉ a été tout de suite le MPP et nous savons tous les risques qu’ils ont courus pendant ce temps.

Si l’article 37 avait pu être voté, tout le monde sait le sort qui allait être réservé à Rock Marc Christian KABORÉ et sa suite. L’esprit de cohésion du MPP contre le système COMPAORÉ a fait qu’il a rejoint le CFOP pour la lutte. Et tout burkinabè conscient sait que la force du MPP a été plus déterminante dans la chute de Blaise. Le CDP disait qu’en dehors de Blaise COMPAORÉ, il n’y a pas quelqu’un qui peut diriger le Burkina Faso. Dans le CFOP c’était le contraire. Ses membres disaient que la capacité de mieux gouverner que la famille COMPAORÉ existait dans leur sein.

Et moi je pense que toute personne normale qui connait le milieu politique au BURKINA ne peut pas citer ces capacités sans citer Rock Marc Christian KABORÉ parmi les premiers. Pour citer quelques qualités de Rock Marc Christian KABORÉ, c’est un vrai cadre intellectuel de la nation burkinabè, patient, pas nerveux, sociable et patriote. Ces qualités ne peuvent que faire de lui un présidentiable en tant que militant du MPP. Je pense que dans la politique, l’adversité ne doit pas prendre le pas sur la logique. Je compte sur le peuple burkinabè pour faire le bon choix. Le bon choix à la tête de la nation burkinabè, c’est Rock Marc Christian KABORÉ.

Ouagadougou, le 05 juin 2015

TRAORÉ B. François,
Agriculteur Burkinabé,
Docteur honoris causa de l’Université de Gembloux,
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lundi 18 mai 2015

Ce que je pense de la situation politique en Afrique

En Afrique le printemps arabe  a eu des raisons diverses d’un pays à l’autre dont les issues ont été également différentes. La politique africaine est à sa croisée des chemins. Avant ce printemps arabe, l’injustice sociale et économique existait  dans beaucoup de pays africains. Certains pays qui avaient atteint un niveau de développement acceptable ont eu des problèmes de vision et d’orientation politique. Toutes ces disparités ont fait que d’un pays  à l’autre, on a tendance à croire que les problèmes sont particuliers.

Si je prends le cas de la Tunisie qui est un pays africain mieux développé, quelques problèmes ont été cités comme cause de l’insurrection notamment la longévité au pouvoir du Président et le monopole sur l’économie nationale par la famille présidentielle. Pour l’Égypte les raisons sont certes différentes que celles de la Tunisie mais avec le même résultat : un soulèvement populaire qui contraint les régimes à partir. Pour le cas de la Lybie, quelques idéologues ont dit que c’est parce que  l’économie de la Lybie était perçue comme un danger pour l’Occident.

L’esprit panafricain du Président Mouammar KADHAFI en faveur de l’économie et le développement en Afrique était aussi l’une des causes. Au Soudan un conflit permanent a été parmi les causes qui ont fini par diviser le pays en deux, pourtant cette division n’a pas solutionné le problème. On a fini par avoir deux guerres ; celle entre les deux pays (Soudan du Nord et Soudan du Sud) et celle interne au Soudan du Sud et même entre ethnies. Au Mali, une guerre est née entre le nord et le sud du pays. Le nord non peuplé mais riche en ressources naturelles, le sud peuplé où réside le pouvoir. On peut en plus, citer les cas de la Côte-d’Ivoire, du Nigeria avec Boko Haram, de la Centrafrique, du Burkina Faso et récemment le cas du Burundi. La liste est longue.

Le constat que je fais est que l’injustice sociale et économique, qui est prônée dans toutes ces révolutions, tarde à être la préoccupation majeure des décideurs. C’est ainsi que dans les pays arabes, c’est l’islamisme exagéré qui est devenu la menace. Or, il n’a rien à voir avec la fidélité à Dieu ni la défense de la cause humaine. Quand à l’Afrique noire, le conflit entre les religions et celui entre les ethnies sont les principaux moyens utilisés pour opposer les populations. Tout cela m’emmène à me poser la question « à qui profite tous ces faits ? ».Après tous ces constats, homme politique que je suis, je me donne le devoir de dire que nous devons avoir comme première préoccupation, la bonne gestion sociale et économique pour la cause de l’Homme africain et l’Homme tout court.

L’Afrique a aujourd’hui des penseurs capables de donner une orientation pour le développement des africains.  Nous avons suffisamment eu de mauvais exemples  qui obligent à avoir ce bon sens. Des chefs d’États se sont enrichis en endettant leur pays et en déposant des sommes colossales à l’extérieur. Après leurs  morts, ni leurs enfants, ni leurs pays n’ont eu possession de cet argent. L’héritage que Nelson MANDELA nous a laissé est qu’en se sacrifiant pour l’égalité et le développement en Afrique, tout le monde entier peut te reconnaitre. MANDELA savait également que la tâche n’était pas terminée et dans sa tombe moi je sais qu’il compte sur nous pour continuer cette tâche. C’est cette orientation que nous devons tous avoir pour nos peuples.

Ouagadougou, le 18 mai 2015

TRAORÉ B. François,
Agriculteur Burkinabé,
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jeudi 7 mai 2015

Ce que je pense de l’agriculture au Burkina Faso après avoir visité la zone aménagée de Bagré

Le 19 avril 2015, j’ai accompagné le 1er vice-président du Mouvement du Peuple pour le Progrès (MPP) Salif Diallo, en tant que 2ème vice-président de la commission chargée du développement rural pour une rencontre de partage d’informations avec les militants MPP. Avant la rencontre avec la population, j’ai eu l’occasion de faire une visite dans la zone aménagée et le constat que j’ai fait, est que tous les agriculteurs se plaignaient de la manière dont ils sont gérés dans la plaine irriguée. Pendant ma visite, un paysan m’a montré une surface de la zone aménagée de plus de cent (100) hectares qui appartient à un ex-ministre non exploitée totalement. Le paysan me dit que pendant ce temps, eux ils ne disposent que d’un (1) hectare par famille. Il ajoute que pourtant dans sa famille, ils sont plus d’une dizaine de personnes valides. Donc, un hectare ne leur suffit pas.
Je me suis ensuite rendu dans la  zone aménagée pour la pisciculture, les aménagements que j’y ai vus sont nettement supérieurs en qualité à ceux du Centre Songhaï au Benin qui est pour un privé. En outre, l’investissement à la pisciculture du Centre Songhaï ne vaut pas le centième de celui de Bagré et les investissements de Bagré ne sont plus utilisés à 5%. Pourtant les paysans me disent que quand les chinois y étaient, tout fonctionnait normalement. Le Centre Songhaï au Bénin est pour un africain, cette pisciculture marche très bien dans ce Centre et est très rentable. Ce qui veut dire que ce n’est pas seulement les chinois qui savent faire les bonnes choses.
La rencontre politique avec le 1er vice-président s’est tenue dans l’après-midi. Les paysans lui ont d’abord rappelé ses bienfaits lorsqu’il était ministre de l’agriculture et à titre d’exemple ils ont dit : « les villageois de Bagré n’avaient pas accès au courant fourni par le barrage et c’est pendant un de ses passages qu’il a donné l’ordre de résoudre ce problème et il fut résolu. Par ailleurs, ce même jour, il a interpelé par téléphone un commerçant de Ouagadougou qui traînait à payer le riz des agriculteurs qu’il avait acheté. Celui-ci s’est exécuté aussitôt. Ils ont également dit que quand il était ministre de l’agriculture, les paysans de Bagré étaient parmi les premiers à bénéficier de l’engrais subventionné de l’État burkinabé. Après lui, ils n’ont plus eu accès à cet engrais subventionné ».
Les agriculteurs ont par la suite cité leurs difficultés actuelles: l’indisponibilité des surfaces aménagées pour les habitants de Bagré et c’est les agro-businessmans qui s’en accaparent et ne les exploitent pas totalement. Pendant ce temps, les enfants des agriculteurs qui n’ont pas la place dans le périmètre aménagé vont à l’exode. En plus de cela, ils ont des difficultés d’obtention du matériel agricole et des intrants. Cette année, des semenciers de riz de Bobo-Dioulasso leur ont fourni de la semence de base pour qu’ils produisent de la semence améliorée que les mêmes semenciers devraient vendre au Niger. Quand ils ont semé ce riz, ce fut de la catastrophe car cette semence n’était pas la bonne qualité. Les agriculteurs de Bagré étaient obligés de relabourer et ressemer une autre semence et pendant que certains avaient investi en intrant près de 500 000 francs CFA sur ce riz. Ils ont également des problèmes de commercialisation. Certains ont vendu leur riz depuis janvier et jusqu’à nos jours ils n’ont pas eu leur argent.
Les agriculteurs de Bagré ont constaté que depuis que l’État a donné la gestion à la structure appelé Bagré Pool, leurs difficultés ont commencé ; pour eux la plaine est restée à Bagré et Pool est resté à Ouagadougou parce que pour eux les décisions se prennent à Ouagadougou à leur détriment. Les agriculteurs ont souhaité le rattachement de la plaine aménagée de Bagré à leur ministère de tutelle qui est le ministère de l’agriculture. La réponse du vice-président du MPP était qu’il n’est pas venu en tant que ministre mais cette fois-ci en tant que politique, il leur a dit que pendant qu’il était ministre, il n’a pas possédé un seul petit hectare en son nom à Bagré. Pour lui, Bagré était aménagée pour la satisfaction des agriculteurs, il ne pouvait pas être décideur et bénéficiaire en même temps. C’est cette philosophie que le MPP prône pour les agriculteurs et si les agriculteurs veulent que cette philosophie reste, il faut qu’ils adhèrent et votent MPP. Les agriculteurs de Bagré se sont engagés à voter pour le MPP pour que leur situation change.
La journée nationale de paysan 2015 s’est déroulée à Dédougou et le thème portait sur « l’agriculture familiale pour la souveraineté alimentaire ». J’ai participé à l’un des ateliers sur l’élevage. Après l’introduction de ce thème, une intervention a attiré mon attention. Il s’agissait de celle d’un cadre du ministère de l’élevage qui dit que si l’élevage familiale ne marche pas bien, c’est que les éleveurs sont indisciplinés. Ils n’écoutent pas bien ce que les techniciens leur dit et même quand ils écoutent ils n’appliquent pas. La mauvaise organisation des éleveurs a été également citée par un autre intervenant. J’ai intervenu après eux pour faire une analyse globale de l’élevage.
Pour moi, tous les pays qui ont pu moderniser l’élevage ont associé l’élevage à l’agriculture et c’est les deux qui sont en conflit dans le cas du Burkina ; pourquoi cela ? Certainement nos penseurs n’ont pas bien réfléchi, ils n’ont pas adapté leur méthode de conseil pour l’intérêt de l’agriculteur et l’éleveur. Pour la modernisation de l’élevage, le Brésil, la France, le Pays-Bas ont tous travaillé avec leur recherche à rendre complémentaire l’agriculture et l’élevage. Et cette complémentarité a fait décoller les agriculteurs. Leurs chercheurs ont par la suite travaillé à avoir une race productive de bétail adaptée à leur climat. Or, au Burkina ce n’est toujours pas le cas. À titre d’exemple, dans la modernisation de notre aviculture, nous n’avons fait qu’importer les poussins de l’Europe. Ce n’est pas la recherche du Burkina qui a fait cette trouvaille. Au Brésil, j’ai vu des variétés d’herbes qu’ils ont importé de l’Afrique et qui est cultivé la bas pour nourrir le bétail. Au Burkina, les herbes que les animaux aiment sont en train de disparaître parce qu’elles sont tellement broutées qu’elles ne font plus de graine. Nous sommes aujourd’hui envahis par une herbe qui grandit beaucoup et que les animaux n’aiment pas et c’est elle qui se multiplie pour envahir le pays et cela n’inquiète pas nos dirigeants de l’élevage.
Quant à la mauvaise organisation, nous sommes à la 18ème journée du paysan. Si l’on fouillait tous les rapports de ces journées, il a toujours été question de mauvaise organisation des filières. À quoi auraient servi alors les journées de paysan ?

Après la journée du paysan, un débat a été animé par la télévision nationale. Ils appellent ce débat, controverse. Les invités étaient des producteurs de coton. Après ce débat, tous les burkinabé conscients ont pu se faire une idée de ce qui minent l’organisation des filières. J’ai vu quelqu’un qui, après ce débat, s’est posé la question à savoir quel est le rôle d’accompagnement des ministères en matière d’organisation? Les États-Unis, sont un grand pays où l’économie marche bien, mais j’ai eu l’occasion de découvrir que l’application du droit a permis à la population de mériter chacun ce qui lui revient et en cas de faute, personne n’est au-dessus de la loi et ce n’est pas l’ancien ministre de la transition DJIGUÈMDÉ qui va me dire le contraire.

Citoyen burkinabé

Ouagadougou, le 07 mai 2015

TRAORÉ B. François,
Agriculteur Burkinabé,
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jeudi 23 avril 2015

Ce que je pense du soulèvement en Afrique du sud contre les étrangers et du naufrage des migrants en allant en Italie

En Afrique du Sud, sur la déclaration d’un chef traditionnel contre les migrants, la population sud-africaine s’est mise à combattre des africains qu’ils appellent migrants. Lorsque, je suivais ces évènements à la télévision, ils étaient tous noirs. La seule différence est que certains étaient débout et d’autres couchés à terre et sont en train d’être battus. Après sept (7) morts, le même chef sort et dit qu’il n’a pas été compris. Pour la mémoire de Nelson Mandela, cela est une honte pour l’Afrique. En plus, l’Afrique du Sud est l’une des grandes puissances africaines. Elle devrait aujourd’hui être un donneur de leçons en matière de démocratie et de droit de l’homme. C’est elle qui devrait dénoncer ces discriminations, ces violences et dire que cela ne doit pas se faire en Afrique. Toute l’Afrique a soutenu les noirs sud-africains dans leur lutte contre l’apartheid, ce n’est pas ainsi qu’elle devrait être récompensée. Or aujourd’hui, la présidente de l’union africaine est une sud-africaine. Nous attendons fermement sa réaction.

L’Afrique doit se battre pour son avenir et ce, la main dans la main. Après, les évènements en Afrique du sud, voilà encore plus de huit cent (800) jeunes qui ont péri dans les eaux en voulant migrer. Cet accident amène l’Europe présentement à de grandes rencontres pour trouver une solution à la migration des africains vers elle. Je dis à l’Europe que la solution n’est pas sur la mer mais plutôt en Afrique. Les ressources naturelles africaines sont comme un bœuf que l’on a tué et l’Europe est la première à avoir le couteau pour le dépecer. Elle est en train d’enlever toute la viande et ne laisser que les os à l’Afrique (propriétaire du bœuf). Et pour que les africains ne disent rien, les mauvais chefs d’États sont souvent soutenus par les européens. La preuve est qu’après leur règne au pouvoir, ils terminent tout le reste de leur vie en Europe afin de mieux savourer ensemble leurs butins. Alors pour arrêter le départ des africains en Europe, c’est cette façon de travailler avec Afrique qu’il faut arrêter.

Outre, pour la situation actuelle du Burkina, l’UEMOA vient d’envoyer des émissaires pour essayer de faire une médiation entre les structures politiques et la société civile à propos du nouveau code électoral voté par les députés burkinabé. Selon eux, le code prône l’exclusion. Je dis non, parce qu’aucun parti politique n’est exclu. L’inéligibilité concerne des individus qui ont fauté contre le peuple burkinabé et qui ont amené les évènements des 30 et 31 octobre qui a coûté la vie à de nombreux burkinabé. Comment comprendre que ces jours-ci, on est en train de juger en Allemagne une personne âgée de quatre-vingt-treize (93) ans pour connivence au nazisme et demander au Burkina de laisser tranquille les complices des malheurs du peuple ?

Voilà autant de problèmes, discriminations qui tuent, migrants qui meurent dans les eaux, mal gouvernance économique et social qui tuent, auxquels l’Union africaine, la CDEAO et l’UEMOA devraient s’attaquer. Nous devrions être au temps de changement, de prise en compte des intérêts des africains et de la défense des droits humains.

Citoyen burkinabé

Ouagadougou, le 23 avril 2015
TRAORÉ B. François,
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lundi 13 avril 2015

Ce que je pense après le vote de la loi électorale par le CNT

La majorité des burkinabés ont trouvé que cette loi est juste. Dans cette loi, les anciens dignitaires qui étaient aux décisions lors de l’insurrection ne peuvent pas être candidat aux prochaines élections, pour la mémoire de nos martyrs il fallait ça. J’ai par la suite écouté le professeur Etienne TRAORÉ sur RFI et ce que j’ai compris selon lui ces dignitaires ne savent pas à quel niveau le peuple est fâché contre eux et ils ne mesurent pas la gravité de leur position. Quand j’ai suivi Jean Baptiste PLACCA sur la même radio, il a abordé le sujet dans le même sens. Selon ce que j’ai compris de lui, celui qui ne veut pas subir ce sort dans cette décision aurait dû démissionner avant l’insurrection pour avec peuple. Et comme la démission n’est pas dans l’habitude des dirigeants africains, certains ont cru se taire. N’oubliant que même le silence à l’époque est condamnable.

Les dirigeants du Mouvement du Peuple pour le Progrès (MPP) en commençant par son Président Rock Marc Christian KABORÉ, Salif DIALLO, Simon COMPAORÉ et le Larlé NAABA dès leur démission du CDP étaient permanemment menacés de mort, tout burkinabé qui suivait les informations était au courant de cela. Mais comme ils savaient que le peuple avait l’espoir en eux, ils ont pris le risque. Ensemble avec les autres partis de l’opposition, ils ont crée le CFOP et le peuple les a suivis. Ils ont fini par avoir raison et je trouve que c’est cela le patriotisme. Toutes les structures qui doivent accompagner la transition sont actuellement mises en place. Je souhaite donc le bon fonctionnement de ces structures pour nous amener à de bonnes élections.

Nous avons tous prôné le changement, tous les partis politiques de l’ex- opposition pour nous amener à une cohérence de comportement pour le changement. Il existe plus d’une centaine de partis politiques au Burkina Faso, mais il n’y a qu’un seul Burkina à développer. En tant qu’agriculteur, le langage politique politicienne qui n’est pas basé sur le bon comportement de l’homme politique, doit être proscrit. Quand je suis sorti sur le terrain, les agriculteurs m’ont dit qu’ils sont contents que je sois dans la politique mais, ils ont quand même émis des inquiétudes en me disant « toi on te connaît, tu n’aimes pas le mensonge alors que la plupart des hommes politiques nous ont toujours menti, est-ce que la politique ne va pas te transformer en menteur?». Je leur ai dit que si j’ai adhéré au MPP, c’est parce qu’il est arrivé en sauveur et je me suis donné le devoir de contribuer en tant qu’agriculteur et je leur ai rassuré que dans le MPP je suis écouté. Le MPP est de la sociale démocratie et celle-ci doit se préoccuper des intérêts du peuple et les ruraux sont majoritaires dans la population burkinabé.

Moi, je pense que pour le développement du Burkina Faso, on ne devrait pas avoir plus de deux tendances politiques. Tous ceux qui se réclament de la vrai sociale démocratie doivent pouvoir se mettre ensemble même s’ils sont dans des partis différents. Le vrai progrès de notre société ne se fera que quand les penseurs du même bord seront capables de se mettre ensemble. Ce n’est pas pour rien qu’aux États-Unis on a que deux grandes tendances malgré le nombre des partis politiques, en France on a également deux tendances. La multiplicité des tendances n’est faite que par des gens qui veulent leur intérêt individuel. Et cet intérêt individuel n’amène nulle part. Nelson Mandela a passé toute sa vie à travailler pour toute la nation sud-africaine, tout le monde entier a reconnu cela. Nous avons vu que même mort, il a été utile. C’est lors de la cérémonie de son décès que Barack OBAMA, l’actuel président des USA et Raoul KASTRO, l’actuel président de Cuba se sont serré la main pour la première fois et cela a ouvert une nouvelle ère entre les deux nations. Je souhaite donc que nous soyons capables de nous mettre ensemble pour sauver notre nation.

Ouagadougou, le 13 avril 2015

TRAORÉ B. François,
Agriculteur Burkinabé,
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jeudi 2 avril 2015

Ce que je pense de l’évolution actuelle de la politique au Burkina Faso

Le Burkina Faso vient de mettre en place une Commission de Réconciliation Nationale et des Reformes (CRNR) dans l’optique d’asseoir un renouveau politique dans le pays. Des hommes capables de faire une réconciliation ne font pas défaut au Burkina Faso. Le problème, c’est qui est-ce qui on réconcilie avec qui ? Qu’est-ce que cette réconciliation doit changer ?
Après l’avènement du 15 octobre 1987, le peuple burkinabè s’était indigné de ce qui s’était passé entre les militaires. Blaise COMPAORÉ qui venait de prendre le pouvoir, savait qu’il n’était pas connu dans la société civile. Il savait également que ce qui venait de se passer n’avait pas plu au peuple burkinabè. Il fallait donc que des gens contribuent à réconcilier le pouvoir et le peuple. Parmi ceux-ci, il y’a les ténors actuels du Mouvement du Peuple pour le Progrès (MPP). Ils  ont beaucoup contribué dans cette réconciliation dans l’esprit de faire la paix au Burkina Faso. Ce qu’ils n’ont pas pu contrôler de l’armée burkinabè, c’est la violence. Les tueries ont continué, on peut citer Henri ZONGO ; Jean Baptiste LENGANI et autres.
Le 13 décembre 1998,  une autre tragédie s’est produite au Burkina Faso notamment l’assassinat du journaliste Norbert ZONGO, un journaliste que le même peuple burkinabè appréciait et supportait. En 2014, les ténors du MPP se sont dits : «  nous avons cru pouvoir aider à faire la paix et le changement mais les idées de départ de  Blaise COMPAORÉ n’ont jamais changé. Tout devait être pour lui ». Ils ont alors quitté le navire COMPAORÉ.
Au Burkina Faso, l’armée burkinabé est reconnue comme une armée solide et vaillante mais divisée par la façon dont elle est gouvernée. Si l’esprit de réconciliation était dans le cœur des ténors de cette armée, le travail que devrait faire les généraux de l’armée serait de travailler à reconstituer cette armée en une armée républicaine unie et soudée pour la défense de toute la nation sauf s’ils ne méritent pas ce grade de général. Ils auraient fait leur tâche dans le processus de réconciliation et de recherche de justice engagé dans le pays. La meilleure façon pour ces généraux de rendre service au Burkina n’est pas de quitter l’armée pour faire la politique pendant que ça ne va pas au sein de l’armée. En Guinée Conakry, Sékouba KONATÉ a été utile pour la transition et est resté  utile en Afrique en matière de sécurité.
Les états généraux de la justice viennent de se tenir au Burkina Faso. J’ai suivi un débat contradictoire de quatre juristes burkinabé à la Télévision Nationale du Burkina (TNB). Dans ce débat, le Secrétaire général du syndicat de la justice, monsieur TRAORÉ, a justifié l’utilité de ces états généraux. Pour la rémunération des juristes, il dit que si nous ne voulons pas des juristes corrompus, il faut qu’on revoie leur rémunération à la hausse.
Mais pour maître FARAMA, ces états généraux ne valaient pas la peine d’être tenus parce que tout ce qu’il faut changer était connu avant ces états généraux. Pour lui, être juriste, c’est un sacerdoce et le juriste doit avoir un bon comportement. Pour étayer sa conviction, il a pris l’exemple d’un monseigneur ou d’un imam. Ces personnalités savent que leur comportement doit refléter leur titre. La valeur d’un homme n’est pas forcement liée à sa rémunération.
Cependant, là où les deux se sont accordés, c’est quand ils soutiennent tous qu’une bonne politique appliquée est celle qui peut mettre la justice à l’aise. À la lumière de ce que j’ai vécu, je trouve que cela est vrai. En effet, je vis dans le milieu rural où les démembrements de la justice, c’est la gendarmerie et la police… Dans ce milieu, nous nous disons que quand vous avez un problème qui doit se résoudre auprès de la justice et ses démembrements, vous devez « mettre un caillou sur le papier » (corruption) sinon le vent va l’emporter. Et lorsque vous êtes capable de mettre un caillou sur le papier, ils sont capables de maltraiter à mort votre adversaire pour vous récompenser. Souvent, il suffit d’avoir un bras long qui passe un coup de fil pour qu’on te fabrique une vérité. Ces bras longs, ce sont les démembrements de la politique.
Quand le garant de la loi devient le destructeur de cette loi sans être inquiété, le droit est bafoué. Or, dans notre société africaine, une erreur commise par un garant des lois traditionnelles lui coutait la vie immédiatement. À titre d’exemple, dans les 1990, un préfet et un commerçant complice ont pris quatre cent (400) sacs de maïs dans ma production. Le préfet a utilisé les cachets de la préfecture sur les correspondances qu’il m’adressait, pour me montrer que c’est l’administration qui s’en occupait. Deux mois après, ils ne m’ont pas payé. Le dossier est allé en justice mais les deux avaient de bras longs. La justice n’a jamais pu me mettre dans mes droits. Beaucoup de producteurs vivent cette situation.
J’ai hâte donc de savoir qu’est-ce qu’on fait tout de suite avec les résultats des états généraux ? Quelle sera la place du politique ? Qu’est-ce que ces états généraux disent de la politique actuelle ? Je reste convaincu que le changement est possible. Le peuple burkinabé peut se réconcilier mais avec une politique qui respecte le droit. Le droit ne doit pas être la propriété du politique ou d’un individu car dans ce cas, on lui donne la  possibilité de le manipuler comme il veut.
Ouagadougou, le 02 avril 2015

TRAORÉ B. François,
Agriculteur Burkinabé,
Docteur honoris causa de l’Université de Gembloux,
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